ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR SCEAUX. — I M :• I! I M E Il I E CI1A It A 1 1! E ET FIL S. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR JOURNAL DE MICROBIOLOGIE) PUBLIÉES SOUS LE PATRONAGE DE M. PASTEUR PAR M. E. DUGLAUX MEMBRE DE [/INSTITUT PROFESSEUR A LA SORBONXE Et un Comité de rédaction composé de MM. CHAMBERLAND, chef de service à l'Institut Pasteur, D r GRANCHER, professeur à la Faculté de médecine, NOCARD, directeur de l'École vétérinaire d'All'ort, D 1 ' ROUX, chef de service a l'Institut Pasteur, D' STRAUS, professeur à la Faculté de médecine. TROISIEME ANNEE 1889 PARIS Ci. MASSON, ÉDITEUR LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN EN FACE DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE 1889 3 me ANNÉE. JANVIER N° \ ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR L'INSTITUT PASTEUR !"*"' L'Institut Pasteur occupe un terrain de 11,000 mètres, situé au n° 25 de la rue Dutot, à Vaugirard. Il se compose de deux grands corps de bâtiment parallèles réunis par un troisième per- pendiculaire aux deux premiers, et qui en occupe l'axe. Des bâti- ments annexes sont construits dans les cours et jardins. Le bâtiment en façade sur la rue Dutot contient, à droite, le logement de M. Pasteur. A gauche, on y trouve, au rez-de- chaussée, le laboratoire de M. Pasteur et tout ce qui concerne le service de préparation et d'expédition des vaccins charbon- neux et autres; au premier, une belle salle carrée, dont le pla- fond, à caissons, est soutenu par des colonnes cannelées, et qui sert de bibliothèque. Neuf grandes fenêtres y versent de la lumière à profusion ; une table couverte de journaux scientifiques en occupe le centre, et, autour de la salle, des vitrines contien- nent les ouvrages et les collections. Ces publications sont à la disposition des travailleurs, qui peuvent les consulter sur place, mais jamais les emporter. L'étage placé au-dessus de la bibliothèque est consacré au logement des préparateurs. De grandes galeries de 4 m ,50 de large, largement éclairées, réunissent tous les étages de ce corps de bâtiment à ceux du second corps, entièrement occupé par les laboratoires, et divisé 1 2 ANNALES DE .'INSTITUT PASTEUR. en deux ailes ayant chacune m mètres de longueur sur près de 15 mètres de large» . Dans l'aile droite, on trouve au rez-de-chaussee le service de la rage. Les malades entrent d'abord (Y. fig. 1) dans une salle d'attente entourée de bancs, chauffée et bien éclairée. Ils pas- Fig. 1. — Plan du rez-de-chaussée. sent de là dans la pièce qui sert à l'enregistrement et à la véri- fication des présences ; puis de celle-ci, dans la salle où on les ino- cule. Ceux d'entre eux qui éprouveraient un malaise passager trouveront à côté, dans une petite salle spéciale, un lit de repos et des soins. Les autres s'en iront, sans mélange possible avec ceux L'INSTITUT F 3 qui arrivent, par le couloir central, m s 1 .1 it, si cela est néces- saire, dans une salle affectée au pansein 5 plaies amenées par la morsure. Une salle d'archives oie d'opérations, un lavabo et des cabinets spéciaux complètent lervice. Tout à côté, se trouve la salle at;on des moelles. Des étagères fixées au mur permettent d exposer les flacons contenant les moelles à l'action d'une température de 23°, main- tenue constante par un poêle à gaz muni d'un régulateur. Un tambour intérieur réduit les rentrées d'air extérieur quand on ouvre la porte. Disons tout de suite, pour terminer ce qui est relatif à ce service, que les lapins trépanés et en incubation de la rage occupent, dans le jardin, un local spécial, chauffé aussi à tempé- rature constante, de façon à uniformiser autant que possible les périodes d'incubation, et à amener leur mort, à quel- ques heures près, au bout du temps voulu. Une disposition spéciale des cages dans lesquelles restent renfermés ces animaux permet de changer leurs litières et de les maintenir propres pendant toute leur période de survie, spécialement dans les derniers jours, au moment où ils deviennent paralytiques, et cela sans qu'il soit nécessaire d'ouvrir la cage. Une gouttière à parois de verre, placée au-dessous des cages, et parcourue par un courant d'eau, sert à enlever les urines et toutes les immon- dices qui passent au travers du sol troué des cages. Aile de gauche. — Nous trouvons dans cette aile des services très distincts. Citons d'abord une salle de cours pouvant ren- fermer en tout une cinquantaine d'auditeurs, et séparée d'un laboratoire attenant par une grande baie qui, ouverte, permet de voir de la salle de cours ce qu'on fait dans le laboratoire, mais qui peut être fermée soit par un grand tableau noir, soit par une glace dépolie pour les projections lumineuses. Cette salle de cours sera normalement celle du cours de chimie biologique de la Sorbonne, que l'administration a désiré voir transporter à l'Institut Pasteur, et qui y entre en effet avec son personnel, son matériel et ses crédits. M. Duclaux, qui est en ce moment le titulaire de cette chaire, ouvrira donc en février, dans cette salle, un cours de même nature que celui qu'il a fait jusqu'ici à la Sorbonne, mais ce cours ne sera pas le seul professé à l'Institut Pasteur. En dehors du cours de microbie pratique professé par 4 ANNALES DE L'INSTITUT' PASTEUR. JVL Roux, on demanderai, temps en temps, soit aux travailleurs de l'Institut, soit à dï.., personnes étrangères, des exposés de leurs travaux et de leu?s plus récentes découvertes. A. cette habitude qui existe déjà dans plusieurs laboratoires de France et de l'Etranger, professeur et auditeurs trouvent également leur compte. A côté de la salle de cours se trouve un laboratoire photo- graphique, destiné surtout à la reproduction des objets microsco- piques. Dans la salle voisine de l'amphithéâtre est disposé l'appareil photographique de M. Roux dont nous avons donné la description dans le tome I de ces Annales. Les deux pièces contiguës serviront de salle de manipulation et de chambre noire. A l'extrémité du pavillon, à droite et à gauche du couloir central, on trouve deux pièces carrelées destinées aux recher- ches sur les animaux aquatiques. Elles forment une partie du domaine de M. Melchnikoiï, qui y a installé divers aquariums. Les deux pièces marquées sur le plan opérations et dissections ser- viront surtout aux expériences sur les grands animaux, qu'une porte, à plain-pied du sol, permet d'y introduire. Le pavé bétonné, en pente vers un égoutloir, permet de les nettoyer du sangetdes immondices auxquelles donne toujours lieu toute opération ou toute dissection. Enfin, le restant de cet étage est occupé par un magasin et un laboratoire affectés aux services généraux. C'est là que sera faite la préparation en grand des bouillons, de la verrerie flambée, de l'eau distillée, de l'alcool absolu. Là se trouvera aussi le souffleur de verre, chargé de fournir aux travailleurs les plus simples des objets enverre soufflé dont ils pourraientavoir besoin pour leurs études. Un large escalier, placé au fond de la galerie centrale, met les laboratoires du rez-de-chaussée en communication facile avec ceux des étages supérieurs auxquels nous arrivons mainte- nant. Premier étage. — Le premier étage (ilg. 2) se compose de deux parties symétriques, à droite et à gauche de la galerie. Celle de gauche est consacrée àla microbie générale, placée en ce moment dans les attributions de M. Duclaux; celle de droite, à la microbie pratique, à laquelle préside M. Roux. Dans les deux, un couloir I/INSTITUT PAS1 I central conduit à une vaste salle de travail carrée, ayant à peu près 12 mètres de côté, et éclairée par neuf grandes fenêtres. Sept tables de travail occupent le pourtour de la salle ; elles sont Fig. 2. Plan du premier étage. couvertes d'une plaque épaisse de lave de Vol vie, émaillée h la surface, et ayant l'aspect d'une immense plaque de porcelaine. Elles sont à deux places. Chaque travailleur aura devant lui, dans la direction de la fenêtre, «on microscope et ses instruments 6 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR, de travail, à cô' , a sa droite ou à sa gauche, du gaz qu'il pourra conduire où il voudra, et de l'eau qu'une cuvette, également en lave émaillée, lai r - a écouler dans un caniveau qui fait le tour du laboratoire. Un^ planchette à tiroir, placée de l'autre côté de l'avancement central qui porte la cuvette, permet au travailleur de se faire un petit réduit où il est entouré de tout ce qu'il lui faut. Mais la consigne générale est qu'à la fin de la journée tout ce qui est sur les tables, sauf le microscope, soit enfermé dans les deux pc armoires fixées à la muraille et mises à la disposition du tiu Jleur. Cela est absolument nécessaire pour le nettoyage journalier de la salle et des tables. Il en sera de même pour les deux tables placées, parallèle- ment l'une à l'autre, au centre de la salle, et sur lesquelles se feront toutes les grosses opérations de chimie (évaporations, distillations, calcinations, etc.), qui seraient impossibles sur les tables d'élèves ; de même encore pour les paillasses placées sous les hottes. Sous ces hottes, les travailleurs trouveront les fours à flamber et les autoclaves nécessaires. En outre des étuves d'Arsonval, laissées dans le laboratoire commun, les élèves auront à leur disposition une étuve commune (fîg. 2) qui se compose en réalité de trois pièces : une pièce d'entrée, à température un peu variable, contenant l'appareil de chauffage et destinée surtout à servir de matelas d'air. Une seconde pièce, ayant à peu près 3 mètres sur 2 m ,50 et 2 mètres de hauteur, est chauffée par circulation d'eau chaude et sera l'étuve véritable. Au-dessus d'elle, et chauffée par son voisinage, se trouve une autre pièce à température intermédiaire entre celles des deux précédentes. Cet ensemble d'éluves n'a que des surfaces de refroidissement très faibles, et est limité partout par des cloisons intérieures. Il est séparé du mur des pavillons par une pièce qui sert de laverie, et où va se réunir toute la verrerie salie dans le laboratoire. Le laboratoire du préparateur, contigu avec ce laboratoire commun, et communiquant directement avec lui, permet un con- tact continu et une surveillance constante ; c'est seulement par ce laboratoire qu'on peut pénétrer dans la salle des collections dont le préparateur reste responsable. Un lavabo-vestiaire et un laboratoire, destiné surtout aux grosses opérations de chimie biologique, complètent ce qui est nécessaire au service. L'INSTITUT PASTEUR. 7 Le laboratoire et le cabinet du chef de service sont placés symétriquement dans les deux ailes, ; u,, '=■ i couloir qui conduit au laboratoire commun. Secondétage. — Le second étage ne con -"-«{.plus de laboratoire d'enseignement; il est formé d'une séne^de pièces, desservies par un couloir, et destinées à devenir des laboratoires de recher- ches, aménagés au gré des savants qui les occuperont. Ces sa- vants y auront toute liberté pour leurs travaux. <-l pourront, au besoin, réclamer les conseils et la direction de l'un quelconque des chefs de service de l'Institut. Néani ' ?ut ce qui concerne le matériel et le fonctionnement de leur oires restera placé sous la conduite et la responsabilité du chef du service installé dans l'aile où ils seront reçus. Dans l'aile gauche est le service de la microbie appliquée à l'hygiène, sous la direction de M. Chamberland; dans l'aile droite, le service de la microbie comparée, sous la direction de M. Gamaleïa. Dans chacun de ces services, il y a, en dehors des étuves particulières dont les travailleurs pourraient avoir besoin, une étuve générale, construite sur le modèle de celle du premier étage, mais plus vaste, et en outre, un laboratoire commun pour toutes les opérations (flambages, préparation des gélatines ou des bouillons, etc.), qui exigent un outillage spécial, et d'usage intermittent. Annexes. — Dans le jardin qui entoure le bâtiment principal , se trouvent disséminées (Voir fig. 3) d'autres constructions moins importantes, formant les annexes nécessaires au fonctionnement régulier. C'est d'abord un bâtiment (fig. 4) parallèle au grand pavillon des laboratoires et contenant une écurie pour les animaux en expérience'. Ces animaux sont contenus dans des cages à claire-voie supportées par des traverses de fer au-dessus d'un sol bitumé, avec une pente pour le lavage à grande eau. Aux deux extrémités de l'écurie ont été réservées trois petites salles pour les opérations sur les petits animaux, qu'on viendra traiter, peser ou étudier sur place, sans avoir besoin de les transparter pour cela dans les laboratoires. Au-dessus se trouvent des logements, et un campanile élégant contient une horloge. Viennent ensuite un chenil (fig. 5) très bien aménagé, pour les chiens en expérience. Chacun a sa cage spéciale, où il peut être tenu propre, surveillé, nourri, sans que celui qui s'en os J-. 6' Ci- ta c — c ' iO ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. occupe entre en contact avec lui. Sur la même figure, au second plan, on voit les portes d'entrée d'une série d'écuries à sol bitumé, destinées à contenir les animaux en réserve, ou éventuellement les animaux en expérience qui exigeraient un isolement spécial. C'est dans une de ces pièces que se trouve l'écurie des lapins enragés, dont nous avons parlé plus haut. Fig. 4. — Bâtiment des animaux en expérience. Ajoutons, enfin, pour terminer, un poulailler, une volière et des écuries pour les grands animaux, tout cela construit de façon à pouvoir être non seulement tenu dans un état de propreté par- faite, mais de façon à pouvoir supporter un flambage ou au moins un lavage à l'eau bouillante, et ne présentant nulle part de sur- face ou de cloisons poreuses dans lesquelles les germes pénètrent et deviennent inaccessibles à tous les moyens de destruction. D'une manière générale, du reste, on s'est préoccupé dans tous les services des moyens d'arriver aune propreté absolue, et d'as- surer l'innocuité parfaite, non seulement pour les travailleurs, mais encore pour le voisinage, de toutes les opérations, quelles qu'elles soient, qu'on fait dans ces laboratoires. A cet égard, le S) s» 3 3 2 3 O Ph *-» 3 j3 S u •** 12 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. passé répond de l'avenir. Voilà dix ans qu'on fait, tant au labo- ratoire de M. Pasteur, situé dans les jardins et au contact de l'École normale, que dans la rue Vauquelin, pour ainsi dire sous les fenêtres des hôtels en bordure sur la rue, les manipulations sur les maladies les plus dangereuses, sans qu'ait été soulevé le moindre incident. Fonctionnement des services. — Ainsi construit et aménagé, l'Institut Pasteur pourra abriter environ une quarantaine de tra- vailleurs, à savoir 14 dans chacun des laboratoires du premier étage, et le reste dans les laboratoires de recherches. En y com- prenant les chefs de service et les préparateurs, il y aura donc environ cinquante personnes étudiant des questions de microbio- logie. Français et étrangers y seront également admis, dans la limite des possibilités et des places disponibles, mais toutes les personnes admises ne le seront pas au même titre, et il y aura des catégories correspondant à la diversité des laboratoires et des études qu'on y poursuit. A ce point de vue, l'Institut comprendra six services princi- paux : 1° Service de la rage, ayant pour chef M. le ProC r Grancher; 2° Microbie générale, sous la direction de M. Duclaux; 3° Microbie technique, directeur M. Roux. 4° Microbie appliquée à l'hygiène, directeur M. Chamberland; o° Microbie morphologique, directeur M. MetchnikofF; 6° Microbie comparée, directeur M. Gamaleïa. Le service de la rage a pour objectif principal la vaccination après morsure, confiée à tour de rôle à MM. les D rs Chante- messe et Charrin, et toutes les études relatives à la rage. Dans les services de microbie générale et de microbie mor- phologique, la préoccupation principale, sinon exclusive, sera d'étudier les propriétés de forme et de fonction chez les microbes, de façon à savoir si ces propriétés sont constantes ou peu va- riables, et peuvent dès lors servir à caractériser des espèces dis- tinctes, ou si elles sont à l'état de mutation continue, et varient entre des limites trop larges pour pouvoir servir à autre chose qu'à établir des groupes généraux. Les variations de forme sont à consulter, dans l'examen de celte thèse, mais elles no suffiraient pas à elles seules pour la L'INSTITUT PASTEUR. 13 résoudre, alors môme qu'elles seraient encore plus prononcées qu'elles ne semblent l'être. Il faut encore la variation de proprié- tés physiologiques; celles-ci sont plus difficiles à constater lors- qu'on entre dans le détail, et exigent en général une étude chi- mique attentive. C'est ce côté chimique de la question qui sera surtout représenté parle laboratoire de microbie générale, dans lequel seront enseignées toutes les méthodes d'analyse chimique pouvant servir à l'étude des microbes, de leurs besoins alimen- taires, de leurs moyens de nutrition, de leurs produits de sécré- tion et d'excrétion, etc. Le laboratoire de microbie appliquée à l'hygiène aura dans son domaine tout ce qui intéresse l'étude hygiénique de l'air, du sol et des eaux, de même que l'étude et la préparation des vaccins. Jusqu'ici, nous n'avons touché qu'incidemment, dans ce plan d'études communes, à l'action des microbes sur les êtres vivants. Nous y arrivons avec les services de microbie comparée et de microbie technique. Ces deux laboratoires ont le même objectif, l'étude des mala- dies microbiennes, mais le premier est surtout un laboratoire de recherches, le second un laboratoire d'enseignement. Cet ensei- gnement aura même ici un caractère particulier. Tandis que dans le laboratoire de microbie générale, les élèves suivront tous pour ainsi dire des voies particulières, chacun ayant son sujet et en poursuivant l'étude par des moyens appropriés, M. Roux recevra, par séries, des élèves auxquels, en cinq ou six semaines, il donnera toutes les notions et indiquera tous les détails de technique nécessaires pour assurer la compétence de ces élèves dans les questions de microbiologie. Cette initiation comprendra un cours régulier et des exercices pratiques au laboratoire. Une ois le cours terminé, les élèves feront place à d'autres, et ainsi de suite ; cette périod de cours durera de cinq à six mois, et comprendra par conséquent quatre ou cinq séries d'élèves. Quand elle sera terminée, le laboratoire reprendra son caractère de laboratoire de recherches, et admettra des élèves sans limite de période de séjour, et dans les mêmes conditions que dans les autres laboratoires. L'admission et le séjour dans les divers laboratoires ne seront naturellement pas gratuits. Celui de M. Duclaux seul, 14 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. à raison de ses origines et de la source de ses crédits, est astreint à rester un laboratoire ouvert. Mais on payera dans les autres. La longue expérience des Allemands sur ce sujet, l'expérience plus courte d'un grand nombre de laboratoires français, montrent que les étudiants profitent mieux de ce qu'ils payent. Il y aura donc un "droit d'admission, payé une fois pour toutes, pour le cours de M. Roux et les leçons pratiques qui l'accompagnent. Pour les autres laboratoires, et pour celui de M. Roux quand la période des cours y sera terminée, il y aura un droit mensuel pour l'entrée au laboratoire et le libre usage de l'eau, du gaz, des réactifs princi- paux et de la verrerie usuelle. Ce droit sera minime, de façon à ne pas être un obstacle au travail. Les animaux d'expérience seront de même fournis à un tarif réduit d'environ 50 °/ sur le prix des marchés, de façon, d'un côté, à ne pas arrêter les tra- vailleurs dans leurs expériences utiles, de l'autre à éviter les tentatives inconsidérées et le gaspillage d'animaux auquel on se trouve entraîné quand c'est YÉtat qui paye. Ici, ce ne sera pas l'État, c'est une société créée avec les capitaux de tous, dans l'in- térêt de tous, et qui a le devoir étroit d'assurer la bonne gestion et l'emploi utile des capitaux qui lui ont été confiés. Elle ne songe pas à faire de bénéfices. Elle a seulement la légitime ambition de ne pas dépenser au delà de ses revenus. Le conseil de l'Institut se réserve, d'ailleurs, le droit d'accor- der la gratuité absolue aux travailleurs qu'il en jugerait dignes. Il est clair, du reste, qu'il y a des cas où elle s'impose, et qu'il y a tels ou tels savants auquels on serait trop heureux, s'ils venaient travailler à l'Institut, de donner tout ce qui leur serait nécessaire. Les élèves qui le peuvent doivent payer, mais celte règle ne s'ap- plique pas aux maîtres, et l'Institut restera débiteur de ceux qui viendront y faire une découverte profitable à tous. ACTION DU VIRUS RABIQUE INTRODUIT, SOIT DANS LE TISSU " CELLULAIRE SOUS-CUTANE, SOIT DANS LES AUTRES TISSUS, Par M. G. HELMAN l . Dans une lettre sur la rage adressée à M. Duclaux et publiée dans le premier numéro des Annales de l'Institut Pasteur, M. Pasteur a fait part d'une série d'expériences, au cours des- quelles des chiens inoculés sous la peau avec de la moelle rabique fraîche arrivaient à l'immunité, et cela d'autant plus sûrement que la quantité injectée était plus grande. M. Pasteur explique ce fait par l'existence d'une matière vaccinale intro- duite en même temps que les microbes de la rage, et qui parvient dans le système nerveux plus tôt que les microbes eux-mêmes. Si donc on injecte une grande quantité de moelle, il y aura assez de matière vaccinale pour produire l'immunité; sinon, il n'y aura pas assez de vaccin soluble, et alors commencera le développement des microbes, suivi de rage à issue mortelle. Si cependant on n'injecte que de petites doses égales du même virus, la maladie ne se montre que très irrégulièrement. Ce fait est-il en relation avec la matière vaccinale, ou provient-il d'une autre cause encore inconnue? Le but de ce mémoire est de rechercher les causes de l'absence de l'infection, qui assez sou- vent ne se produit pas dans les cas d'injection sous-cutanée, ainsi que d'étudier plus complètement l'action que produit le virus rabique introduit dans les tissus musculaires. I. — Expériences sur les chie?is. Chez les chiens, l'injection sous-cutanée fut faite dans le pli de la peau soulevée, l'aiguille étant maintenue fortement 1. Travail de l'Institut antirabique à Saint-Pétersbourg. 16 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. avec lesdoigs delà main gauche, de façon à l'empêcher de chan- ger de direction par suite des mouvements de l'animal. Au commencement de l'année 1886, G chiens reçurent de cette façon, dans l'intervalle d'un mois et plus, des doses de moelles délayées de diverses virulences et variant de 20 à 60 centimètres cubes. Ilsrestèrent bien portants pendant plusieursmois, et aucun d'eux ne prit la rage à la suite de l'inoculation sous-cutanée. Quelle est la raison de ce fait? La quantité de virus employée était cependant assez grande; on s'était servi de trois sortes de virus (virus de passage ordinaire, virus de passage de forme furieuse, et virus de rage des rues) ; et les injections avaient été faites presque toutes à la tête. La raison doit-elle en être cherchée dans l'organisme du chien? Car presque tous les lapins soumis à une injection sous-cutanée tombent malades. Quelle différence anatomique existe-t-il entre Je chien et le lapin? Les chiens ont entre la peau et les muscles un assez riche réseau de tissu qui, chez les animaux bien nourris, est assez gras; chez les lapins, les tissus sont généralement extrêmement tendus et manquent de graisse. Chez les chiens, l'injection est donc réellement faite dans le tissu cellulaire sous-cutané; chez les lapins, au contraire, les muscles sont ordinairement soulevés avec le pli de la peau et le virus injecté sous ces muscles, de sorte que ceux-ci sont chaque fois endommagés; de plus, les tissus très délicats du lapin sont facilement lésés et déchirés par le liquide injecté. On était donc conduit, par ces considérations, à essayer chez les chiens l'effet d'injections intramusculaires. Pour cela, la peau ne fut pas soulevée : l'aiguille fut enfoncée profondément afin de pénétrer dans les muscles et tournée dans plusieurs directions durant l'injection, afin que le virus ne put rester entre deux fibres musculaires. Dans certains cas même, on fit avant l'ino- culation une incision jusque dans la musculature. 7 chiens furent inoculés de cette façon, en 1887, par injec- tions intramusculaires. Ils reçurent chacun des quantités de virus frais variant entre un et demi et 8 centimètres cubes. 6 de ces chiens moururent après une courte période d'incubation et en présentant tous les symptômes de la rage. Il y a donc une différence remarquable entre les inoculations par injection sous-cutanée et par injection inlra-musculaire. ETUDE DES INJECTIONS RABIQUES; 17 Les animaux d'expérience inoculés dans le tissu sous-culané avaient, en général, reçu une plus grande dose de virus que ceux inoculés par injection intramusculaire; avaient-ils acquis ainsi l'immunité? Afin de résoudre cette question, je fis alors sur les chiens les expériences suivantes : i° Injections sons-cutanées de virus frais à forte dose. — Au mois d'août 1887, 4 chiens, mordus la veille par un chien enragé, furent inoculés avec du virus fixe frais (3 centimètres cubes); les jours suivants, on recommença l'opération. A des intervalles de 2 à 4 jours, ils reçurent chacun 30 centimètres cubes de virus fixe. 3 de ces animaux furent ensuite trépanés avec le virus de la rage des rues. Aucun d'eux ne prit la rage. D'autres expériences analogues, faites en grand nombre, démontrent que la moelle fraîche des lapins de passage, employée en grande quantité, confère l'immunité aux chiens; et cette immunité est d'autant plus solide que la quantité de virus injectée a été plus grande. 2° Injections sons-cutanées de virus frais à petite dose. — A la fin de l'année 1887. 10 chiens furent inoculés à l'abdomen, les 6 premiers avec du virus fixe, les 4 autres avec le bulbe de chiens morts de rage des rues. Ils reçurent chacun 1 ou 2 cen- timètres cubes de virus. Un seul de ces animaux prit la rage. Comme l'inoculation avait eu lieu sans les mesures de pré- cautions employées plus tard, on peut admettre que cet unique cas tient à l'absence de ces précautions. La conclusion est donc que, si le virus employé en petite quantité ne donne pas l'immu- nité, il ne cause pas non plus la rage. Ainsi, les chiens adultes prennent difficilement la rage par injections sous-cutanées. Nous allons voir, au contraire, que les chiens jeunes et maigres, dont les tissus sont moins gras et presque aussi tendres que ceux des lapins, la prennent facile- ment dans les mêmes conditions. 2 chiens d'un mois reçurent respectivement 3 et 6 centimè- tres cubes de virus fixe sous la peau. Ils prirent la rage le hui- tième et le neuvième jour. 2 autres chiens, âgés de 3 mois, furent inoculés sous la peau avec le bulbe d'un chien mort de la rage des rues; ils reçurent 2 18 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. chacun un centimètre cube de virus et furent pris de rage 21 et 39 jours après l'inoculation. Comme les petites doses de virus introduites dans le tissu cellulaire ne confèrent que très rarement l'immunité, on peut penser que le virus rabique ne se multiplie pas dans ces condi- tions d'infection. Cependant, de petites quantités de virus frais, comme l'a démontré M. Pasteur et comme l'a confirmé M. Bar- dach, peuvent aussi produire l'immunité, mais chez quelques sujets seulement et en cas d'infection légère. Si dans les injec- tions sous-cutanées le virus se multipliait, l'immunité dépen- drait moins de la quantité que de la virulence de la matière d'inoculation. II. — Expériences sur les singes. 8 singes reçurent chacun sous la peau un centimètre cube de virus fixe, séché pendant un jour à l'étuve à 24°. Le lendemain, ils reçurent chacun un centimètre cube de virus fixe frais. Aucun de ces animaux ne tomba malade. La non-apparition de la maladie n'était pas causée par l'atté- nuation du virus dans l'organisme du singe; car des singes tré- panés prenaient la rage au bout de 8 ou 9 jours, et les lapins inoculés avec leur bulbe étaient pris de rage le septième jour. La virulence n'est donc pas sensiblement atténuée par un seul passage par l'organisme du singe. 11 s'ensuit que l'injection sous-cutanée devrait provoquer la rage si seulement le virus se localisait et commençait à se développer. Ce n'est donc princi- palement que l'impossibilité du développement dans le tissu sous-cutané, et peut-être dans une certaine limite l'affaiblisse- ment du virus, qui occasionnent l'absence de la rage. Il est difficile d'admettre que les 8 singes aient acquis l'immu- nité par l'inoculation d'un centimètre cube de moelle d'un jour. III. — Expériences sur les lapins. Les lapins sont bien plus sensibles que les chiens aux ino- culations sous-cutanées de virus rabique. Les inoculations préventives ne les empêchent pas généralement de mourir de rage, tandis qu'aucun chien soumis à des inoculations préven- ÉTUDE DES INJECTIONS RABIQUES. 19 tives n'est tombé malade à la suite de cette opération. La raison de ce fait réside principalement, ainsi qu'il a été dit plus haut, dans la structure anatomique des tissus de ces deux espèces d'animaux. La délicatesse du tissu cellulaire du lapin et la forte adhérence h la peau du muscle cutané, qui manque chez l'homme, augmentent beaucoup la difficulté que l'on éprouve à faire aux lapins une injection sous-cutanée parfaite. En soulevant la peau seule avec soin, et en faisant l'inocu- lation dans le pli môme ainsi formé, en général on lèse, on déchire les tissus qui se trouvent sous celle peau. Ces parti- cularités anatomiques expliquent les fluctuations fréquemment observées dans la période d'incubation qui précède l'apparition de la rage, après une injection dite sous-cutanée. En introduisant l'aiguille de la seringue dans le pli de la peau soulevée, jusqu'à ce qu'elle s'y déplace librement, et en inoculant 4/10 de centimètre cube de bulbe rabique délayé, le nombre des lapins prenant la rage est de 75 pour 100. Si l'on injecte la même quantité de virus en piquant l'aiguille dans les muscles, la proportion monte à 8o pour 100. Si enfin, après avoir fait une incision à la peau, on coupe dans un muscle 'une partie des fibres, et si l'on fait l'injection dans la partie incisée du muscle, tous les lapins tombent infailliblement malades, après une courte incubation. Une grande différence se manifeste donc dans les résultats, suivant le mode d'inoculation. Il y avait lieu de se demander si, en ménageant autant que possible les autres tissus et en introduisant dans le tissu sous- cutané une dose suffisante de matière virulente, le pourcentage de la maladie diminuerait; ce qui prouverait évidemment que l'introduction et le séjour du virus dans le tissu cellulaire sous- cutané empêche le développement de la maladie. Mais, pour isoler autant que possible la matière virulente dans le tissu sous-cutané, et éviler la lésion des tissus délicats par suite de l'injection, il était nécessaire de n'introduire que de petites quantités de virus : 2/10 de centimètre cube, par exemple. Dans ce cas, r>0 pour 100 des lapins tombèrent encore malades. Après de nombreux essais, il me sembla que la mobilité de la peau était un obstacle à la réussite des expériences, et, pour éviter celle mobilité, je fis l'injection entre les deux yeux, Là où le tissu sous-cutané est le moins tendre, et où la mobilité de la peau fi i m o * 20 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. est la moins grande chez le lapin, le muscle cutané n'existant pas sur cette région. Après avoir rasé la peau à l'endroit où l'inoculation devait rire faite, et l'avoir lavée avec une solution de sublimé an 2/1000, on la piquait avec une aiguille très fine, préalablement nettoyée et flambée à la flamme d'une lampe à alcool. L'aiguille était maintenue pendant l'injection, et à la sortie, à l'aide des deux doigts de la main gauche; on pressait ensuite légèrement la piqûre pour s'opposer à la sortie de la substance injectée; on la lavait une dernière fois avec le sublimé. Dans une série d'expériences, 30 lapins ont été ainsi ino- culés entre les yeux avec 2 à 4 dixièmes de centimètre cube de virus de passage. 3 d'entre eux seulement prirent la rage. 10 lapins ont été inoculés de la même façon avec du virus frais de passage de la forme furieuse. Aucun d'eux n'est tombé malade. Par contre, 10 autres lapins ont été inoculés en même quan- tité, au moyen d'une piqûre à la tête dans le temporal et le masséler. 7 de ces lapins sont morts de la rage. Le minime pourcentage de la maladie (10 pour 100 environ) dans le cas de l'inoculation entre les yeux, doit être attribué à deslésions accidentelles dues, soit à un brusque mouvement de la tête de l'animal, auquel cas l'aiguille pénètre jusqu'au périoste, soit à ce que l'aiguille s'enfonce dans la peau du pli opposé, soit enfin à un choix malheureux du point d'inoculation. De plus, si l'on tient compte de la petite surface que le lapin présente entre les yeux, la quantité de 3 ou 4 dixièmes de centimètre cube est peut-être un peu forte et distend les tissus. Si l'on n'injectait que 1/10 de centimètre cube, le pourcentage serait certaine- ment moindre; mais la période d'incubation serait beaucoup augmentée, et par conséquent aussi la durée des observa- tions à faire sur les lapins. Il serait impossible d'objecter que si la maladie ne se mani- feste pas, c'est que. comme pour les chiens, l'immunité aurait été atteinte : de fortes doses, même de virus frais de rage des rues, ne donnent pas l'immunité. Des lapins ayant reçu jusqu'à 10 centimètres cubes de virus frais d'un seul coup sont tombés malades le 14° ou le 10 e jour. L'injection sous-cutanée chez le lapin équivaut presque à une injection intramusculaire chez le ÉTUDE DES INJECTIONS RABIQUES. 21 chien. Quoiqu'en même temps que le virus frais, on introduise une quantité de matière vaccinale suffisante pour produire l'immunité, l'infection commence toujours au point d'inocu- lation, parce que le virus se localise immédiatement, et que la culture commencée dans la périphérie nerveuse ne peut plus être empêchée dans le système nerveux par le procès de l'im- munité. En résumé, le virus rahique, introduit uniquement dans le tissu cellulaire sous-cutané, ne produit pas la rage, et s'il est injecté en quantité suffisante, il confère l'immunité. Mais on peut aller plus loin, et prouver que non seulement il ne se multiplie pas en dehors du système nerveux; mais qu'il meurt lorsqu'il est retenu un certain temps dans les autres tissus : c'est ce qui résulte des expériences suivantes : 1° 5 lapins ont reçu dans le péritoine 8/10 de centimètre euhe de virus fixe; 3 lapins ont reçu également 8/10 de centi- mètre cube de virus frais de rage des rues : aucun de ces ani- maux n'est tombé malade. Pour amener la rage, il eût fallu que le virus pût se propager par les lymphatiques, ou par les cellules de la séreuse du péritoine. 2° Je n'ai jamais constaté chez les chiens la présence du virus rabique, ni dans la substance des glandes lymphatiques, ni dans le contenu de ces glandes, ce qui aurait dû arriver si le virus cheminait à travers la lymphe pour pénétrer dans le sang. 3° Le sang*, recueilli pendant la vie ou aussitôt après la mort de chiens ou de lapins rabiques, n'a jamais donné la rage. De plus, une injection intraveineuse de virus frais, pratiquée sui- des chiens adultes, est souvent restée infructueuse. Contraire- ment aux résultats énoncés par Herlwig, par Frisch, par de Renzi et Amoroso, par Bareggi et Gassanello ' , et conformé- 1. Hertwig a inoculé le sang d'un animal enragé à un caniche en lui faisant des incisions au cou. Ce caniche a pris la rage un mois après; mais trois mois auparavant, il avait été inoculé avec la bave d'un chien enragé, Frisch a inoculé, par trépanation, deux lapins avec du sang. L'un d'eux a pris la rage au bout de 1 S jours. Riais pourquoi toute autre eaux- de mort serait-elle écartée? Les inoculations de contrôle en effet n'ont pas été faites. De Renzi et Amoroso ont inoculé deux lapins avec le sang d'un chien; l'un est mort en 3 heures, et l'autre 11 jours après. Cela montrerait assez que le saug n'é- tait pas pur et qu'on n"avait pas affaire à la rage. Bareggi et Cassanello ont trouvé dans le sang d'animaux rabiques un microbe 22 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. ment aux expériences de M. Pasteur, de Roux, de Bujwid, il n'y a donc pas de culture de virus rabique dans le sang. Le virus y meurt même s'il n'en sort rapidement. Quant à la fonction du sang, lors des injections intravei- neuses, M. Pasteur a montré par une injection dans une veine de l'oreille, amputée ensuite avec le point d'inoculation, que l'infection peut ne pas commencer à l'endroit inoculé, mais que le virus peut être charrié par le sang et déposé ainsi dans le système nerveux. Seulement, on doit se demander si, lors d'une infec- tion naturelle par morsure ou par injection sous-cutanée, le virus peut en général arriver directement jusqu'au sang en quantité suffisante. M. Pasteur a démontré expérimentalement que les quantités minimes introduites par injections intra- veineuses ne provoquent pas la rage. Pour qu'il y ait dévelop- pement de la maladie après injection intraveineuse, il faut donc que le virus sorte du sang et se localise dans les centres ner- veux. De là le rôle considérable que joue la structure des parois des vaisseaux : les petits animaux à tissus et parois capillaires délicats, tels que les lapins et les jeunes chiens, tombent tous malades sans exception après une injection intraveineuse ; les grands chiens donnent des résultats fort irréguliers; quant aux chèvres, aux moutons et aux vaches, ils semblent plus résistants encore, ainsi qu'il résulte des expériences de Galtier, de Roux et de Nocard. Cela doit résulter de la structure de leurs vaisseaux capillaires, qui chez les uns s'opposent au passage du virus dans les centres nerveux, tandis qu'ils le permettent chez les autres. D'un autre côté, j'ai observé qu'après infection par trépana- tion, si l'on n'introduit une très petite dose de virus que sous la dure-mère, avec précaution et sans blesser la pie-mère, l'appa- rition de la maladie peut être reculée de plusieurs mois, et même en quelques cas à tout jamais empêchée ; ce qui ne pourrait être si le virus pouvait se cultiver dans l'espace arachnoïdal. 11 doit tout d'abord arriver au tissu nerveux et, h ce qu'il semble, il se donnant une culture sur In pomme de terre. 11 y a lieu de penser que le sang dont ils.se servaient était infecté et ne pouvait amener la rage des chiens, mais tout au plus la rage que Protopopolï et Moite, à Kharhoff, ont confondue avec la véritable. ETUDE DES INJECTIONS RABIQUES. 23 localise plus vite dans la moelle épinière : il faut donc qu'il puisse l'atteindre facilement par la lymphe. Il est probable que le virus, tout en se multipliant, se dirige vers le centre au moyen des fibres nerveuses, comme un conduc- teur de chemin de fer passe d'un wagon à un autre pendant la marche du train, ainsi que tendent à le prouver les expériences de Vestea et Zagari, de Zagari seul, de Roux, et les miennes propres, faites sur la queue des chiens et des lapins. Si en effet, dans les 12 heures qui suivent l'injection, j'amputais la queue avec le point d'inoculation, les animaux restaient indemnes. Comment le poison se meut-il si lentement? Ce n'est possible que parce qu'il se propage par les fibres nerveuses ou au moins le long de ces fibres, c'est-à-dire dans le courant lymphatique qui entoure la fibre nerveuse. Le résultat des injections prati- quées dans la peau (inlraculanées), qui à petites doses donnent toujours la rage, parle en faveur de cette supposition. En résumé on peut formuler, dans les propositions suivantes, et les résultats obtenus et les conséquences de ces résultats : 1° Le virus rabique ne peut se cultiver que dans la sub- stance nerveuse. 2° Il ne produit l'infection que lorsque, par inoculation, il est introduit directement dans les cellules nerveuses, ou lorsque les autres tissus ne l'empêchent pas d'y pénétrer. 3° Introduit et localisé dans le tissu sous-cutané, il ne produit pas l'infection. 4° Retenu dans le tissu cellulaire, il peut donner l'immunité. S Le degré d'immunité est en raison directe de la quantité de virus frais introduite. 6° La pie-mère et les parois capillaires des petits animaux laissent passer le virus par les stomata. 7° L'infection ne dépend pas de l'endroit du corps où l'injec- tion a été faite, mais du genre de tissu atteint par le virus. 8° La localisation dans le tissu sous-cutané dépend de la structure analomique du sujet d'expérience, et de la façon dont on s'y prend pour faire l'injection. 9° Pour les inoculations préventives de moelle virulente, les injections doivent être strictement faites dans le tissu cellulaire sous-cutané. 24 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. 10° Les fortes doses de virus virulent qui, introduites dans le tissu cellulaire, produisent l'immunité, font très souvent naître la rage si on les injecte dans les muscles. 11° Les inoculations préventives du virus virulent, pratiquées sur l'homme, sont bien moins dangereuses que sur les animaux ; car l'homme, à l'endroit où l'inoculation est faite, n'a point de muscle cutané. 12° L'injection sous-cutanée n'est point la même chose que l'injection dans le tissu cellulaire sous-cutané; car, dans la première, on ne se préoccupe pas de l'endroit que le virus peut atteindre. RECHERCHES SLR LA DIGESTION INTRACELLULAIRE Par EL. METCHNIKOFF. Comme la plupart des Protozoaires et des cellules-phago- cytes, aptes à la digestion intracellulaire, se prêtent fort peu à la recherche des phénomènes digestifs, à cause de leurs petites dimensions, c'est à la tribu des Myxomycètes que je me suis adressé au début de mes études sur cette question. Les plasmo- diums de ces curieux organismes se présentent souvent sous forme de masses protoplasmatiques énormes, et peuvent être facilement soumis à la recherche microscopique directe, aussi bien qu'à l'expérience de chimie physiologique. Depuis les recherches classiques de de Bar y, il est généra- lement admis que la plupart des Myxomycètes sont capables, dans leur état de plasmodium, de s'incorporer différentes sub- stances solides, telles que les grains de carmin, spores de champignons, etc. L'éminent botaniste put constater en même temps que plusieurs de ces corps englobés subissent un certain changement dans l'intérieur du plasmodium, pat exemple les grains de carmin, qui chez le Didymium présentaient des signes évidents de dissolution 1 . Comme le protoplasma et le suc du plasmodium présentent une réaction alcaline bien prononcée, ce changement du carmin pouvait être expliqué par une simple action dissolvante des parties alcalines, et on pouvait supposer de même que la vraie digestion qui s'opère dans l'intérieur du plasmodium s'accomplit également dans un milieu alcalin. Les recherches de M. Krukeriberg 2 , entreprises pour répondre à cette question, ont donné cependant un résultat purement négatif, en ce sens qu'il ne lui fut jamais possible de trouver chez les Myxomycètes une digestion des matières albuminoïdes, 1. De Bary, Pilze, Mycetuzoen u. Bactérien, 1884, p. 487. 2. Vntersuchungen aus dem physiologischen lnslilute in HeidelOerg, 1878, II, p. -~o- 26 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. comparable à celle qui_ s'opère par la trypsine. L'extrait du plasmodium à'JEthalwm septicum, qui laissait la fibrine intacte dans un milieu neutre ou alcalin, la digérait toujours lorsque M. Krukenberg ajoutait de l'acide chlorhydrique ou lactique. La présence de pepsine, démontrée par ces expériences, fut bientôt confirmée par MM. Reinke ' et Gremvood 2 . Mais ces observateurs, admettant que la pepsine du plasmodium ne pouvait pas manifester son action digestive dans un milieu fran- chement alcalin, attribuent sa présence à une sorte de produc- tion de luxe, et la considèrent comme absolument inutile à l'économie des Myxomycètes. S'il n'est rien de plus facile que de s'assurer de la faculté qu'a le plasmodium des différents Myxomycètes d'envelopper les corps solides les plus variés, il est au contraire excessivement difficile de prouver une action digestive exercée sur ces corps englobés. Les mouvements perpétuels du protoplasma rendent impossible la fixation, pour un temps un peu long, d'un objet ingéré, afin d'observer sa dissolution plus ou moins lente dans le plasmodium. Souvent aussi ce dernier se débarrasse des corps enveloppés, en les rejetant presque tous en dehors du proto- plasma. Des granulations vitellines, des morceaux de libres musculaires, même des corps aussi tendres que les globules rouges du sang humain, subissent le même sort; de sorte qu'il m'a été impossible "de démontrer leur digestion par le con- tenu du plasmodium. Pour obtenir des résultats précis, je me suis adressé à l'observation des phénomènes qui s'opèrent dans le plasmodium du Physarum, après l'injection des cellules du Sclerotium rouge, connu sous le nom de Phlebeomorpha rufa. Après avoir réduit des morceaux de ce Sclerotium en poudre, on ajoute des cellules ainsi isolées au plasmodium fixé sur un porte-objet, et on laisse le tout pendant plusieurs heures dans la chambre humide. Après un temps variable, on aperçoit tous les stades de dissolution des cellules du Sclerotium, qui changent leur couleur orangeâtre en jaune, et finissent par devenir tout à fait incolores. Les contours, très nets au début, deviennent de plus en plus diffus, de sorte qu'on éprouve une i. Untersuch. ans cii. Recherche sur les phénomènes de variation chez le Yibrio Proteus (bacille-virgule de Finkler Priori ArcJ). f. ////- giene, VIII. Ce travail, fait au laboratoire de M. le professeur, Max Gruber à Gr.itz, tend à établir que les formes des colonies sur plaques de géla- tine ne sont ni aussi caractéristiques ni aussi invariables qu'on l'admet d'ordinaire. L'auteur a réussi à séparer quatre formes du vibrion protée qui se distinguent entre elles, au point de pouvoir constituer des espèces distinctes, par leur aspect microscopique, par la forme de leurs colonies sur plaques, par leur croissance dans les tubes de gélatine. L'auteur désigne par les noms de premier, deuxième et troi- sième vibrion les nouvelles formes qu'il a trouvées. Le vibrion I se distingue de la forme typique principalement par l'aspect des cultures sur plaques. Au lieu de présenter des colonies qui liquéfient rapidement la gélatine en pullulant dans toute la zone liquéfiée qui devient trouble, la colonie du vibrion I se compose d'une masse brune de bactéries, entourée d'une zone de liquéfaction tout à fait claire. Ces bactéries sont immobiles dans ces conditions. Pourtant, le quatrième et le cinquième jour de culture, ces zones claires commencent à se troubler. Le vibrion II s'éloigne encore davantage de la forme primitive, et présente une très grande ressemblance avec le bacille du choléra. Les colonies jeunes sont d'une teinte jaune clair, et avec un contour ondulé. La zone de liquéfaction reste toujours parfaitement limpide. Les cultures dans les tubes de gélatine ressemblent aussi beaucoup au bacille du choléra. La seule différence est qu'elles ont une vitesse un peu plus grande de développement. Le vibrion III donne les mêmes colonies sur plaques que le pré- cédent; son développement dans les tubes de gélatine est encore plus lent; mais il diffère du vibrion II en ce que la partie liquéfiée devient trouble. Les formes microscopiques diffèrent de toutes les précédentes. Au lieu d'être, dans les cultures récentes, des bacilles plus ou moins droits, le vibrion III présente dès l'origine la forme vibrionienne. Tous ces trois vibrions ont été isolés par l'auteur de cultures pures et plus ou moins anciennes sur gélatine. Il existe, du reste, entre eux encore des formes intermédiaires, et le vibrion I se laisse facile- ment changer en vibrion Protée ou vibrion II. Le vibrion I apparaît dans les cultures sur gélatine vieille de 30-40 jours, le vibrion //après 50 jours, le vibrion III vers le quatre centième jour. Leur production doit être attribuée, d'après l'auteur, au manque de nourriture et d'oxygène dans les vieilles cultures. Ainsi, 44 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUIt. par exemple, la culture pure du vibrion I donne principalement nais- sance, dans la pellicule de surface, au vibrion protêt', et au fond, au vibrion IL ' L'auteur prévient contre la généralisation trop hâtive de ces ré- sultats. « Quelque grandes que paraissent les différences dans l'aspect des colonies de ces vibrions nouveaux, elles se laissent probablement ex- pliquer par l'atténuation différente de l'énergie de croissance, de la puissance de dissoudre la gélatine, et de la faculté du mouvement spontané; tous ces phénomènes d'atténuation ne sont certainement pas plus importants que la perte de la faculté de sporulation, de fer- mentation, de virulence. » Dans un appendice, M. le professeur Gruber confirme les résultats de M. Firtsch, ayant aussi réussi à isoler les formes décrites par ce dernier. Outre leur intérêt général, sur lequel a insisté l'auteur, ces résul- tats ont un intérêt particulier facile à saisir, pour la morphologie du groupe des bacilles-virgules. N. Gamàléia. H. Kuhne. Sur la coloration des bacilles dans les nodules morveux. Fortschritte d. Medicin, 1888, p. 860. La grande difficulté que l'on éprouve à colorer les bacilles de la morve dans les tissus,, est un fait bien connu de ceux qui s'y sont essayés. M. Kùhne, déjà illustré par ses travaux sur la technique de diverses colorations, nous indique aujourd'hui un procédé nouveau pour mettre en évidence les bacilles de la morve dans les coupes des organes, et qui donne des résultats excellents. Les matériaux d'étude lui avaient été fournis, il y a quelques années, par M. Gaffky. Après beaucoup de tâtonnements, M. Kûhne reconnut qu'un trop long séjour des coupes dans la matière colorante ne fait que nuire à la différen- ciation des microbes d'avec le tissu, tandis qu'une coloration moins intense donne souvent de très bonnes images, si l'on sait employer des décolorants appropriés. Partant de ce point de vue. M. Kiïhne recommande le procédé suivant : Les coupes sont d'abord portées de l'alcool dans l'eau, puis on les traite par le bleu de méthylène phéniqué pendant 3 ou 4 minutes. Un court séjour dans l'eau acidulée suffit alors pour donner aux nodules morveux la teinte bleu pâle désirable. Pour empêcher la décoloration de se poursuivre ultérieurement, on lave soigneusement dans l'eau; puis, après déshydratation rapide par l'alcool, on plonge les coupes REVUES ET ANALYSES. 45 pendant 5 minutes dans un bain d'huile d'aniline auquel on a ajoute 6 à 8 gouttes d'essence de térébenthine, pour la quantité de teinture contenue dans les petites cuvettes ordinaires. On termine la préparation en traîtant successivement la coupe par l'essence de térébenthine pure et le xylol, puis en l'enfermant dans le baume de Canada. Les nodules sont alors parfaitement transparents, et les bacilles ressortent de la façon la plus nette. M. Kûhne a essayé ce procédé de coloration aussi pour d'autres microbes difficilement colorables dans les tissus (choléra asiatique, choléra dés poules, fièvre typhoïde, etc.). Les résultats qu'il a obtenus ont été, dit-il, excellents. Si l'on désire avoir une double coloration, on traite les coupes teintes déjà en bleu et sortant du bain de xylol (V. plus haut) par de l'essence de térébenthine à laquelle on a mélangé 3 gouttes d'une solu- tion de safranine, ou mieux 2 gouttes d'auramine anilinée. Les bacilles ressortent mieux sur ce fond légèrement rosé ou verdâtre. Yersin. E. di M.\ttei. Sur la transmission de quelques immunités artificielles de la mère au fœtus. Bollett. d. Accad. medica de Rome, 1887-1888, fascic. 8, VIII. La question de la transmission au fœtus des immunités naturelles ou artificielles de la mère n'a encore fait l'objet d'aucun travail dirigé spécialement en vue de la résoudre, ou ayant donné, dans cette direction, des résultats probants. Que cette transmission soit possible au moins chez certaines espèces et pour certaines maladies, c'est ce qui résulte de ce qu'on a observé sur l'homme à propos de la syphilis, de la variole, et des faits bien connus observés sur les animaux par MM. Toussaint ', Ghauveau 2 , Arloing, Cornevin et Thomas 3 , à propos du charbon et du charbon symptomatique. Que cette trans- mission ne soit pas la règle, et qu'il s'y présente quelquefois des exceptions singulières, c'est ce qui résulte des travaux de Loeffler * et d'autres expérimentateurs. Il y a probablement là un mé- canisme physiologique ou pathologique à mettre en lumière, mé- canisme qui entrerait en fonction dans quelques cas et pas dans 1. Comptes rendus, 8 mars 1880. 2. Sur le mécanisme de l'immunité. Ann. de l'Institut Pasteur, 1888, et sur la théorie des inoculations préventives (Revue de médecine, 1887). 3. Le Charbon symptomatique, Paris, 1887. 4. Sur la question de l'immunité. Mittheilungen, 1881. 46 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. d'autres, et nous donnerait ainsi la clef des variations et des contradic- tions observées. Rappelons-nous d'ailleurs que le mécanisme de cette transmission héréditaire n'est ailleurs ni plus régulier ni plus général. Il y a des traits du caractère ou de la physionomie qui sont transmissibles, mais tous les enfants ne ressemblent pas à leursparents.il y a des difformités, naturelles ou acquises, qui passent de génération en génération, mais d'autres qu'on ne peut rendre héréditaires. Tel est par exemple le cas de la circoncision chez les juifs. Rien ne nous autorise à penser que la transmission héréditaire de l'immunité, qui résulte d'un phénomène au moins aussi délicat que les transmissions précédentes, ait une marche plus sûre. M. di Mattei a cherché à savoir quelle influence subit et commu- nique à ses fœtus une femelle pleine qu'on a vaccinée par un virus atténué. lia opéré sur le lapin et le cobaye, et a limité ses recherches au charbon, au choléra des poules et au rouget du porc. On peut dire a priori que le lapin, sur lequel il a surtout opéré, est un animal telle- ment sensible à ces maladies, et tellement difficile à vacciner, que le choix était peut-être mauvais pour juger de la transmission d'une immunité héréditaire. Il ne faut pas évidemment, non plus, prendre pour cette étude des espèces réfractaires; mais entre les deux extrêmes il y a de la marge, et quand on veut étudier la transmission d'une qualité quelconque, il est sage de prendre une espèce dans laquelle cette qualité est très accusée. Aussi, dans aucune de ses expériences, qui n'ont il est vrai porté que sur une douzaine de femelles, M. di Mattei n'a pu constater aucune transmission héréditaire d'immunité de la mère au fœtus. La mise bas avait lieu comme à l'ordinaire. On ne constatait pas d'avor- tements anormaux. L'auteur signale seulement une mortalité un peu plus grande qu'à l'ordinaire sur les petits, mais on sait combien il est difficile d'amener à bien une portée de lapins dans nos laboratoires. Dans leur ensemble, ces résultats sont analogues à ceux que Loeffler a obtenus sur les rats, et en contradiction avec ceux que nous avons rappelés en commençant cet article. Mais ces contradictions ne sont pas faites pour nous surprendre : il faut se contenter de les enregistrer, jusqu'au jour où un observateur plus habile ou plus persévérant nous en donnera la loi. Dx. INSTITUT PASTEUR. 47 INSTITUT PASTEUR Personnes prises de ta rage pendant le traitement. Allègue (Louis), 14 ans, de Cambes, Gironde. Mordu le 25 décem- bre 1888 par un cbien reconnu enragé par M. Uzerau, vétérinaire. Les morsures sont au nombre de 9 sur les doigts et sur le dos de la main gauche, 3 sont très profondes. La main droite porte, en outre, 2 mor- sures très pénétrantes, l'une au pouce, l'autre à l'index. Ces blessures, qui ont beaucoup saigné, ont été cautérisées 5 heures après au thermo- caistère par un médecin. La cautérisation est tout à fait insuffisante, à cause du nombre et de la profondeur des plaies. Allègre a été mis en traitement le 28 décembre. Il a été pris de malaise pendant le cours du traitement, le 10 janvier. Le 11, il a éprouvé des douleurs violentes dans le bras droit. Le 1 2, il a eu des vomissements et de la céphalalgie. Le soir de la même journée, l'aéro- phobie s'est montrée. Allègre a été transporté à l'hôpital des Enfants malades, où il est mort le 14, après avoir présenté tous les symptômes delarageconvulsive. L'incubation de la maladie n'a été que de 16 jours. Des lapins inoculés avec le bulbe du chien mordeur, par M. Uze- reau vétérinaire ont succombé à la rage. Mayland (Rose), âgée de 3 ans, de Belbeuf, Seine-Inférieure. Mordue le 13 décembre, 1° à la joue droite qui porte une blessure au-dessous de l'œil et deux blessures près de la narine : ces blessures pénétrantes ont donné beaucoup de sang; 2° à l'oreille droite : le lobule de l'oreille est traversé, une autre blessure siège sur la joue au-dessous du lobule; 3° à l'avant-bras droit, sur lequel on compte 3 morsures fortes ayant saigné. Les habits ont été déchirés par les dents. Le chien mordeur avait été lui-même mordu par un autre chien reconnu enragé. Cinq autres personnes ont été mordues par le chien qui a attaqué Mayland. L'autopsie de l'animal a été faite par M. Philippe, vétérinaire à Rouen, qui certifie la rage. R. Mayland a été traitée du 15 décembre 1888 au 5 janvier 1889. Ce jour même elle est devenue malade. Le 6 janvier sa maladie s'est caractérisée, et elle a succombé à la rage convulsive le 9 janvier. L'incubation de la maladie a été de 22 jours. 48 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. INSTITUT PASTEUR STATISTIQUE l DU TRAITEMENT PRÉVENTIF DE LA RAGE. — DÉCEMRRE 1888. Morsures à la tête j simples . . , et à la figure i multiples. . Cautérisations efficaces , — inefficaces Pas de cautérisation ,, . ( simples — Morsures aux mains j m? fe pleg>< Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Morsures aux mena- ( simples — bres et au tronc j multiples.. Cuutérisatiotis efficaces — inefficaces Pas de cautérisation -. Habits déchirés Morsures à nu Morsures multiples en divers points du corps Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Habits déchirés Morsures à nu Totaux. )IS„t s etA ! 3érienS : ( Etrangers Total générai, 2 26 » ■I S) » 1»/ 1?) « » 3/ 4$ 30 I A B )> 3 * » » » 1 » » 2 » » » » 41 1 » » 13 » » 27 » » » «3) S© 5 » » 9 » » 15 » » 26 » » 3 » » » B 4 » » » 1 » )> 3 » » 2 » » 3 » » 65; 12j 99 1 I» «« 1. La colonne A comprend les personnes mordues par des animaux dont la rage est reconnue expérimentalement; La colonne B celles mordues par des ani- maux reconnus enragés à l'examen vétérinaire; La colonne C les personnes mordues par des animaux suspects de rage. Les animaux mordeurs ont été : Chiens, 136 fois; chats, 6 fois. Le Gérant : G. Masson. Sceaux. — Imprimerie Charaire et fils. 3"' ANNÉE. FEVRIER 188a. N° 2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR RECHERCHES PHYSIOLOGIQUES SIR LES SULFOBAÇTÉRIES Par M. S. WINOGRADSKY. En 1887, j'ai publié ' les résultats de mes recherches physio- logiques sur les organismes des eaux sulfureuses. Dans un autre travail, plus étendu 2 , j'ai montré depuis que ces êtres singuliers, assez nombreux pour que j'aie pu y distinguer 15 genres et plus de 25 espèces différentes, forment un groupe physiologique, très nettement caractérisé par le rôle que joue le soufre dans leur économie. Pour marquer cette ressemblance physiologique, qui va très loin, je leur ai donné le nom de Schwefelbacterien ou de Sulfobaçtéries. L'impossibilité d'appliquer, à l'étude de ces organismes, les méthodes connues et éprouvées dans la science des organismes inférieurs rend leur étude difficile. Je n'ai réussi par aucun moyen à cultiver les Beggiatoa, Thiothrix, Chromatium, etc., à l'état pur dans des ballons renfermant un liquide nutritif, ce qui aurait été évidemment le meilleur moyen de se renseigner sur leurs besoins nutritifs. Ces organismes périssent aussi rapi- dement sur les milieux solides de culture, ce qui empêche de les isoler avec facilité. 1. Sur les sulfobaçtéries. Bot. Zeitg, 1887. V. ce3 Annales, t. I, p. 548. 2. Sur la morphologie et la physiologie des sulfobaçtéries. Beilr. z. Morphol. und Physiol. d. Bactérien, fasc. I, Leipzig, 1888. 4 50 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. La raison en est, comme je l'ai démontré, dans la singularité de la nutrition de ces êtres, qui les différencie de la plupart des espèces dépourvues de chlorophylle. Ils ne se développent hien que dans des eaux tenant en solution une quantité modérée, mais constante, d'hydrogène sulfuré ; l'accès de l'air doit pour- tant être libre, puisque ce sont des organismes aérobies ; la teneur en matière organique du milieu doit être tout à fait mi- nime, mais constante aussi. Toutes ces conditions ne sont complètement réalisables que si on renouvelle constamment le liquide approprié à la culture : c'est ce qui a lieu dans les sources sulfureuses. On s'explique ainsi la végétation si riche des sulfobactéries dans ces sources et leur développement diffi- cile ailleurs. Ces difficultés m'ont conduit à imaginer une méthode simple d'investigation physiologique en petit, avec des flocons de fila- ments gros comme une tête d'épingle et noyés dans une goutte d'eau. Cette méthode, d'une application restreinte dans les cas ordinaires, peut pourtant, dans quelques cas difficiles, mener au but par un chemin plus court et plus sûr que les cultures en grand. Il est toujours facile de trouver un flocon de Beggialoa presque pur, ou de le purifier par des moyens mécaniques. Cet état de demi-pureté, qui serait mauvais pour une culture ordi- naire, est suffisant pour une culture sous le microscope, à l'aide duquel on peut contrôler de jour en jour, presque d'heure en heure, la part de développement et d'action des germes étrangers. De plus, on peut, en faisant varier la constitution du liquide nutritif et en comparant l'élongation ou la multiplication des filaments du Beggiatoa, arriver à juger, presque aussi sûre- ment que dans une culture pure, des besoins nutritifs de l'espèce étudiée. En imitant les conditions d'existence des sulfobactéries dans la nature, j'ai réussi à faire végéter dans une goutte d'eau, et cela pendant des semaines et des mois, des Beggiatoa, des Thiothrix et d'autres espèces. J'ai pu observer directement l'influence du milieu sur leur développement, et les phénomènes visibles de leur nutrition. Quant aux changements chimiques du milieu de culture, mis en évidence par des actions microchimiques, j'ai cru devoir les attribuer aux actions physiologiques des sulfo- bactéries, quand j'avais suivi de près l'évolution régulière de ces RECHERCHES SI R LES SULFOBACTÉRIES. 51 êtres, et constaté leur caractère normal, ainsi que l'absence d'organismes étrangers. La difficulté est précisément de démêler la vie physiologique de ces êtres des phénomènes morbides dont ils deviennent si facilement le siège, ou des actions intercurrentes. En voici une preuve des plus caractéristiques. Tous les savants qui ont étudié ce sujet ont observé que si on introduit de la barégïne dans des bouteilles remplies d'eau et bouchées, il s'y forme infailliblement de l'hydrogène sulfuré. On a naturellement attribué la production de ce gaz à l'activité vitale des organismes de la barégine. Cette interprétation est inexacte, le fait restant vrai. En soumettant, en effet, le contenu de ces bouteilles à une investigation microscopique systéma- tiquement répétée, j'ai remarqué que dans ces conditions les filaments immergés périssent rapidement. Au bout de 3 à 5 jours, quand la production d'hydrogène sulfuré commence, on trouve déjà quantité de filaments morts, et quelques jours après, quand le liquide est saturé de H 2 S, on n'en trouve plus de vivants. Les filaments gonflés, à demi désorganisés, que l'on découvre au microscope, sont alors privés des grains de soufre qu'ils contiennent toujours à l'état normal. Je pouvais donc conclure que l'hydrog'ène sulfuré se formait aux dépens du soufre intracellulaire, mais il devenait très diffi- cile d'attribuer cette conversion à l'activité vitale des sulfo- bactéries. Ce doute se confirme pleinement, si on suit jour par jour la marche du phénomène au microscope. On transporte quelques flocons de Beggiatoa, très riches en grains de soufre, dans une goutte d'eau sur porte-objet, et on la recouvre d'une lamelle de 22-2o mm , de manière que les flocons restent au centre de la goutte qui s'écrase en les débordant de tous côtés. On tue alors les filaments en les lavant à l'eau distillée '. En les observant ensuite de jour en jour pendant quelque temps, on voit, à mesure que les cellules mortes perdent leur soufre, une marge jaunâtre de grains et de cristaux de soufre se formel- le long- des bords de la goutte, qui exhale une odeur très sen- i. L'eau distillée tue rapidement les filaments de Beggiatoa. Ils deviennent de suite immobiles, perdent leur turgescence, se tordent, se cassent, se gonflent quel- quefois, puis entrent en décomposition. 52 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR, sible d'hydrogène sulfuré. La production de ce gaz dure tant qu'il reste du soufre au centre de la goutte. Enfin les filaments se désorganisent complètement et finissent par être méconnais- sables. La marche du phénomène est facile àcomprendre. Le soufre se combine à l'hydrogène à l'abri de l'air, et l'hydrogène sulfuré, décomposé au contact de l'air, dépose aux bords de la goutte du soufre qui subit ainsi une migration du centre à la périphérie. Mais par quel mécanisme se produit la combinaison du soufre et de l'hydrogène? C'est une question qui, l'expérience précé- dente le montre, ne touche pas à la physiologie des sulfo- bacléries, puisqu'elles sont malades quand elle commence, et mortes quand elle a son maximum d'intensité. Il est probable qu'elle est due à l'action des organismes de la putréfaction, qui apparaissent bientôt dans la goutte et y pullulent autour des filaments morts. On sait qu'il se produit de l'hydrogène sulfuré clans la putréfaction de toutes les matières organiques contenant du soufre. J'ai cru devoir insister sur cette expérience et sur son exacte interprétation, parce que nous y trouvons des enseignements dont nous aurons à profiter tout à l'heure, mais je reconnais qu'elle ne contredit en rien la possibilité d'une action réductrice de la part des sulfobacléries dans d'autres conditions plus favo- rables. La faculté de réduire les sulfates, avec production d'hydrogène sulfuré, leur a été attribuée par Lothar Meyer 1 , Cohn 3 , Plauchud 3 , Etard et Olivier 4 . Les granulations de soufre, dont se garnissent les bactéries dans les eaux sulfu- reuses, constituent même, suivant MM. Etard et Olivier, un témoin des phénomènes de réduction s'accomplissant dans le protoplasma de l'être vivant. L'expérience m'a, au contraire, amené à cette conclusion, exprimée un peu avant moi par M. Hoppe-Seyler 5 , que les sul- fobacléries ne sont pour rien dans la réduction des sulfates en présence des matières organiques, et que la formation d'hydro- 1. Journal f. prakt. C/iemieA. XCF, § 864. 2. Beilraeije z. Biologie d. Pflanzen, t. I, fasc. 3, 1875. 3. Comptes rendus, U'>7S. 4. Comptes rendus, 1882. 5. Zeitschr.f. phys. Chemie,t. \, fasc. 5, 1886. RECHERCHES SUR LES SULFOBACTERIES. 53 gène sulfuré résulte d'ua phénomène secondaire, d'une fermen- tation à l'abri de l'air. Il est tout d'abord bien facile de se convaincre que la for- mation des granules de soufre, dans les cellules de sulfobac- téries, est due, non à la réduction des sulfates, mais à l'oxydation de l'hydrogène sulfuré de l'eau. Des filaments de Beggiatoa, immergés dans une solution de sulfates et en culture suffisam- ment pure, perdent rapidement leurs granules de soufre et n'en forment plus, si longtemps qu'on les y laisse. Mais aussitôt qu'on leur donne uu peu d'eau contenant de l'hydrogène sul- furé, fût-ce même la solution de sulfate dans laquelle ils vivent, et dans laquelle on a fait barboter quelques bulles de ce gaz, on voit de nouvelles granulations apparaître au bout de 2 à 3 mi- nutes, et remplir les cellules au bout de quelques heures. Il n'y a donc aucun doute à avoir sur l'origine du soufre dans les sulfobactéries. Quel est le rôle physiologique de ce soufre si avidement et si abondamment emmagasiné par le protoplasma des cellules vivantes? C'est une question que j'ai longuement étudiée. Je suis arrivé à ce résultat qui a été tout récemment contesté par M. Olivier i, c'est que ce soufre est transformé en acide sulfu- rique par la plante. La démonstration de ce fait, par le procédé que j'ai suivi, est à la fois si simple et si sûre, que je ne puis deviner ce qu'on peut lui reprocher, ni comment, si M. Olivier l'a essayée, il peut en contester les résultats. J'ai commencé par étudier les réactions microchimiques qui peuvent servir à déceler la présence de l'acide sulfurique, et je me suis arrêté à l'emploi d'une solution de chlorure de baryum, acidulée avec de l'acide chlorhydrique. Quand le liquide con- tient un sel de chaux, il est tout aussi commode de l'évaporer tout simplement, et d'observer au microscope la formation des cristaux si caractéristiques de sulfate de chaux. Mais j'ai pré- féré la réaction du sulfate de baryte. L'emploi de l'eau distillée est toujours à rejeter avec les Beggiatoa, qui meurent dans ce liquide. On peut heureusement la remplacer par une eau de source très pauvre en sulfate. Celle dont je me suis servi ne renfermait que 0,0014 °/ d'acide 1> Comptes ren lus, 18 et 23 juin 1838. 54 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. sulfurique. Cette teneur est inférieure à celle qui permet la formation, sous l'influence d'une goutte de liquide barytique, de cristaux de sulfate de baryte reconnaissables au microscope. Il faut aller, pour cela, au moins à 0,004 °/ d'acide sulfurique. La réaction microchimique est donc moins sensible dans ce cas que la réaction macroscopique, mais j'y trouvais l'avantage de n'obtenir la réaction de l'acide sulfurique, sous le microscope, qu'après un enrichissement considérable du liquide initial en acide, et de la rendre ainsi indépendante de la dose de sulfate de chaux existant à l'origine dans l'eau dont je me servais. On prend alors quelques flocons de filaments, aussi sem- blables que possible, riches en soufre. On les lave dans une cuvette, remplie d'eau de source fréquemment renouvelée, et on les transporte ensuite dans une série de gouttes, de gran- deurs égales, disposées sur des porte-objets. On les divise en deux lots en laissant dans le second les gouttes les plus riches en filaments. Ce lot servira de témoin. On y tue les filaments en les chauffant légèrement ou en les laissant dans une atmosphère saturée de chloroforme. Les filaments du premier lot restent vivants, et leur état est soigneusement contrôlé au microscope pendant toute l'expérience. En soumettant après 24. 48 heures, etc., les gouttes de chaque lot à la même épreuve, par le liquide barytique, je fus frappé par la précision des résultats : quantité de cristaux de sulfate de baryte ou de sulfate de chaux dans les gouttes de Beggialoa vivantes ; aucune réaction dans les gouttes témoins, qui pourtant étaient plus riches en matériaux renfermant du soufre. En comparant au microscope la quantité de cristaux de sulfate de baryte, avec celles que me donnaient au même mo- ment des solutions titrées d'un sulfate, j'ai pu me faire une idée approximative de la rapidité du phénomène d'oxydation dans les cellules vivantes. J'ai trouvé dans une expérience les chiffres suivants. La teneur en acide sulfurique d'une goutte de 2 à 3 dixièmes de centimètre cube, d'eau de source à 0,0014 °/ d'acide sulfurique et contenant un flocon minime de Beggiatoa, a atteint : Après 24 heures 0,0066 p. 400. — 48 — 0,0093 — — 5 jours , . 0,0445 — — 8 — 0,0486 — RECHERCHES SUR LES SULFORACTERIES. 55 La quantité d'acide sulfurique dans le liquide baignant les filaments vivants était donc devenue plus de 34 fois pins grande qu'à l'origine, tandis que, dans les gouttes témoins, elle était restée inférieure jusqu'à la fin, dans cette expérience, à la limite de sensibilité de la réaction microchimique, c'est-à-dire que la quantité d'acide, formée par oxydation purement chimique du soufre des cellules mortes, n'avait augmenté, au maximum, que de 0.0014 °/a à 0,004 °/ > ou de trois fois sa valeur primitive. Ainsi le rôle physiologique des sulfobactéries est purement oxydant. L'hydrogène sulfuré du milieu ambiant est oxydé dans leur protoplasma, et il s'y dépose du soufre, qui est à son tour transformé en acide sulfurique et excrété. Le protoplasma de l'être vivant intervient activement dans ce phénomène de com- bustion, et le rend particulièrement intense. L'énergie devenue disponible dans cette combustion est, comme je l'ai démontré par des expériences spéciales, la source principale, ou même, comme je le crois, unique de leur vie. Les lecteurs des Annales connaissent déjà quelques-uns de ces résultats; mais j'ai cru devoir insister sur mes méthodes, parce qu'elles me fournissent non seulement le moyen de réfuter les objections de M. Olivier, mais d'attaquer ses conclusions. M. Olivier ne s'occupe pour cette fois que du rôle physiolo- gique du soufre déjà déposé en réserve dans les cellules des « org-anismes à soufre de la barégine et de la glairine », ce qui est la même chose que ce que j'appelle beaucoup plus briè- vement les sulfobactéries. Son mode opératoire ne diffère pas de celui que j'avais critiqué dans mon travail et rejeté comme trop peu sûr. Il introduit dans des ballons de la barégine ou de la glairine fraîche, lavée à l'eau distillée, et l'y abandonne immergée dans ce même liquide, pendant un temps assez long'. La matière sur laquelle il opérait ainsi était-elle pure, formée d'une espèce unique ou d'espèces à fonctions physiolo- giques semblables? J'ai analysé maintes fois au microscope, près des sources mêmes, les végétations blanches des eaux sulfu- reuses : je les ai toujours trouvées formées d'espèces des genres Beggiatoa et TJiiotltri.r, qui y sont dans un état plus pur qu'ail- leurs; mais leurs masses visqueuses sont pénétrées d'impuretés de toute sorte, dont il est impossible de les débarrasser mécani- 56 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. quement. On y (rouve des bactéries diverses, des oscillaires vertes, beaucoup d'infusoires, de vers, des Beggiatoa mortes, des débris végétaux, des cristaux de soufre, des grumeaux limoneux riches en sulfure de fer, etc., etc. Les produits formés par la fermentation de cette masse hétérogène sont considérés par M. Olivier comme dus exclusi- vement à l'action physiologique des organismes à soufre. Il observe la formation d'acide carbonique, d'hydrogène sulfuré, de sulfocyanhydrate d'ammoniaque. La découverte de ce dernier corps dans les produits de désassimilation lui semble un fait absolument nouveau, qui assigne au soufre intra-cellulaire une fonction dont on ne connaissait jusqu'alors aucun exemple en physiologie, celle de remplacer l'oxygène dans la transforma- tion des albuminoïdes en amides, et, d'une façon générale, dans la combustion de la matière vivante. Cette théorie me semble très peu fondée, et l'interprétation des phénomènes observés par M. Olivier très différente de celle qu'il propose. Nous savons déjà que les organismes très déli- cats sur lesquels il opère périssent facilement quand on les met dans de mauvaises conditions d'existence. M. Olivier leur impose le manque d'air et le contact de l'eau distillée. Il ne dit pas s'il a contrôlé les cultures au microscope, et si les orga- nismes dont il voulait étudier les fonctions physiologiques avaient un air normal, si les Beggiatoa étaient bien mobiles, etc. Je ne crois pas me tromper en admettant le contraire. La putréfaction ne tarde pas à s'emparer de cette masse de sul- fobactéries mortes et de débris divers. Rien d'étonnant à ce qu'il se forme alors de l'acide carbonique et de l'hydrogène sulfuré : c'est toujours le cas avec des matières organiques contenant du soufre. Quant à la formation du sulfocyanhydrate d'ammo- niaque, il m'est difficile de lui attribuer la signification ou l'im- portance que lui donne M. Olivier. A propos de la signification, je dois faire remarquer que la présence de l'acide sulfocyanhydrique dans les produits de désassimilation cellulaire est un fait depuis longtemps connu en physiologie. M. Raulin 1 l'a trouvé dans les cultures d'Aspergilltts niger, M. Munk \ dans, l'urine de l'homme à la dose de Osr.,08 i. Annales des se. naturelles, 1870. 2. Arch. f. palh. Anal, t. LXIX, pj 35*. RECHERCHES SIR LES SULFOBACtÉHIES. 57 par litre. Une analyse de M. Gschleiden ' n'en a donné que 0& r ,0225 par litre. Depuis, on l'a retrouvé dans l'urine de beau- coup d'animaux. Or on admet assez généralement aujourd'hui que les phénomènes de désassimilation cellulaire donnent nais- sance partout aux mêmes produits. Néanmoins, il serait intéres- sant de chercher cet acide 3 dans les produits de putréfaction d'une matière contenant du soufre. Relalivement'à l'importance, je remarque que rien, dans le travail de M. Olivier, ne témoigne que ce corps se forme autrement qu'en proportions très faibles, toujours faciles à déceler, à cause de la sensibilité des réactifs de l'acide sulfo- cyanhydrique, mais que rien n'autorise à mettre en rapport d'équivalence avec la quantité de soufre disparue des cellules qui l'ont produit. M. Olivier consacre enfin une longue série d'expérieuces à démontrer que la formation de l'hydrogène sulfuré dans les bal- lons où il enferme de la barégïne avec de l'eau distillée et désaérée ne s'explique pas par une oxydation du soufre intra-celiulaire, suivie de la réduction du sulfate ainsi formé, mais par une trans- formation directe de ce métalloïde en hydrogène sulfuré. Là- dessus, M.Olivier a raison. Rien d'autre ne pouvait se produire dans des flacons d'où on a éliminé l'air qu'on a remplacé par de l'hydrog-ène. Nous savons déjà que l'hydrogène sulfuré peut pro- venir tout aussi bien de l'bydrogénation du soufre que de la réduction des sulfates 3 . S'il n'y avait pas trace de sulfates dans le liquide, c'est à la première cause qu'il fallait attribuer la for- mation d'hydrogène sulfuré. Mais cette conclusion très exacte n'a rien à faire avec mes idées et mes conclusions sur le rôle physiologique du soufre dans les sulfobactéries, car il ne s'agit 1. Arch. f. gesamm. Phijsiol., t. XIV, p. 401, et t. XV, p. 350. ± M. Olivier combine l'acide sulfocyanhydrique à l'ammoniaque pour avoir dans les produits des organismes à soufre « un dérivé sulfosubstitué d'un isomère de l'urée ». L'ammoniaque ne manque certainement pas dans les produits de putréfaction dans le liquide, mais M. Olivier n'a dosé, dans l'extrait alcoolique, ni l'acide sulfocyanhydrique, ni l'ammoniaque, ni les autres bases. Il ne peut par conséquent savoir si l'acide est libre oa combiné à d'autres alcalis. 3. On trouvera des exemples bien étudiés de ces deux cas possibles dans les ouvrages suivants : Miqubl, Fermentation sulfhydrique. Bail, de la Soc. chimique, t. XXXII, 1879. Hoppe-Seïler, Fermentation de la cellulose. Ziitschr. f. phys. Ghemié, t. X, p. 1437. 58 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. pas ici de vie physiologique, mais d'un phénomène de fermen- tation ou de putréfaction des sulfobactéries. J'insisterai un peu plus sur les expériences de culture sous le microscope faites par M. Olivier. Ce savant a examiné jour par jour des filaments de Beggiatoa, et les a vus perdre leur soufre avec la même rapidité, qu'ils fussent exposés ou non aux vapeurs de chloroforme, ou bien immergés dans de l'eau phéni- quée à 4 °/ ou dans de la glycérine. La même chose a lieu quand les chambres humides de culture, en présence du chloroforme, sont continuellement traversées par un courant d'hydrogène. De cette absence d'action des antiseptiques et des anesthé- siques", il faudrait évidemment conclure que la vie cellulaire n'est pour rien dans la consommation du soufre, qui dispa- raît sans être oxydé. Mais je n'ai jamais rien observé de pareil avec des filaments sains de Beggiatoa, et j'ai toujours trouvé que l'acide sulfurique augmentait à mesure que les cellules per- daient leurs granulations. Le chloroforme entrave, il est vrai, la marche du phénomène, mais n'oublions pas que les grains de soufre peuvent disparaître, comme nous l'avons vu plus haut, des cellules mortes, quoique bien plus lentement que des cellules vivantes. Les causes de ce phénomène sont diverses. 1° Si les filaments sont conservés à l'abri de l'air, on voit le soufre disparaître, converti en H 2 S par l'action des organismes de putréfaction, qui apparaissent dans le liquide. 2° On voit quelquefois les granulations disparaître, sans qu'il y ait possibilité d'oxydation ou multiplication notable d'or- ganismes étrangers. Cette disparition est, en général, très lente, et il n'y a pas un grand intérêt à chercher la cause d'un phéno- mène qui n'est plus physiologique. On peut pourtant se rappe- ler que le soufre, surtout finement divisé comme il l'est dans les granulations, est facilement soluble dans beaucoup de réac- tifs. Dans les cellules vivantes, il est protégé par le protoplasma, dont la difficile perméabilité a souvent été constatée; mais dans les cellules mortes et à demi désorganisées, les grains de soufre sont plus facilement attaquables, par exemple, par les sulfures alcalins et terreux, qui ne manquent pas dans les liquides conte- nant de l'hydrogène sulfuré, ou bien par d'autres dissolvants 1 . 4. Le soufre est, comme on sait, soluble dans le chloroforme et dans l'éther. RECHERCHES SUR LES SULFOBACTÉRIES. 59 3° J'ai observé encore un phénomène tout différent, qui fait reparaître par une voie purement physique le soufre des cel- lules mortes. Les granulations sombres des sulfobactéries ne sont pas, je Fai démontré, du soufre cristallin, ni même solide, mais des gouttelettes d'une consistance huileuse ou molle. Dans les cellules vivantes, la cristallisation n'a jamais lieu, mais si on tue des cellules très riches en soufre, elle commence quel- fois immédiatement. Les gouttelettes se réduisent en masses plus grandes, se transforment en cristaux qui quittent les cel- lules d'une manière ou de l'autre. De longs morceaux de fila- ments se dégarnissent presque simultanément de leur soufre qu'on retrouve sous forme de cristaux adhérents aux filaments ou dispersés dans le liquide ambiant. Quand M. Olivier a vu, dans ses préparations montées à la glycérine, les « granulations des filaments diminuer de volume et de nombre en même temps que de petits cristaux octaédriques apparaissaient dans le liquide ambiant », c'est sans doute de ce phénomène qu'il s'agissait. Il est difficile de préciser, dans chaque cas, les vraies causes des faits observés par M. Olivier, mais il est clair que ce savant ne tenait pas un compte suffisant, dans son procédé ou dans son argumentation, de la multiplicité ou de la complexité des phé- nomènes, ainsi que de la nature particulière des organismes en question. C'est que leur culture n'est vraiment pas une tâche facile, et exige beaucoup d'expérience. Au début de mes études sur ce sujet, j'ai perdu bien du temps en tâtonnements infructueux, et j'ai, à un moment, considéré comme un grand progrès de main- tenir pendant plus de vingt-quatre heures mes Beggiatoa vi- vants et en bon état dans une culture sur porte-objet. M. de Bary me disait alors qu'il n'avait jamais pu dépasser quelques heures. C'est seulement quand j'ai étudié les manifestations vi- M. Olivier ne mêlait certainement pas ces deux liquides aux gouttes chargées de fila- ments sur lesquels il voulait étudier leur action, mais il ne pouvait empêcher les vapeurs de ces réactifs de se condenser dans ces gouttes. Le soufre est également soluble dans le phénol et dans la glycérine. 11 l'est, il est vrai, très peu, mais c'est le soufre cristallin qu'on a en vue en parlant, dans les traités de chimie, de la so- lubilité de ce métalloïde. Les granulations des sulfobactéries sont, en général, beaucoup plus facilement solubles. On n'a, pour s'en convaincre, qu'à comparer l'action^lente de l'alcool sur le soufre cristallin, et la rapidité avec laquelle il fait disparaître les granulations intracellulaires. 60 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. taies de ces organismes, et trouvé leurs conditions particulières de culture, que j'ai abouti. M. Olivier n'a pas recherché ces con- ditions, ou, du moins, il ue dit rien de ses efforts. Il s'est en- core moins servi des instructions minutieuses données dans mon travail. En traitant les sulfobactéries par l'eau distillée, le phénol, la glycérine, etc., il les croyait capables de supporter ce traitement au moins aussi bien que le supportent d'autres bac- tériens. Mais il se trompait. Leur force de résistance, vis-à-vis des antiseptiques, n'est pas supérieure à celle de quelques algues vertes délicates, d'une spirogijra, par exemple. Gomme M. Olivier n'a pas réussi à cultiver ces organismes microscopiques, il n'a pu étudier leur évolution, ni séparer, par suite, les phénomènes normaux des phénomènes morbides, ni distinguer même un individu vivant d'un individu mort, car quand la mort n'amène pas de changements morphologiques, c'est le développement seul qui, au microscope, est un signe de la vie. Je crois donc pouvoir dire que ses conclusions ne touchent en rien à la physiologie de ces êtres, et n'ébranlent nullement les miennes. Zurich, 8 janvier 1889. CONTRIBUTIONS A L'ÉTUDE DU PLÉOMORPHISME DES BACTÉRIENS, Par M. EL. METCHNIKOFF. De toutes les questions concernant la morphologie des microbes, celle du pléomorphisme des bactériens occupe incon- testablement un des premiers rangs. On sait que dès le début des études approfondies sur la morphologie de ces organismes, les savants se sont divisés en deux groupes. Les uns, avec M. Colin en tête, admettaient pour les bactéries un cycle de déve- loppement fort restreint, et envisageaient les représentants de ce groupe comme des organismes constants de forme ; pour les savants de cette école, les genres (Micrococcus, Bacterium, Bacillus, etc.) acceptés par M. Cohn représentaient des groupes naturels et bien délimités, de sorte qu'un Bacillus ne pouvait jamais se transformer en Micrococcus ou en Spiriilum. et récipro- quement. Les autres savants, avec M. Nœgeli pour chef, admet- taient au conlraiie un polymorphisme des bactériens presque illimité : les microcoques, bacilles et spirilles pouvaient, d'après eux, se transformer les uns dans les autres, et n'étaient autre chose que les -stades d'évolution d'un organisme pléomorphe au plus haut degré. Pendant que la plupart des pathologistes se déclaraient favorables à l'opinion de M. Cohn, plusieurs botanistes distingués se prononcèrent pour la théorie du pléomorphisme. Parmi ces derniers je dois d'abord mentionner le professeur Cienkowsky, qui aborda la question d'une manière générale. Après avoir cons- taté que certaines algues vertes (Stigeoclonium et autres) manifestaient une transformation de leur état filiforme en un amas irrégulier de cellules, réunies par une substance glutineuse et considérées comme appartenant au groupe des Palmellacées, Cienkpiosky se demanda, si parmi les algues incolores, ou bac- tériens, ii ne trouverait pas des transformations analogues. Des recherches entreprises pour répondre à cette question, 62 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Cienkowsky* conclut que les bactéries filiformes, comme les Lep- tothrix ou Cladothrix, pouvaient donner naissance à des Zoogloea, composées de cellules rondes, ovales ou bacilliformes, réunies en amas par une substance glutineuse. Plus tard, ces résultats furent confirmés et beaucoup élargis par M. Zopf'\ qui est devenu parmi les botanistes le principal champion de la théorie du pléomorphisme des bactéries. Il l'appliqua entre autres aux spirilles, qu'il considérait comme des conidies déta- chées des filaments de Cladothrix. Les pathologistes, versés dans l'étude des bactéries, s'éle- vaient vivement contre les théories pléomorphistes des algo- logues 3 , et ce n'est qu'après des recherches longtemps suivies qu'ils acceptèrent ces théories dans un sens plus ou moins limité. Ce fut d'abord M. Huppe qui chercha à concilier les con- tradictions dans son Traité sur les formes des bactéries 4 . Le pléomorphisme fut ainsi accepté par un nombre consi- dérable de savants, et tout récemment encore M. Koch s fit des concessions en sa faveur. Mais il a subi dernièrement une attaque sensible de la part de M. Wuiogradsky 6 , qui dans un travail remarquable sur les bactéries sulfureuses démontra l'inexacti- tude des résultats obtenus par M. Zopf, et chercha à prouver « que jusqu'à présent il n'a été trouvé aucun cas de pléomorphisme chez les bactéries » (p. 114). Considérant que, dans l'état actuel de nos connaissances, il serait utile de recueillir le plus grand nombre de faits capables d'éclaircirla question du pléomorphisme des bactéries en général, je me propose d'exposer ici mes observations sur un parasite des Daphnies, que j'introduis dans la science sous le nom de Spirobacilhis Cienkoioskii, en mémoire de feu le professeur Cienleowsky, l'un des champions de la théorie du pléomorphisme. Dès l'automne de 1885 je remarquais dans les étangs d'O- 1. Mémoires de l'Acad. des Sciences de Saint-Pétersbourg, 1877. Cet intéressant article est peu connu parmi les bactériologistes, comme on peut en juger d'après le fait que M. Locf/hr ne le cite point dans son Aperçu historique de bactériologie. 2. Zur Morphologie der Spallpflanzen, 1882, et Die Spaltpilze, 1885. 3. Voy. surtout Flûgge dans Deutsche medicinische Wochenschrift, 1885. A. Die Formen der Bactérien, -1886. 5, Die Bekâmpfung der Infeclionskrankheiten, 1888. 6. Beitruge zur Morphologie und Physiologie der Bactérien, Heft I ; Zur Morpho- ogic und Physiologie der Schwefelbaclerien, 1888. ÉTUDE DU PLÉOMORPHISME DES BACTÉRIENS. 63 dessa. peuplés par des millions de Daphnia magna, une certaine quantité de ces cladocères qui se distinguaient par leur couleur rouge écarlate. L'observation microscopique de ces exemplaires anomaux m'a démontré aussitôt que la coloration rouge était due au parasitisme d'une bactérie, qui se présentait sous des aspects différents suivant les stades de la maladie de son hôte. Cette coloration intense ne se manifestait pas du reste d'un seul coup, mais apparaissait graduellement. Au début, on ne pouvait apercevoir qu'une accentuation très légère de la coloration jaune clair naturelle à la Daphnia magna. Peu à peu cette coloration devenait jaune grisâtre, pour passer au rose faible et prendre ensuite une teinte rouge écarlate de plus en plus prononcée. Toutes ces transformations pouvaient être facilement suivies sur une seule et même Daphnie, qui sous d'autres rapports paraissait bien portante, nageait et prenait sa nourriture comme d'habi- tude. Parvenu au stade rouge foncé, l'animal continuait encore pendant un ou deux jours cette vie quasi normale; mais au bout de ce terme, les signes de faiblesse se manifestant subitement, la Daphnie mourait couchée sur le côté. La durée de la maladie, dès le premier changement de coloration jusqu'à la fin. était de quatre à cinq jours. Après la mort, la coloration écarlate persis- tait encore quelque temps, puis elle commençait à perdre son intensité et se changeait en gris rougeâtre plus ou moins pâle. Tous les changements de coloration, survenus pendant la maladie, correspondaient régulièrement aux différents états de développement du parasite. Au début, chez les Daphnies con- servant leur aspect normal presque intact, la cavité du corps contenait des microbes peu nombreux, en forme de cellules ovoïdes plus ou moins allongées (longs de 3 à S n) et ressem- blant plutôt à quelques espèces de levures (fig. 1). Cette impres- sion augmentait encore par l'aspect des cellules, réunies par deux, de façon que l'une d'elles paraissait beaucoup plus grande que l'autre. L'observation poursuivie démontrait cependant qu'il ne s'agissait ici nullement d'un bourgeonnement, mais bien d'une division en deux segments inégaux, cas assez fréquent chez les bactéries. A côté de ce mode de scissiparité on pouvait facilement reconnaître la division régulière en deux cellules égales, ce qui constituait la règle aussi pour notre parasite. Si on ne connaissait de ce dernier que cet état de cellules ovales 64 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. se multipliant par division transversale, et si on voulait classer notre organisme, il faudrait absolument le ranger parmi les représentants de l'ancien genre Bactérium de M. Colin. Parvenu dans la cavité générale de la Daphnie, le parasite se multiplie d'une manière très intense, ce que prouvent l'aug - - mentation rapide du nombre des bactéries ainsi que la diminu- tion progressive de leur taille, accompagnée par un changement graduel de forme. Les cellules ovoïdes, après plusieurs divi- sions répétées, deviennent plus minces qu'au début, rappelant de plus en plus la forme caractéristique des bacilles à bouts arrondis. Ces changements s'opèrent du reste si graduellement qu'il est absolument impossible d'établir une limite quelconque entre la forme du Bactérium et celle du bacille (fig-. 2-5). Pour la plupart, ces bactéries conservent leur aspect de bacilles droits ; mais dès les premiers stades de la maladie on aperçoit déjà un petit nombre d'individus quelque peu recourbés en arc (fîg-. 2, 3, a). A mesure que les parasites se multiplient dans le sang de la Daphnie, la quantité de ces bacilles courbes augmente sensiblement et en même temps la courbure de ces derniers devient de plus en plus prononcée (fig. 6). Peu à peu tous les bacilles se recourbent ainsi, et nous obtenons un nouveau stade de notre bactérie, qui se compose d'individus isolés ou réunis en petits groupes de deux, trois individus et plus (fig. 7). Ce grou- pement, résultant d'une division transversale, conduit à la for- mation de véritables spirilles qui se présentent d'abord assez épais et comparativement courts (longs de 5 à 8 p.). Mais, comme la prolifération continue avec une activité très grande, les spi- rilles deviennent de plus en plus longs et minces. Ces transfor- mations peuvent être suivies dans tous leurs détails, d'autant plus qu'il ne manque pas de formes intermédiaires, chez les- quelles un ou deux articles terminaux conservent leurs carac- tères primitifs, tandis que les autres présentent déjà les modi- fications mentionnées (fig. 8). Après cet état intermédiaire, tous les parasites, contenus dans la même Daphnie, se transforment en spirilles très minces, en boucles, et ressemblent le plus au S. volulam REhrenberg '. En les observant à l'état vivant, ils se présentent sous forme de corps cylindriques souvent très mobiles, dont la partie 1. Die lnfusionslhierchen, 1838. ÉTUDE DU PLÊOMORPHISME DES BACTERIENS. 68 centrale apparaît plus transparente que la périphérie, et ce n'est qu'après une étude à de forts grossissements des préparations colo- rées par les couleurs d'aniline qu'on peut se faire une idée juste de la composition de la spirale (fig\ 9). Les spires des spirillums bien développés sont toujours très resserrées l'une contre l'autre, ce qui rend la forme générale semblable à un cylindre vide. Mais au bout d'un certiin temps la distance entre les articles qui composent le spirillum augmente, la spirale se redresse plus ou moins, et nous obtenons des filaments allongés, rappelant les formes spirilliennes de beaucoup de bactéries (fig. 10). Cet état est du reste de courte durée, car les filaments se divisent en fragments plus ou moins courts; il s'opère peu à peu une disso- ciation complète des spirales en leurs éléments, formés d'articles recourbés qui rappellent les bacilles courbes, mentionnés plus haut, avec celte différence pourtant, que ces derniers étaient beaucoup plus grands de taille. On peut en juger en comparant les figures 7 et 12 qui représentent les deux formes recourbées de notre bactérie sous le même grossissement (2,020 fois). Quel- quefois cette dissolution des spirilles fait encore un pas de plus, parce que les articles isolés provenant des spirales présentent non la forme de bacilles recourbés, mais de corps ovales infiniment petits, rappelant presque des coccus un peu allongés (fig. 11). Dans la période finale de la maladie, nous retrouvons toute la cavité du corps des Daphnies infectées presque entière- ment remplie par de petites bactéries très recourbées, très mobiles pendant leur vie. Cet état n'est pas le dernier observé chez le cruslacé mentionné, car il est encore suivi par une forme de filaments extrêmement minces, plus épais au milieu et effilés aux extrémités (fig. 13). Ce stade, qui résulte d'un allongement considérable de la petite bactérie recourbée, ne se trouve du reste qu'après la mort de la Daphnie. Comme il m'était possible de suivre le développement suc- cessif de la bactérie parallèlement à la marche progressive de la maladie, j'ai surtout tâché de retrouver chez la première un état de sporulation, qui la rendrait capable de résister après la mise en liberté des parasites, lors de la décomposition des Daphnies mortes. En observant les bacilles droits des premiers stades sui- des préparations colorées, j'ai rencontré assez souvent des exem- plaires munis d'un certain nombre d'espaces incolores intercalés 5 66 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. entre les segments fortement colorés ; mais on ne pouvait douter qu'il ne s'agissait ici nullement de spores, mais simplement de granulations incolores qui se retrouvent fréquemment chez les différentes bactéries. Je suis beaucoup plus tenté de considérer comme des spores des petits corpuscules brillants et régulièrement sphériques qui se forment à l'une des extrémités des filaments minces, remplissant la cavité du corps des Daphnies mortes (fig. 14). Quoique je doute fort peu de la nature sporifère de ces petites sphères, il m'a été néanmoins impossible de la prouver d'une manière incontestable en constatant leur germination. Je dois noter que, malgré des efforts multipliés, je ne suis parvenu ni à faire pousser le spirobacille dans un milieu nutritif quel- conque, ni a observer son passage naturel dans le corps de la Daphnie avec la nourriture ou par un autre procédé. En essayant de cultiver le stade de spirillum dans la gélatine légèrement acidulée, j'ai pu observer un allongement sensible des boucles, mais qui n'a été suivi d'aucun développement plus ou moins actif. J'ai conservé aussi, bien souvent, des Daphnies bien trans- parentes dans de l'eau qui contenait des milliers de spores, mais ici encore, il m'a été impossible de suivre la marche de l'infec- tion. Le premier stade que je pouvais découvrir était déjà com- posé par des bactériums ovales et gros, comme ceux que j'ai décrits plus haut. Il reste donc une lacune sensible dans l'histoire du développement de notre bactérie, ainsi que dans celle de la maladie provoquée par elle. Comme je l'ai déjà mentionné, les transformations du SpirobaciHus Cienhowskii marchent parallèlement a l'évolution de la maladie, caractérisée par la coloration plus ou moins pro- noncée des Daphnies. Dans les Daphnies colorées en jaune ou en jaune grisâtre, je ne trouvais que les états bacillaires; l'appari- tion d'une teinte rougeàtre correspondait à la transformation en spirilles ; les Daphnies franchement rougfes contenaient déjà pour la plupart des spirillums en voie de décomposition ou bien des bactéries recourbées et minces. Ce n'est que rarement que la mort de l'hôte survenait au stade du spirillum intact ; ordi- nairement elle arrivait plus tard, lors de la décomposition des spirales en articles isolés. On ne peut douter que la coloration des Daphnies atteintes ne soit provoquée par un pigment rouge produit par la bactérie ÉTUDE DU PLÉOMORPHÎSME DES BACTERIENS. 67 môme et colorant le milieu dans lequel elle pullule. Tant que le nombre des parasites (daus les premiers stades de la maladie) est peu considérable, la quantité de pigment est insuffisante pour donner une coloration prononcée de l'animal entier; mais dès que la multiplication des bactéries atteint son degré maximum, la Daphnie se colore en rouge plus ou moins foncé. Le parallélisme entre la succession des formes du parasite et la marche progressive de la maladie, ainsi que l'existence abondante de tous les états transitoires entre les différentes formes sous lesquelles apparaît notre Spirobacillus, suffisent déjà pour enlever le moindre doute sur la réalité du pléomor- phisme décrit dans cet article. Mais il existe encore un moyen de vérifier l'exactitude des faits annoncés. Ne me contentant pas d'observations répétées sur une même Daphnie malade à travers ses parois transparentes, je faisais à plusieurs reprises de petites saignées à une même Daphnie, et j'arrivais à obtenir ainsi des préparations colorées qui donnaient de beaucoup meilleurs ré- sultats que des observations superficielles sur le vivant. J'ai pu constater ainsi que les bacilles pour la plupart droits, représentés sur la figure 3, étaient transformés au bout de dix-neuf heures en bactéries recourbées et en partie même en spirilles épais, de la figure 7. Les piqûres légères faites pour se procurer une goutte de sang n'occasionnent pas la mort de l'animal, mais guérissent facilement, comme je l'ai indiqué dans mon mémoire sur une maladie des Daphnies, provoquée par une espèce de levures '. Dans le Spirobacillus Cietikowskii nous voyons donc la suc- cession régulière des états suivants : 1° bactériums ovales; 2° bacilles droits; 3° grands bacilles courbes; 4° spirillums; 3° petits bacilles courbes; (("filaments minces; 7° spores. On voit bien qu'il s'agit ici d'un véritable pléomorphisme, dont la signi- fication ne peut être contestée. Si on était tenté, en présence de ce fait que dans l'évolution du Spirobacillus Cienkôïvskii il ne se rencontre pas de stade de cocqus véritable, de se rallier ù la con- clusion de M. Winogradsky , qu'on ne connaît point de bactéries allongées se transformant en coccus capables de division, on pourrait facilement prouver l'inexactitude d'une pareille suppo- sition. Il existe toute une série de bactéries, qu'on peut désigner avec M. Biedert sous le nom de Coccobacillus, dans le dévelop- 1. Archives de Virchow, V, 96, p. 192. 68 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. pemenl desquelles un stade de filament ou de bacille à pointes arrondies est suivi par un état de coccus véritables, se divisant en deux à la façon ordinaire. Le microbe du choléra des poules, le Coccobacillus prodigiosus l (le Micrococcus prodigiosus des au- teurs), la bactérie de la maladie des furets, décrite dernièrement par MM. Eberthe\ Schimmelbusch 2 , et bien d'autres espèces en- core nous présentent des exemples parfaitement établis depléo- morphisme avec un stade de coccus. EXPLICATION DES FIGURES (PL I). Toutes les figures ont été faites à la chambre claire de Nachet et avec un grossissement de 2,020 fois (Oc. Setobj. 1/18 deZms), Fig. 1. Spirobacillus CienJeowskii. Stade de bactérium à cel- lules ovales, pris chez une Daphnie de couleur grisâtre. Fig. 2. État un peu plus avancé. Fig. 3. État de bacille, pris chez une Daphnie de couleur gris pâle. Fig. 4. Bacilles pris chez une Daphnie couleur grisâtre. Fig. 5. Bacilles plus minces et plus recourbés (a), pris chez la même Daphnie, 12 heures après les bacilles de la ligure 4. Fig. 6. Bacilles recourbés, pris chez une autre Daphnie. Fig. 7. Stade de transformation de bacille en spirille, pris chez la Daphnie de la figure 3,19 heures plus tard. Fig. 8. Suite de la transformation en spirilles, d'un autre exemplaire de Daphnie. Fig. 9. État de spirillum complet. Fig. 10. Redressement des spirilles et leur désagrégation. Fig. 11. Désagrégation de spirilles en articles ovoïdes très petits. Fig. 12. Bacilles recourbés provenant d'une Daphnie rouge. Fig. 13. État de filaments après la mort de la Daphnie. Fig\ 14. État de sporulation. •1. V. Wasserzug, dans ces Annales, 1888, p. 75 et -153. 2. Archives de Vircfiow, 1889, N° 2, p. 284, PI. IX. V. aussi ces Annales, t. II, p. 337. tnna/eàde l'IiuUUut Paàteur T IJI Pl.l Fu, I 1% ' &■ F, 'J i > l ^ ^ v i j m Su // // y y il «,.*. ,^^ a ^ W^ ! ^ A /"/O. 7! ' ^W /i<7 6 Loo &m$ Puj.-IZ. /^ 'if *?. /i ( '/ / Melchnikoft. del NOTES DE LABORATOIRE SUR LA PRÉSENCE DU VIRUS RABIQUE DANS LES NERFS. Par E. ROUX, Dans le premier numéro de ces Annales pour l'année 1888, nous avons fait connaître le résultat de nos recherches sur l'exis- tence du virus rabique dans les nerfs de personnes qui avaient succombé à la rage 1 . Nos investigations avaient porté sur des individus devenus enragés à la suite de morsures faites à l'un des membres. Si le virus rabique se propage le long des nerfs pour atteindre les centres nerveux, il n'avait pu suivre dans ces cas qu'un trajet bien défini, et on devaitle rencontrer dans les troncs nerveux du membre mordu. Mais il ne suffit pas de montrer que le virus rabique existe dans les nerfs du membre blessé, pour conclure qu'il a cheminé le long de ceux-ci à partir de la morsure jusqu'à l'axe cérébro-spinal. On peut, en effet, supposer que, transporté au cerveau ou à la moelle par les voies sanguine ou lymphatique, il s'est étendu aux nerfs en allant du centre vers a périphérie. Pour répondre autant que possible à cette objection, nous avons inoculé par comparaison les nerfs du membre mordu et ceux du membre sain. Dans les cas rapportés dans notre mémoire de 1888, le virus rabique existait à la fois dans les nerfs du membre mordu et dans ceux du membre sain, mais il paraissait plus abondant dans les premiers, puisqu'ils ont donné, plus rapidement que les seconds, la rage aux animaux inoculés. Depuis, nous avons eu l'occasion de faire de nouveaux exa- mens de nerfs de personnes rabiques dans des circonstances favorables à la solution de cette question, à savoir : quelle voie suit le virus rabique pour aller de la morsure aux centres nerveux? \. Voir dans le même numéro de ces Annales le mémoire de M. P» Bardach e l(> mémoire de M. Vestea. 70 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR, Cas n° 1. — D.-G., âgé de ans, est mordu dans les premiers jours d'octobre 1887, par un chat inconnu qu'il a rencontré dans la rue. La blessure siégeait au pouce gauche près de l'ongle, elle était très légère mais avait donné quelques gouttes de sang. Les parents et l'enfant lui ont donné si peu d'attention qu'ils ne peuvent dire à quelle date précise elle a été faite. Trois semaines environ après la morsure l'en- fant devient triste et ne veut plus jouer. Peu à peu son état paraît s'améliorer, et le dimanche 6 février 1888 il est assez gai. Le 7 février, au retour de l'école, il est somnolent et ne veut ni boire ni manger, pendant la nuit il est très agité. Le 8 février, il éprouve de la difficulté à boire et il se plaint de douleurs qui, partant de la main, s'irradient dans le bras, l'épaule et le côté gauche. Le 9 février, l'enfant est con- duit à l'Institut Pasteur: il présente de l'aérophobie et de l'hydropho- bie; ses pupilles sont dilatées et son regard a une expression singulière. 11 a de la faiblesse des jambes, ressent de fréquentes envies d'uriner et d'aller à la selle. L'hyperesthésie de la main gauche est très mar- quée. Il est conduit à l'hôpital des Enfants-Malades, où il meurt dans la nuit du 13 au 14 février, après 6 jours de maladie déclarée. L'autopsie est pratiquée le 15 février au matin : on enlève la portion du nerf radial qui se distribue au pouce gauche, sur toute la longueur du doigt, ainsi que les troncs nerveux du bras, au niveau de l'aisselle gauche, sur une étendue de 4 centimètres; on enlève de même le paquet nerveux de l'aisselle droite. On broie à part le nerf radial et ensemble tous les nerfs de l'aisselle du côté mordu avec un peu d'eau stérilisée ; on fait de même avec les nerfs de l'aisselle du côté sain. Ces trois émtilsions sont inoculées à forte dose, par trépanation, à trois lapins. Le bulbe est inoculé de la même façon à un autre lapin. Voici les résultats de ces inocula- tions : Le lapin inoculé avec le bulbe a pris la rage le 1S« jour. Celui inoculé avec les nerfs de l'aisselle du bras mordu était enragé le 35 e jour. Celui qui avait reçu les nerfs de l'aisselle du bras sain était pris de rage le 3G e jour. Enfin, le lapin qui avait reçu, sous la dure-mère, l'émulsion faite avec le nerf radial était bien portant dix mois après l'injec- tion. 11 semble donc que dans le cas de l'enfant D... G..., l'enva- hissement des nerfs par le virus se soit fait du centre à la péri- VIRUS RABIQUE DANS LES NERFS. 71 phérie, puisque les nerfs du côté sain se sont montrés aussi viru- lents que ceux du côté mordu, et que le nerf spécial au pouce blessé ne paraissait pas contenir le virus rabique au moment de la mort. Le malaise éprouvé par l'enfant trois semaines après la morsure correspond probablement au début de la culture dans les centres nerveux. A ce moment on aurait peut-être pu mettre en évidence le virus rabique dans les nerfs du bras mordu, s'il avait été possible de les examiner. Jl faut aussi remarquer que la durée de la maladie déclarée a été exceptionnellement longue chez D... (7 jours), et que pendant tout ce temps la culture du virus a pu s'étendre des centres nerveux aux nerfs périphériques, ce qui explique qu'il se trouvait au moment de la mort dans les nerfs des deux bras au niveau de l'aisselle. Cas n° 2. — Le 9 mars 1888, G. G., garçon boucher, âgé de 22 ans, fut mordu dans la rue par un chien inconnu que l'on abattit à quelque distance de là, parce qu'il mordait d'autres chiens. La morsure faite à G... siégeait à l'éminencehypothénar de la main droite, elle était légère et fut lavée aussitôt chez un pharmacien avec de l'alcool camphré. Peu de jours après elle était cicatrisée. Vers le 5 juin, G..., qui n'avait pris aucune autre précaution, se sentit courbaturé : il était, disait-il, mal en train. Le 10 juin, il se plaignit de douleurs dans l'épaule droite; le 1 1 , malgré un peu d'oppression, il fait son service dans la matinée. A une heure et demie, le même jour, il se met à table et mange, mais il ne peut boire; il quitte alors la table sans répondre aux questions qu'on lui fait. A huit heures du soir, il demande du thé dont il boit une partie; il se plaint de vives douleurs dans le bras droit, il est anxieux et son front est baigné de^sueurs. Le 12 juin, G... est beaucoup plus malade, il suffoque et est très excité. Un médecin qui le voit alors pour la première fois, reconnaît la rage et l'envoie à l'Institut Pasteur. Il arrive dans un état d'exaltation extrême, il craint que ceux qui l'ont amené l'abandonnent et il ne veut pas rester seul. Les spasmes sont fréquents, l'hydrophobie et l'aérophobie très marquées, les forces sont conservées et le bras n'est plus douloureux. G.., est conduit à l'Hôtel- Dieu; il meurt le 13 juin à 6 heures du matin. L'autopsie est faite le 14. Les troncs nerveux du bras mordu, pris au niveau de l'aisselle, servent à inoculer deux lapins par trépanation. Deux lapins sont inoculés de même avec le paquet nerveux de l'aisselle du côté sain. Aucun de ces animaux n'a 7-2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. pris la rage. Ceux inoculés avec le bulbe étaient enragés au bout de 15 jours \ Cas n° 3. — Le nommé C, ouvrier sellier (âgé de 30 ans environ), succombe à la rage du 13 au 1 i juillet 1888, à l'Hôtel-Dieu. La famille ne peut dire si G... a été mordu, elle sait seulement que six semaines environ avant sa mort, G... mit sa main droite dans la gueule d'une petite chienne qu'il avait; cette bête était malade, elle avait la mâ- choire pendante, et ne pouvait avaler 2 . Croyant qu'elle avait un corps étranger dans la gorge, G. voulut l'en débarrasser. On ne sait s'il avait des blessures à la main ; cependant un habitant de la maison prétend avoir vu G... avec une plaie à la main droite dans le temps où sa chienne était malade. Dans la dernière moitié du mois de juin, le caractère de G... s'était modifié, il était devenu extrêmement affec- tueux dans sa famille, et se montrait au contraire très irritable à l'atelier. Ceux qui vivaient avec lui avaient aussi remarqué l'expres- sion hagarde de ses yeux. Le 8 juillet, à 3 heures de l'après-midi, il est heurté, au côté droit, par le brancard d'une voiture à bras. Il rentre chez lui très pâle, il se plaint de vives douleurs dans le côté frappé, et refuse de manger. Le 9 et le 10 juillet, il travaille à l'atelier. Le 11 au malin, il boit difficilement, mais se rend cependant au tra- vail; à 5 heures du soir, il quitte l'atelier à cause des vives douleurs qu'il ressent dans le bras droit, il a aussi un peu de gêne respiratoire. Le 12, l'aérophobie apparaît, et Thydrophobie est très marquée, l'excitation est extrême; il délire, au point qu'un médecin du quartier, appelé à lui donner des soins, déclare que G... est dans un accès de manie aiguë, et le fait conduire au dépôt de la Préfecture de police, où il arrive le vendredi 13, à 5 heures du soir. Le médecin de service reconnaît aussitôt la rage, et fait transporter le malade à l'Hôtel-Dieu, où il meurt dans la nuit. A l'autopsie faite le lo juillet, on enlève le nerf cubital et le d. A l'autopsie de G., on remarque qu'un des ganglions lymphatiques, de l'ais- selle du côté mordu, était volumineux et rouge. Ce ganglion fut enlevé avec précau- tion, broyé dans un peu d'eau stérilisée. Le liquide trouble ainsi préparé fut injecté sous la peau d'un cobaye. Ce cobaye mourut le 1" juillet avec les symptômes de la rage et sans lésions des organes. Avec son bulbe, on inocula, par trépanation, un second cobaye qui présenta des symptômes rabiques le -19 juillet. Dans plu- sieurs autopsies de personnes enragées, nous avons trouvé les ganglions lympha- tiques, de la racine du membre mordu, rouges et tuméfiés, mais, inoculés, ces ganglions n'ont jamais donné la rage. L'exemple que nous venons de citer es.t le seul ou nous ayons trouvé le virus rabique dans les glandes lymphatiques. 2. Un chien mordu par la chienne de C... est mort de rage, VIRUS RABIQUE DANS LES NERFS. 73 nerf médian à la partie moyenne de l'avant-bras du côté mordu. On enlève les mêmes nerfs du côté sain, et on inocule avec chacun de ces troncs nerveux un lapin par trépanation. Le lapin inoculé avec le nerf cubital du côté mordu a été pris de rage après 50 jours. Celui inoculé avec le nerf médian du côté mordu était enragé le 19 e jour. Les lapins qui ont été inoculés avec les nerfs du côté sain sont restés bien portants pendant plus de dix mois. Un lapin inoculé par trépanation avec le bulbe était enragé après 14 jours d'incubation. Dans ce cas. le virus rabique existait donc dans les nerfs du côté mordu et ne se trouvait pas dans les nerfs du côté sain. Le changement survenu dans le caractère de C..., trois semaines avant l'apparition des symptômes rabiques, indique que c'est sans doute à celte époque qu'a commencé la culture du virus dans les centres nerveux; il y était parvenu en suivant les nerfs, et cependant les douleurs n'ont été ressentiesdans le membre mordu que le 11 juillet, au moment où la rage était déjà confirmée. Le cheminement du virus peut donc se faire le long d'un nerf, pendant un temps plus ou moins long, sans donner lieu à aucun symptôme. Les manifestations rabiques aiguës sont survenues chez C... à la suite d'un coup violent qu'il a reçu. Il n'y a pro- bablement pas autre chose qu'une coïncidence entre le choc subi le 8 juillet et l'apparition de la rage le 10 au soir. Dans les obser- vations de rage ' on signale fréquemment des cas où l'accès rabique apparaît chez les personnes mordues à la suite d'un accident de ce genre. Ces cas sont trop nombreux pour que l'on n'établisse pas une relation entre l'explosion brusque delà maladie et le trauma- tisme ou l'émotion dont vient de souffrir l'individu en puissance de rage. Cas n° i. — M., soldat, âgé de 23 ans, est mordu à la main droite, par un chien enragé, le 15 février 1888. Ce chien était poursuivi dans la rue, parce qu'il mordait tous les animaux de son espèce qu'il ren- contrait. M... traversa le ventre du chien avec son sabre-baïonnette, et cloua l'animal au sol, mais celui-ci en relevant la tête put atteindre sa main droite, et lui fit de nombreuses blessures contuses. Elles furent I- Gamaleïa, dans ces Annales, t. I, p. (i •>■ 74 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. touchées avec de l'ammoniaque presque aussitôt, etcautérisées au ther- mocautère, à l'Hôpital militaire, 1/4 d'heure après avoir été faites. Lorsque M... vint suivre le traitement à l'Institut Pasteur, on compta : 1° au pouce, une forte morsure contuse intéressant la dernière pha- lange du pouce; 2° cinq morsures à la hase du pouce; 3° une morsure sur l'éminence thénar; 4° une morsure ayant traversé l'ongle de l'index et pénétré dans la pulpe du doigt; 5° une plaie à la deuxième pha- lange du médius; 6° une morsure à la deuxième phalange de l'annu- laire, et enfin des coups de dents qui ont pénétré sous les ongles du médius et de l'annulaire. M... suivit le traitement à l'Institut Pasteur, et retourna à son corps le 5 mars. Peu de temps après, des picotements se firent sentir dans la main mordue, qui était comme engourdie. Puis vinrent une sensa- tion de lourdeur et un affaiblissement de la force musculaire. Ces symptômes restèrent localisés jusqu'au 29 mars. Ce jour, M... éprouva des douleurs très vives dans la main droite, douleurs qui, partant du petit doigt, remontaient dans le membre en suivant le trajet du nerf cubital, et présentant leur maximum au niveau du tiers moyen du bras. D'autre part, il avait de la céphalalgie, une légère agitation, et il ne put pas prendre son repas du soir. Pendant la nuit du 29 au 30 mars, l'agitation augmenta, et le 30 au matin, lorsque M... voulut boire, il ne put le faire à cause des spasmes du pharynx et de la dypsnée causée par le contact de l'eau avec les lèvres. Il se rendit alors à l'hôpital du Val-de-Grâce, où il succomba le 1 er avril, à 6 heures du matin, après avoir présenté, avec une grande intensité, tous les sym- ptômes de la rage convulsive ' . L'autopsie fut pratiquée 21 heures après la mort. Outre la congestion de l'encéphale et l'œdème des méninges, on remarqua que les nerfs du bras droit étaient plus rouges que ceux du bras gauche. On enleva le nerf cubital et le nerf radial au milieu de l'avant-bras mordu, et le paquet nerveux de l'aisselle du même côté. De même, le nerf cubital, le nerf radial et les troncs ner- veux de l'aisselle furent pris du côté sain. L'inoculation par tré- panation de ces nerfs à des lapins donna les résultats suivants • Le lapin inoculé avec le cubital du côté mordu prit la rage après 20 jours d'incubation. Celui inoculé avec le paquet nerveux de l'aisselle du côté mordu devint enragé trois mois et demi après l'inoculation. i. Ces renseignements sont extraits de l'observation qui m'a été obligeamment communiquée par M. Laveran, professeur au Val-de-Grâce. VIRUS RABIQUE DANS LES NERFS. 75 Celui inoculé avec le nerf radial du côté mordu resta bien portant, ainsi que ceux qui avaient reçu rémulsion des nerfs radial et cubital et celle faite avec les troncs nerveux pris au niveau de l'aisselle du côté sain. Le lapin inoculé avec le bulbe devint enragé après onze jours d'incubation. Les douleurs éprouvées par M... au début de sa maladie par- taient du petit doigt de la main droite pour suivre le trajet du nerf cubital, et c'est en effet clans le nerf cubital que l'on trouve le virus rabique qui n'existe pas dans le nerf radial. Il parait donc certain que dans ce cas c'est par les blessures faites à l'an- nulaire que le virus rabique a pénétré, et qu'il s'est propagé le long- du cubital pour atteindre les centres nerveux. L'observation clinique et l'expérimentation sont ici tout à fait d'accord. L'inoculation des nerfs et du bulbe de M... ont donné lieu à d'autres observations intéressantes. On sait que chez le lapin la rage est le plus souvent paralytique, et que c'est par la paralysie du train postérieur que débute en général la maladie. Celte paralysie des pattes de derrière devient de plus en plus complète, puis elle s'étend aux pattes de devant, et pendant plusieurs jours l'animal reste inerte, les muscles respiratoires sont les seuls qui fonctionnent encore. Il est rare d'observer chez le lapin une rage furieuse ou convulsive analogue à celle qui est très fréquente chez l'homme et chez le cbien. Dans le nombre si considérable de lapins rabiques que nous avons eu l'occasion d'observer au laboratoire de M. Pasteur, nous n'avons vu de lapins enragés furieux que dans les premiers passages de la rage du chien au lapin. Mais la matière nerveuse de ces lapins, inoculée à d'autres, leur donnait la rage paralytique, et l'on revenait ainsi aux symptômes réguliers de la maladie. Dans les passages d'ordre élevé, la rage convulsive ne se rencontre plus. Dans le n° 5(1888) de ces Annules, M. Helman a publié un mémoire sur la rage furieuse du lapin, rage qu'il a pu entretenir depuis 1885, pat- passage de lapin à lapin, en lui conservant son caractère '. 1. M. Hùgyes a observé 167 fois la rage furieuse sur 476 lapins inoculés. V. le mémoire de M. Hôgyes, Le virus rabique des chiens des rues, dans ses passages de lopin à lapin. Ann. de l'Institut Pasteur, mars 1888. 76 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Après 60 passages les lapins mouraient encore de rage furieuse. Les lapins inoculés avec le nerf cubital et le bulbe de M... ont été atteints de rage furieuse, l'un après 20 jours, l'autre après 11 jours d'incubation. Cette forme de rage s'est maintenue dans les passages qui ont été faits de lapin à lapin par M. Yiala, aide-préparateur au laboratoire. Dans 24 passages succes- sifs, la durée de l'incubation a varié de 11 jours à 8 jours. Les premiers symptômes se manifestaient par de l'inquiétude chez les lapins, qui se tenaient cachés, la tête dans un coin de leur cage ou sous leur litière. De temps en temps ils grattaient le plan- cher avec fureur et s'élançaient contre les barreaux, ils se jetaient sur une baguette qu'on leur tendait et la mordaient violemment. Ils avaient des accès de convulsions violentes que l'on pou- vait provoquer en les excitant, et ils mouraient beaucoup plus rapidement que dans la forme paralytique. La maladie ne durait quelquefois que 24 heures. On avait toujours eu soin d'inoculer deux animaux à chaque passage et de prendre le virus pour le passage suivant sur celui qui était le plus fu- rieux. Dès le 7 e passage, on remarquait, en effet, que sur les deux animaux, l'un était moins agité que l'autre, et que des signes de paralysie, se manifestaient dans son train postérieur malgré cette manière de faire l . Dès le 22 e passage, les lapins présentaient une forme de rage mixte commençant par de l'agi- tation et des convulsions et finissant par la paralysie. Les ani- maux du 25 e passage étaient nettement paralysés, et chez eux la durée de la rage confirmée était dé 5 jours. A partir de ce passage on était revenu à la rage paralytique. Les lapins inoculés avec le paquet nerveux de Faisselle du côté mordu prirent rage 3 mois et demi après l'inoculation. Au lieu d'avoir la forme furieuse comme ceux qui avaient reçu le bulbe et le nerf cubital, ils présentèrent d'emblée la rage para- lytique. De sorte que deux nerfs dillérents du même individu donnèrent chacun une des formes de la maladie. C'est une preuve de plus que le virus de la rage paralytique et celui de la rage furieuse ne sont qu'un seul et même virus, et il nous est très difficile de comprendre pourquoi dans quelques cas on obtient une rage furieuse transmissible de lapin à lapin. -1. Précautions rrcommandées par M. RVlman pour maintenir la forme convul- sive dans les passages. VIftUS RABIQUE DANS LES NERFS. 77 Les quatre observations de rage que nous venons de citer montrent que la maladie n'éclate pas brusquement, ainsi qu'on le pense généralement. Lorsqu'on interroge avec soin les per- sonnes qui vivent avec les individus mordus, on apprend presque toujours qu'une période de malaise, parfois fort longue '. a pré- cédé l'apparition des symptômes rabiques caractéristiques. Cette période de rage latente se rencontre aussi chez les animaux ino- culés, ainsi qu'on peut le voir par la lecture des Mémoires de M. Ferré et de M. Ilogyes 2 qui ont été publiés dans ces Annales. Nous-mème, nous avons montré que, dès le quatrième jour après l'inoculation intra-crauienne du virus fixe au lapin, on peut retrouver le virus dans le bulbe et la moelle allongée, bien que l'animal paraisse en parfaite santé et que la culture du virus dans les centres nerveux ne se traduise, à ce moment, que par le changement du rythme respiratoire et les variations clans la tem- pérature signalés par MM. Ferré, Hôgyes et Babès. Cette période latente est fort utile à connaître chez l'homme, parce qu'elle explique pourquoi le traitement antirabique échoue dans cer- tains cas, quand il est entrepris trop tard ou quand l'incubation de la rage est très courte. Cependant, nous pensons que parfois il est efficace, même entrepris pendant cette période prémoni- toire, et nous avons toujours présente à l'esprit l'histoire d'une femme mordue par un chien enragé au côté gauche du nez, qui, après avoir suivi le traitement, ressentit dans ce côté des élan- cements et des fourmillements, en même temps que la sensibi- lité de la peau était très émoussée. Elle éprouvait aussi beau- coup d'agitation, particulièrement la nuit; elle revint- à l'Institut Pasteur faire part de ces symptômes alarmants; elle subit un traitement supplémentaire et depuis deux ans elle est en bonne santé. 1. V. Gamaleïa, l. c. 2. Ces Annales, t. 11, p. 137 et 187. SUR LA CONSERVATION DES MICROBES L'intérêt delà question du mode et de la durée de la conser- vation des microbes est double. Au point de vue général, elle nous renseigne sur les conditions dans lesquelles il faut se mettre pour assurer la destruction des germes nuisibles ou la conser- vation des espèces utiles à nos besoins et à notre industrie. Pour les laboratoires, son intérêt est plus pratique et plus immédiat. Quand il s'agit d'attribuer un nom à une espèce qu'on vient de rencontrer, de la donner comme nouvelle ou de l'identifier avec une espèce connue, il n'y a pas de dessin ou de photographie, si parfaite qu'on la suppose, qui puisse remplacer une compa- raison faite sur l'heure, par des ensemencements simultanés dans les mêmes milieux des espèces dont on suppose la simili- tude, et par l'examen de jour en jour de ces cultures. Je ne dis pas que cette méthode soit sure, qu'on doive nécessairement séparer deux microbes entre lesquels on relève certaines différences, ni identifier deux êtres qui montrent de la ressemblance. Je dis seulement que cette méthode est une des plus sûres, et même à peu près la seule sûre quand on n'a pas la ressource de l'inocu- lation sur des êtres vivants. MM. Soyka et Kràl ont, il est vrai, proposé' un moyen d'ob- tenir des cultures durables, et de constituer à leur aide une sorte de musée bactériologique destiné à fournir des documents dans les laboratoires ou dans les leçons publiques. Ils ont décrit avec détail les moyens de conserver des cultures sur tranches de pommes de terre enfermées dans des récipients cylindriques hermétiquement clos, ou des cultures sur plaque de gélatine un de gélose dans des flacons plats qu'on ferme avec de la paraffine. Il est clair qu'on protège ainsi une culture contre l'évaporation et contre les impuretés, mais on ne la protège pas contre la vieillesse'^ et les modifications de forme, de couleur et d'aspect 1. Zeitsehrift /'. Hygiène, 1888, p., 143. CONSERVATION DES MICROBES. 79 qu'elle amène. Il faut toujours, pour l'étude et la comparaison, revenir à la forme jeune, c'est-à-dire à un ensemencement nou- veau. Les cultures en surface sur la gélatine se prêtent mal à celte nécessité d'avoir des semences toujours prêtes. Elles périssent très vite, peut-être à cause de la libre action de l'air et de la lumière, peut-être pour d'autres causes. Toujours est-il qu'il faut les renouveler fréquemment, et que cette besogne est ennuyeuse. Dans mon Traité de microbiologie et dans un mé- moire Sur lu durée de lu rie des germes de microbes publié en 1885 ', j'avais montré que les meilleures garanties de durée étaient la conservation à l'abri de l'air dans un liquide légère- ment alcalin, et j'avais proposé, pour la réaliser, la pratique sim- ple qui consiste à aspirer dans de petites ampoules à double effilure les liquides nutritifs dans lesquels les microbes avaient terminé leur évolution. Lorsque ces microbes sont des ferments des matières albuminoïdes,les liquides nutritifs deviennent assez rapidement alcalins. L'ampoule aux 3/4 pleine, on la ferme aux deux extrémités. Il n'y a pas besoin delà stériliser, car si elle est assez fine, ses parois ont été portées au rouge au moment où on l'a fabriquée et fermée à ses deux extrémités. Il suffit de casser les deux effilures flambées avec une petite pince flambée pour pouvoir, en soufflant, introduire dans un nouveau matras la gouttelette de liquide de l'ampoule, sans avoir à craindre, si on ne la vide pas complètement, que l'air qu'on y insuffle apporte dans la partie ensemencée des germes étrangers. Les plus vieilles des ampoules que j'ai ainsi préparées en y introduisant des g-ermes purs datent aujourd'bui de dix ans, pen- dant lesquels les ampoules, enfermées dans un tube à essais, sont restées dans des tiroirs rarement ouverts. J'ai pensé à refaire après dix ans, sur elles, l'expérience que j'avais faite après cinq ans dans le mémoire ci-dessus cité, à savoir si elles renfermaient encore des germes vivants. Elles se partageaient en deux séries. Les unes contenaient les germes de quelques-uns des Tyrothrix de mes études sur le lait, c'est-à-dire des êtres que je connaissais bien, et à chacun desquels je pouvais donner son milieu nutritif le plus favorable. Les autres renfermaient des spores de bacilles rencontrés inopi- 1. Annales de chimie et de physique, G' S., t. V. II »-'-- 80 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. némeiit, peu ou pas connus dans leurs propriétés, et recueillis surtout pour devenir plus lard des matériaux d'études qui n'ont pas été faites. Sur la première série, je peux être très bref, car toutes les espèces que j'avais emmagasinées en 1878 sont restées vivantes après 10 ans. Elles sont au nombre de huit : ce sont les Tyrothrix tennis, filiformis, distorlus, geniculalus, tnrgidus, scaber, uro- cephalum et l'Actinobacter polymorphus. Pour les deux premiers, je les avais trouvés vivants après 25 ans de séjour dans un ballon scellé contenant une infusion qu'ils avaient peuplée et dont ils avaient peu à peu fait disparaître tout l'oxygène. Les conditions de conservation étaient donc, à très peu près, celles de mes ampoules : il n'y a donc pas à s'étonner de la vitalité de ces deux bacilles après 10 ans; elle peut probablement durer bien davantage. Les autres n'avaient pas été éprouvés à ce point de vue.. Je les avais trouvés vivants en 1884, après 5 ans. Les voilà arrivés au double de cet âge sans faiblir, car, ensemencés dans un milieu convenable, ils se développent encore en 24 heures. S'ils étaient pathogènes, il y aurait à se demander si leur virulence persiste. Un mémoire prochain de M. Roux répondra à cette préoccupation. L' Actinobâcter polymorphus mérite une mention spéciale. Dans mon mémoire de 1885, j'avais trouvé qu'il était mort après 5 ans dans une culture de lait conservée en ampoules. La semence que j'ai trouvée vivante après 10 ans provenait aussi d'une culture dans le lait. Cette contradiction n'est sans doute qu'apparente, et tient à ce que la réaction terminale d'une culture de ce microbe dans le lait est variable avec la marche variable de la fermentation, qui dépend de la quantité d'air en pré- sence. Le lait peut ou bien rester acide, ou devenir à peu près neutre, ou môme alcalin. Tel était le cas dans l'ampoule où la vie avait persisté après 10 ans. Celle ou la semence était morle après 5 ans renfermait sans doute un liquide acide. J'arrive maintenant à la série d'essais ayant porté sur des bacilles dont je ne connaissais pas bien les propriétés, et aux- quels je n'étais pas sûr, malgré la variété des milieux dans lesquels je les ai ensemencés, d'olïrir celui qui leur était le plus favorable. J'ai montré, dans le mémoire cité plus haut, CONSERVATION DES MICROBES. 81 que les conditions de rajeunissement d'un microbe sont beau- coup plus étroites que celles de sa transplantation lorsqu'on le retire d'un milieu où il est bien portant. Il peut alors s'accom- moder de liquides nutritifs qui ne conviendraient pas au rajeu- nissement des spores. C'est là sans doute ce qui nous explique que sur 8 espèces ensemencées, 2 seulement aient été retrouvées vivantes après 10 ans. Rien ne les distinguant à l'origine de celles que j'ai signalées plus haut et qui sont restées toutes vivantes, il est probable qu'il y avait ici beaucoup de morts apparentes. Je ne voudrais pourtant pas dire qu'elles l'étaient toutes. Il est certain qu'il y a des espèces fragiles, et d'autres qui ne sont pas. Les Tyrothrix que j'ai rencontrés dans les fromages et étudiés, sont très répandus, et ont évidemment pris la solidité d'allures que donne une longue acclimatation dans un même pays et dans un même milieu. Je ne peux pas assurer qu'il en soit de même des autres. Quoi qu'il en soit, on voit que ce mode de conser- vation dans des liquides souslraits à l'action de l'air assure une longue durée de conservation aux microbes des matières albu- minoïdes, et permet d'avoir, pour ainsi dire sans les renouveler, des semences toujours prêtes. Je dois dire, en terminant, qu'il serait imprudent de généra- liser ces conclusions. Les levures, par exemple, s'accommodent fort mal de la conservation en tubes clos, tandis que je viens de retrouver très vivante une levure conservée depuis 1873, c'est- à-dire depuis plus de 15 ans, au contact de la bière qu'elle avait produite, dans un grand ballon de verre communiquant avec l'atmosphère extérieure par un tube effilé en col de cygne. Cette bière, qui titre aujourd'hui 3,4 % d'alcool, contient encore du glucose et de la dextrine, et est restée parfaitement saine. Ceci prouve que les conditions d'une bonne conservation ne sont pas les mêmes pour tous les microbes. Il y a là une étude à faire, qui ne peut pas être improvisée, car le temps est un de ses éléments importants, et quo je continuerai, au fur et à mesure que vieilliront, dans mes réserves, les matériaux néces- saires. 6 REVUES ET ANALYSES SUR LE ROLE DES MICROBES DANS LA VÉGÉTATION. REVUE CRITIQUE. Hellriegel et Wilfarth. Recherches sur la nourriture azotée des graminées et des légumineuses. Annexe au Zeitschrift des Vereins f. d. Rubenzucker Industrie d. D. R., nov. 1888, Rerlin,et Bericht d. 59 e et 60 e Versammlung deutsch. Naturforsch. in Wiesbaden } 1886 et 1887. Ce n'est pas seulement la médecine que les microbes sont en train de transformer. Voici l'agriculture qui commence à les trouver là où elle ne soupçonnait pas leur présence. Après avoir découvert en eux les grands producteurs de l'acide carbonique qui est l'aliment des plantes vertes, elle a dû leur attribuer le rôle principal dans la fabri- cation des fumiers, dans la formation de l'humus, dans la production des nitrates et de l'ammoniaque atmosphérique. Elle avait dû toutefois constater dernièrement, avec regret, que de si bons serviteurs faisaient parfois des sottises, et qu'ils présidaient avec une activité fâcheuse au départ, à l'état d'azote gazeux, d'une partie de l'azote organique des fumiers, et plus généralement de celui de la matière vivante. Or, chez l'agriculteur, l'azoté gazeux passe pour une non-valeur, et sa produc- tion pour une perte sèche. Heureusement pour les microbes, un pro- cès de réhabilitation est commencé, et deux savants allemands, MM. Hellriegel et Wilfarth, s'efforcent de démontrer que le retour de l'azote gazeux à l'état d'azote organique est encore une affaire d'infi- niment petits. Jusqu'où sont-ils arrivés dans cette démonstration? C'est ce que je voudrais essayer de préciser dans cet article. J'aurais pu parler déjà de cette question, qui est des plus intéressantes au double point de vue théorique et pratique. Les premières publications de M. Hellrie- gel sur ce sujet datent en effet de 1886. Mais elles étaient incomplètes et incapables d'emporter les convictions. A côté des preuves les plus évidentes d'habileté opératoire, on y trouvait des marques de l'inexpé- rience des auteurs sur le terrain bactériologique qu'ils étaient conduits à aborder : et des taches qui eussent à peine été remarquées si la thèse REVUES ET ANALYSES. 83 plàidée avait été banale, prenaient tout de suite une grande importance quand on songeait qu'il s'agissait de revêtir des bactéries du rôle nouveau, imprévu et important d'agents d'utilisation de l'azote de l'atmosphère. Mais tout dernièrement MM. Hellriegel et Wilfarth ont publié un mémoire étendu dans lequel ils résument toutes leurs expé- riences, et qui est fait pour ne pas passer inaperçu. Disons tout de suite qu'on n'y trouve pas, au sujet du point capital qui nous occupe, une de ces expériences topiques sur lesquelles il n'y a rien à redire, qui emportent les convictions, et qu'il suffirait de raconter pour mettre en pleine lumière le rôle nouveau des bactéries. Les savants allemands ont procédé autrement, par une accumulation de faits soigneusement observés, par une discussion serrée des causes d'erreur. C'est une autre manière d'imposer la conviction, mais elle exige plus de longueur dans l'exposé, et plus de patience chez le lecteur. J'essaierai d'abréger en ne prenant dans le mémoire analysé que ce qui est relatif aux migra- tions de l'azote, et en indiquant la conclusion des expériences sans en citer les données pratiques et numériques, toutes les fois que les résultats me paraîtront indiscutables et bien assis. MM. Hellriegel et Wilfarth s'étaient proposé dans leur travail de faire pour les grandes plantes de culture ce qu'avait fait pour VAsper- gillus niger M. Raulin, dont ils ne prononcent pas le nom, dont ils semblent même ne pas connaître les travaux, mais dont ils reproduisent le programme. Pour juger de l'effet utile d'une substance sur une cul- ture, disent-ils avec raison, il faut remplir deux conditions. La première est que, sur un sol artificiel, dont on connaît bien la composition élé- mentaire, la plante puisse parcourir jusqu'au bout le cycle de son évolution, et arriver à donner ses fruits. La seconde est que le poids de plante sèche, récoltée dans ces conditions sur une surface donnée, soit assez constant pour que toute modification dans l'accroissement de la plante, survenue à la suite d'un changement quelconque apporté dans les conditions de l'expérience, puisse être rapportée sûrement à l'influence de ce changement. Il y a une des conditions posées par M. Raulin que MM. Hellriegel et Wilfarth n'ont pas insérée dans leur programme, c'est que le poids de plante type, celui qui sert de comparaison pour les divers essais, soit aussi grand que possible, de façon à ce que tout changement apporté dans les conditions du milieu nutritif se traduise par une dimi- nution de récolte d'autant plus appréciable que le poids de récolte type sera plus élevé. Mais cette condition, ils l'ont en revanche à peu près réalisée dans leurs résultats. Ils sont arrivés en effet à obtenir sur un milieu artificiel, et dans des pots de verre ayant environ 176 centimètres carrés de surface, des poids de 25 grammes de récolte sèche, ce qui représente un rendement égal à celui de belles récoltes industrielles. 84 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUK. Ces vases contiennent les uns 4 kilogrammes, les autres 8 kilo- grammes d'un sable quartzeux très pauvre en azote, car on en a trouvé au plus, par la méthode de Kjeldahl, er ,0054 par kilogramme, et celui des dernières expériences en contenait moins de 1 milligramme par kilogramme. Il y a en outre des traces impondérables d'acide phosphorique, et de très faibles quantités de potasse, de soude, de chaux, de magnésie et d'acide sulfurique, dont l'origine est à rechercher dans des fragments de feldspath en décomposition, de mica et d'hornblende. Ce sable est mélangé avec une solution nourricière contenant par litre, er ,136 de phosphate de potasse, Br ,07o de chlorure de potassium, sr ,0G0 de sulfate de magnésie et des quantités variables de nitrate de chaux. Le mélange en grumeaux est introduit dans les vases, où il repose sur un lit de fragments de quartz lavé qui sert de drainage, et on y implante les graines, r après les avoir fait lever entre des doubles de papier à filtre, et avoir choisi celles qui sont à la fois les plus belles et les plus régulières. Pour plus de sûreté, on met sur chaque vase un nombre de plantes double de celui qu'on veut conserver et, au bout de quel- ques jours, on arrache les moins bien venues, en enlevant en même temps ce qui reste des graines. Les vases sont laissés à l'air libre, mais peuvent être roulés sous un abri couvert, au moyen d'un wagonnet, dans les cas de pluie ou de vent. Ils sont soumis à des pesées journalières, et chaque jour on remplace par de l'eau distillée privée d'ammoniaque l'eau perdue par évapora- tion ou transpiration. Pour abréger, nous n'envisagerons que les expériences dans lesquelles le sol artificiel avait été débarrassé des microbes qu'il renferme d'ordinaire. Pour cela les auteurs portent pendant 2 heures à une température de 150° leur sol artificiel et le quartz qui sert de drainage, placent ensuite le tout, aussi rapidement que possible, dans le vase de verre préalablement lavé [avec une solution de sublimé à 1 pour 1,000 et rincé à l'alcool absolu : enfin ils recouvrent le tout avec une couche d'ouate stérilisée. Malgré toutes ces précautions et celle de chauffer d'avance à l'ébullition les solutions nutritives dont on doit imbiber la terre des vases, et l'eau d'arrosage, il est clair que les microbes doivent rapidement reprendre possession du sol. MM. Hell- riegel et Wilfarth le reconnaissent du reste, mais, comme nous allons le voir bientôt, ce qu'il y a d'essentiel n'est pas d'éliminer tous les microbes, mais seulement quelques espèces dont ces méthodes suffisent à prévenir l'invasion. Cela posé, voici les résultats relatifs à l'azote, les seuls dont nous nous occuperons parce que ce sont les seuls qui rentrent dans le cadre de ce journal. Quand, dans ce sol stérilisé, on n'ajoute pas de nitrate, on voit la plante pousser à peu près normalement jusqu'à ce qu'elle REVUES ET ANALYSES. 85 ait épuisé les réserves de sa graine. A ce moment commence pour elle une période de vie pénible, qui dure à peu près aussi longtemps que celle des plantes ayant une nutrition suffisante, et va d'ordinaire jusqu'à la formation du fruit, mais la végétation prend des allures naines; chaque organe nouveau semble se former aux dépens d'un organe an- cien, d'une feuille qui s'épuise et se flétrit, et le poids de la récolte sèche est à peine supérieur au poids des graines mises à germer. L'addition d'un peu de nitrate se traduit alors par une augmen- tation sensible dans la récolte; celle de 2 millionièmes de nitrate est déjà très sensible, et quand on arrive à O' r ,056 de nitrate dans un vase renfermant 4 kilogrammes de terre, c'est-à-dire à 1 de nitrate pour 70,000 de sol, le poids de la récolte augmente proportionnellement au poids de nitrates, si le reste des aliments est en quantité suffisante. On peut donc, comme l'avait fait M. llaulin, exprimer la valeur nutritive de l'azote des nitrates par un nombre, et dire que l'excès de récolte, produit par l'introduction dans le sol artificiel del milligramme d'azote, est de 03 milligrammes environ pour l'orge, de 96 milligrammes pour l'avoine, de 50 milligrammes pour le pois, etc. Ces nombres sont évidemment des nombres approximatifs, et ne peuvent guère être autre chose : la plante n'est pas un composé chimique ayant toujours la même constitution, la dose d'azote qu'elle contient varie, etc. Mais quand on voit ces chiffres se reproduire avec leurs valeurs d'une année à l'autre, malgré l'influence variable des condi- tions météorologiques sur la croissance, le tallage, la maturation des plantes, on ne peut qu'en tirer les inductions les plus favorables au sujet de l'habileté des expérimentateurs, et du soin apporté à leurs expériences. Cette bonne impression n'est pas à dédaigner, car à côté des faits qui précèdent, on en trouve qui déconcertent. Tout ce que nous venons de dire des cultures en sol stérilisé s'applique également aux céréales, orge, avoine, et aux légumineuses, pois, lupin, sainfoin, etc. Mais si on n'a pas stérilisé, au point de vue des microbes, le sol des vases, les résultats sont très différents pour ces familles végétales. Les grami- nées ne changent pas d'allures, et continuent à ne donner que des récoltes nulles ou insignifiantes dans les sols où on n'a pas ajouté de nitrates. Mais dans ces sols les légumineuses ont les allures les plus capricieuses. Dans certains vases, elles prennent patron sur les grami- nées et restent chétives. Dans d'autres, en apparence tout à fait iden- tiques aux premiers, elles prennent un développement exorbitant. D'autres fois, c'est dans le même vase que quelques pieds restent chétifs et que d'autres grandissent et grossissent comme s'ils avaient leur ration de nitrates. Les pieds qui ont des sorts si différents se ressemblent pourtant 86 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. beaucoup à l'origine, et jusqu'au moment où ils ont épuisé les réserves de la graine. A ce moment ils souffrent tous et sont dans un état d'ina- nition, de faim d'azote; chaque nouvelle feuille est plus petite que les précédentes, et à mesure qu'elle se forme, les anciennes se vident et se dessèchent. La tige est grêle, la coloration générale jaunâtre et mala- dive. Puis, subitement, ou du moins en quelques jours, tout change. La couleur repasse au vert, les folioles de la dernière feuille grandis- sent et grossissentplus que leurs aînées, le développement reprend vigou- reusement, et les hauts des tiges ont souvent un diamètre supérieur à celui de la base, si bien qu'il est non seulement impossible de trouver pour ces plantes, qui semblent vivre de l'air du temps, aucune corres- pondance entre le poids de plante et le poids d'aliment azoté fourni par le sol, mais encore qu'on trouve à l'analyse, dans ces pieds à l'aspect tout à fait normal, des quantités d'azote organique qui dépassent de plu- sieurs centaines de milligrammes celles qui existaient à l'origine dans le sol et les graines. MM. Hellriegel et Wilfarth n'ont pas de peine à montrer que ces résultats, constants chez eux, et qui ont été retrouvés ailleurs, ne peu- vent s'expliquer par aucune des hypothèses admises actuellement sur l'origine de l'azote des plantes. On sait, il est vrai, que les légumineuses ont à ce point de vue des propriétés spéciales. On peut tirer d'une terre de belles récoltes de trèfle, de sainfoin, de luzerne, sans lui fournir d'en- grais. Ces récoltes emportent deux fois plus d'azote qu'une récolte de blé faite sur la même surface, et cependant, au lieu d'appauvrir le sol, elles l'enrichissent en composés azotés; si bien que, rompues et remplacées par du blé, les légumineuses permettent une belle récolte de céréales sur un sol qui n'a en apparence reçu aucune fumure. A quelle source empruntent-elles l'azote qu'elles emportent et celui qu'elles laissent dans le sol? La première idée est de la chercher dans l'air. Mais, dans une série d'expériences restées classiques, M. Boussin- gault avait vu des légumineuses cultivées dans un sol stérilisé, et dans une atmosphère limitée, ou dans un courant d'air absolument dépouillé de ses produits azotés, ne contenir à l'état de plante vivante qu'une quantité d'azote toujours inférieure à celle de la graine, et ces résultats, confirmés par Lawes, Gilbert et Pugh, avaient pris pied dans la science, malgré les contestations de M. G. Ville '. Ne trouvant rien de ce côté, on avait attribué aux légumineuses la faculté de tirer un meilleur profit que les autres plantes des traces d'azote combiné qui existent dans l'air, et cela à raison du développement de 1. Il y aurait une étude curieuse à faire, ce serait de reviser avec nos connais- sances actuelles et surtout avec les faits nouveaux apportés par MM. Hellriegel et Wilfarth le procès si longtemps pendant et si vivement plaidé entre MM. Boussin- gault et G. Ville, Mais ce serait sortir du cadre de ce journal. REVUES ET ANALYSES. 87 leurs organes foliacés et de la durée de leur végétation. Mais il y a si peu. dans l'air, de ces combinaisons azotées, et les excédents d'azote, qui ont dépassé parfois 1 gramme par pot, dans les expériences de MM. Hellriegel et Wilfarth, sont tellement considérables, qu'on ne peut songer à invoquer cette origine. Dans une autre hypothèse, les légumineuses vont simplement pui- ser dans le sous-sol, à l'aide de leur système radiculaire profond et développé, les matériaux azotés qu'elles ramènent à la surface; mais, font remarquer avec raison MM. Hellriegel et Wilfarth, dans nos expériences, il n'y a pas de sous-sol ; il faut donc renoncer à cette expli- cation. Reste enfin une explication beaucoup plus complexe, et, il semble, plus difficile à ébranler. La voici. La quantité d'azote existant dans le sol résulte d'un équilibre entre les causes qui l'y introduisent et celles qui l'en font disparaître. Dans les premières, on peut citer l'absorption exercée clans l'air, la chute des poussières atmosphériques, la formation de nitrites par l'évaporation de l'eau, les décharges élec- triques lentes au voisinage du sol, ou encore la transformation de l'azote de l'air en matière albuminoïde sous l'influence des microbes du sol, comme l'a soutenu dans ces derniers temps M. Rerthelot. Au nombre des causes qui font disparaître l'azote du sol, il faut citer les pertes de nitrates par les eaux de drainage, et les procès divers de décom- position de la matière azotée qui tous ont pour résultat, comme l'a montré M. Reiset en 1856, de donner un peu d'azote gazeux qui va se perdre dans l'air. Eh bien! dans cet ensemble compliqué, le rôle qu'on attribue aux légumineuses, et qui a servi à expliquer leurs propriétés fertilisantes, est de diminuer d'une manière générale les causes de perte, par un mécanisme sur lequel on ne dit rien, et qui semble par là devoir échapper à la discussion. Mais MM. Hellriegel et Wilfarth font pour- tant observer que le résultat auquel il conduit est dans tous les cas extérieur à la plante; que, dans cette hypothèse complexe, l'enri- chissement d'azote se fait dans le sol, et qu'on ne s'explique pas du tout alors pourquoi toutes les plantes d'un même pot n'ont pas le même sort, et pourquoi les unes prospèrent pendant que les autres dépérissent. J'abrège, car le mémoire, si intéressant qu'il soit, est long par endroits, et les répétitions y sont fréquentes. Mais nous voici quand même arrivés aux conclusions suivantes. L'une est que la seule source à laquelle les plantes des cultures de MM. Hellriegel et Wilfarth ont pu emprunter leurs notables excédents d'azote est l'azote libre de l'atmosphère; la seconde est que la cause qui préside à cette absor- ption de l'azote libre ne résiste pas à la stérilisation du sol, puisque 88 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. en sol stérile, le poids d'azote du pied de légumineuse étant toujours, comme dans les céréales, inférieur au poids d'azote de la graine, rien n'indique que la plante puise ailleurs son azote. Enfin, la troisième conclusion, la plus curieuse, est que, quelle qu'elle soit, cette cause est en dehors de celles que crée l'emploi des mêmes procédés opéra- toires, puisque dans des vases traités en apparence de la même façon, le sort des graines est si différent. Il fallait donc chercher ailleurs, et c'est ainsi que MM. Hellriegel et Wilfarth ont été conduits à se deman- der s'il n'y avait pas là une intervention de microbes. Pour le savoir, ils ont eu l'idée originale de mélanger à leur sol stérilisé 25 cc , ou même moins, du liquide trouble qu'on obtient en met- tant en suspension de la bonne terre arable dans cinq fois son poids d'eau distillée, et en décantant après 10 heures. La quantité d'azote qu'apportent dans le sol ces 25 cc ne dépasse pas 1 milligramme et est tout à fait négligeable, mais l'effet produit n'en est pas moins marqué. Les exceptions et les irrégularités de croissance disparaissent. Tous les pieds de légumineuses, après avoir passé par la période de faim d'azote que nous avons décrite, reprennent avec ensemble, deviennent très beaux et donnent des excédents notables d'azote. A quoi est due cette mystérieuse influence qui semble donner, à une plante destinée à rester chétive, la faculté de puiser l'azote dans l'air? L'azote apporté par l'eau de lavage de la terre est bors de cause. On peut d'ailleurs n'ajouter que très peu de cette eau sans rien chan- ger au résultat. Puis cette eau ne donne rien avec les céréales, qui n'en continuent pas moins à périr quand on les laisse sans nitrates. De plus, la délayure de terre perd toutes ses propriétés quand elle a été chauf- fée une ou deux heures à l'ébullition. Il semble même qu'elle puisse les perdre à 70°. Enfin, les dépures des terres de provenances diverses n'agissent pas de même sur toutes les papilionacées. Celle de deux terres à betteraves a vigoureusement poussé la végétation des pois, tandis qu'elle est restée inerte sur le sainfoin et le lupin. Si nous rap- prochons de tous ces faits le souvenir des irrégularités que présentent quelquefois dans leur développement deux pieds de légumineuses cultivés côte à côte dans le même pot, nous verrons que tout concorde admirablement avec l'idée d'une action de microbes, présents quand on les ensemence, mais non pas nécessairement absents quand on ne les ensemence pas. Voici d'autres faits qui parlent dans le même sens que les précé- dents, et qui vont nous conduire à faire un pas en avant. Dans un sol stérilisé et dépourvu d'azote, les racines des légumineuses restent grêles, chétives, mais elles sont saines. La plante n'assimile pas d'a- zote. Dans un sol ensemencé avec de la délayure de terre, et dépourvu d'azote, où la plante prend un développement à peu près normal, les REVUES ET ANALYSES. 89 racines sont couvertes de nodosités de taille variable qu'on retrouve, toutes les fois que la plante peut prendre de l'azote à l'air. Par exemple, dans un sol stérilisé, mais pourvu de nitrates, la plante croît sans présenter de nodosités sur ses racines, mais la récolte contient moins d'azote que n'en renfermaient la graine et le sol au début de l'expérience; il n'y a pas eu d'absorption de l'azote de l'air. Au contraire, dans un sol non stérilisé et pourvu de nitrates, la plante prospère, présente à la récolte un notable excédent d'azote, et ses racines présentent des nodosités. Nous voici donc conduits à établir une corrélation entre ces trois faits, intervention des microbes, présence des nodosités, et absorption de l'azote atmosphérique. Nous pouvons tout de suite réduire ces faits à deux, en montrant que les nodosités sont produites par des microbes. D'abord ces nodosités, Brunchorst l'a montré en 1885, renferment une foule de bâtonnets dont on a beaucoup discuté la nature, où les uns ont voulu voir des microbes, les autres des matériaux de réserve de nature albuminoïde et de forme bacléroïde. 11 est certain que l'aspect de ces bâtonnets, leur degré de réfringence, la forme arrondie de leurs extrémités, les éloignent un peu des bacilles que nous connaissons le mieux; de plus, ils sont immobiles ou agités seulement du mouvement brownien. Mais, après les avoir bien examinés, je ne puis que me rallier à l'opinion de ceux qui en font des microbes vivants et capables de se reproduire. Le meilleur argument pour le prouver serait évidemment d'en faire des cultures pures, mais nous ne savons encore personne qui y ait réussi. M. Bréal 1 , qui a fait dans ce sens quelques expériences du reste intéressantes, n'opérait pas avec les précautions suffisantes pour pouvoir affirmer que les microbes des nodosités se développaient seuls. On lui doit pourtant l'expérience originale suivante. Ayant piqué une racine de lupin avec une fine aiguille trempée dans le liquide blan- châtre qui remplit les nodosités d'une racine de luzerne et, ayant enraciné ce plant en sol stérile, à côté d'un autre plant de lupin non piqué et du même degré de développement, il a vu la plante piquée pousser beaucoup plus que sa voisine, et quand on l'a arrachée, ses racines étaient très garnies de nodosités, tandis que l'autre n'en portait pas. MM. Hellriegel et Wilfarth avaient fait, sous une autre forme, une expérience du même ordre. Dans un lot de pois en germination, on choisit une plantule qui, au lieu d'avoir donné une racine pivotante, a développé deux racines latérales; on met cette plantule à cheval sur deux vases placés côte à cùfe et renfermant tous deux une solution 1 . Annales agronomiques, t. XIV, p. 481, 1888. 90 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. nourricière privée d'azote. Dans l'un on introduit en outre quelques centimètres cubes de délayure de terre, dans l'autre la même quantité de délayure stérilisée par la chaleur. Dans le premier, et dans le premier seul, on voit se développer des nodosités. Examinées avec la rigueur qu'on est en droit de porter dans l'exa- men de problèmes aussi délicats, ces deux dernières expériences ne prou- vent pas que les nodosités soient l'œuvre des bactéries qu'on y a dé- crites, mais elles prouvent qu'il y a, soit dans la nodosité piquée dans l'expérience de M. Bréal, soit dans la délayure déterre, une cause ani- mée amenant à la fois la production des nodosités et l'absorption de l'azote atmosphérique. Nous voyons maintenant pourquoi M. Boussin- gault avait échoué dans la célèbre expérience dans laquelle il avait vu une légumineuse plantée en vase clos, se refuser à prendre de l'azote dans l'air. C'est qu'il avait stérilisé son sol. La preuve, c'est que si on recommence l'expérience, comme l'ont fait MM. Hellriegel et Wilfarth, avec la seule précaution nouvelle de mélanger à ce terrain stérile de cul- ture un peu de débrvure de terre, on trouve de tout autres résultats. L'expérience est trop longue et trop touffue pour que je la rapporte dans tous les détails. Elle revient, en somme, à faire pousser une plante dans une grande bonbonne de verre hermétiquement close pendant la durée de l'expé- rience, sauf pendant les intervalles de temps, très courts, nécessaires pour faire passer dans la bonbonne les rations d'acide carbonique nécessaires à la légumineuse en voie de croissance. On réduit ainsi au minimum toutes les sources d'azote, connues ou inconnues, autres que l'air du vase, et quand la plante en absorbe beaucoup, il faut bien admettre qu'elle l'a puisé dans l'air. Il n'eut sans doute pas été difficile à MM. Hellriegel et Wilfarth d'établir sur ces données une expérience topique comme celle dont nous regrettions l'absence, au début de cet exposé. Celle qu'ils ont faite est devenue compliquée parce que le dispositif expérimental était trop simple. L'évaluation du gain d'azote exige une discussion serrée des causes d'erreur dans lesquelles on peut toujours craindre qu'il ne s'en soit glissé une inconnue jusqu'ici. Mais comme ce gain d'azote s'élève, suivant les cas, à 100, 200 milligrammes et même plus, comme les photographies jointes au mémoire témoignent que la plante prend un développement très grand, on ne peut que se rendre à l'évidence, tout en regrettant qu'un dosage de l'azote total de l'air de la bonbonne au commencement et à la fin, ne soit pas venu fournir une contre-épreuve, peut-être nécessaire pour l'établisement d'une proposition si neuve et si hardie. REVUES ET ANALYSES. 91 Résumons maintenant avec MM. Hellriegel et Wilfarth les conclu- sions de ce long et intéressant mémoire : « 1° Les légumineuses sont foncièrement différentes des graminées quant à leur nutrition azotée. , page 15, fig. 4. 170 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. communication avec la capacité annulaire du reste de l'étuve. Nous avons fait deux porLes s'ouvrant en sens inverse (fig.2,DD). Cette disposition permet de ne pas avoir de régulateur spécial pour les portes. Le volume d'eau de l'étuve se trouve augmenté par celui compris dans les portes, et l'ensemble de cette eau agit sur le régulateur à membrane de caoutchouc. Enfin, dernier avantage, cette disposition permet de conserver à l'étuve une forme cylindrique, au lieu de lui donner une forme tétragonale. Les parois, le fond et la toiture de notre étuve sont partout en doubles parois. Dans le point le plus élevé de la toiture, une ouverture (fig. 2, k) sert à l'introduction de l'eau, et porte le tube de verre manométrique (c). Sur le côté de l'étuve (o) se trouve placée la garniture avec disque de caoutchouc (fig. 3, K) qui se gonfle en avant lorsque la température s'élève, et se retire en sens contraire lorsque la température s'abaisse et que la pression de l'eau diminue. Pour actionner notre régulateur des flammes à l'aide des mouvements du disque en caoutchouc, nous avons construit un mécanisme intermédiaire (fig. 3). Il se compose d'un axe verti- cal Q, soutenu par des supports A et B, et portant deux leviers P et P". D'autre part, une baguette L, dont le bout est muni d'un disque, vient s'appuyer sur la membrane en caoutchouc, tandis que de l'autre elle porte une virole d'appui et une vis de réglage. Cette baguette est pressée contre la membrane par un ressort à boudin s. La boite conique M qui renferme le disque et le ressort est munie d'un tube N qui sert de guide à la tige L. Cette der- nière actionne par l'intermédiaire du levier supérieur P l'axe Q, et ce dernier, à l'aide du levier inférieur P", vient conduire le mécanisme déjà décrit sous le nom de régulateur des flam- mes. Pour rendre les mouvements bien sensibles, deux ressorts à boudin sont emmanchés sur l'axe Q. L'un d'eux, w, situé en haut, qui a le plus de force, agit dans le même sens que le ressort s\ c'est-à-dire pousse la tige et son disque terminal contre la membrane de caoutchouc, lorsque la pression de l'eau tombe, et que cette membrane peut se retirer en arrière. L'autre, v, plus faible, agit dans le sens opposé à w; il fait tourner l'axe dans ÉTUVE CHAUFFÉE AU PÉTROLE. 171 le même sens que la pression de l'eau, lorsque cette dernière tend à faire gonfler la membrane en caoutchouc et à pousser la tige L. Grâce à ces irois. ressorts, le mécanisme intermédiaire se trouve toujours dans un état de tension, il butte toujours exac- tement contre la membrane, et le moindre changement dans la pression de l'eau se reproduit de suite dans le mécanisme inter- médiaire. Fig. 3. Des deux leviers P et P". le dernier, situé en bas, est dix fois plus long que l'autre, ce qui lui permet de conduire aisément les galets et assure pour eux la course voulue. Dans notre étuve, un changement de 1/4 de degré dans la température provoque un déplacement de 1 millimètre pour la baguette L, et par suite pour la goupille g un déplacement de 10 millimètres. Ce levier est relié au régulateur des flammes (voir fig-. 1) par le levier R, dont l'extrémité porte une fente A servant à recevoir la goupille g (fig. 3). Le mouvement de 10 millimètres de la goupille entraîne 172 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. un déplacement de même grandeur pour les petits rouleaux extincteurs des flammes, et par suite un changement pareil dans la longueur desdites flammes, d'où une modification sensible dans la quantité de chaleur dégagée. Tel est le mécanisme de réglage calorifique de notre appareil. Reste à en expliquer le fonctionnement, qui mérite quelques remarques. L'étuve qui est à notre disposition fonctionne normalement depuis plus de cinq mois, et elle est réglée à 38* centigrades. La température oscille entre 37°, S minimum, 38°,5 maximum. Ainsi l'écart est égal à 0°,5, et l'amplitude des oscillations est de 1° centigrade. Avant de fixer notre étuve à cette température de 38° centigrades, nous avions réalisé divers essais pour bien déterminer sa facilité de régulation, en la rég-lant à des tempé- ratures différentes, et en chauffant ou refroidissant la chambre dans laquelle elle était disposée. Il serait trop long' de résumer ces essais. Je me contente d'indiquer le plus concluant. Le 30 octobre, j'ai déterminé dans la chambre une variation de température de 8°, 5 (10°,5àl9°). La variation de température de l'étuve a été de i°,9 seulement. Si l'on considère que dans des conditions normales, aucun laboratoire n'est appelé à subir des variations de température aussi marquées, il restera admis que, dans les conditions ordi- naires, notre étuve ne subira pas des oscillations de température surpassant i° au maximum. Pour compléter cet exposé, il nous reste à indiquer encore les moyens de mettre l'appareil en action, de le régler pour la température choisie, et de le conserver en bon état de fonction- nement. Soit à régler l'étuve pour la température de 38° centigrades. On la remplit à la façon ordinaire, d'eau bouillie et refroidie à environ 45° C. Pour éliminer Peau restée au-dessus des portes, on enlève les deux petites vis (v v, fig. 2) que l'on ne fixe que lorsqu'en agitant les portes on n'entend plus aucun bruit de gargouille. On complète alors le remplissage de l'étuve, on la munit de son tube manométrique, lui-même à moitié rempli d'eau, et on s'assure que tout l'air est chassé. Au besoin, on accélère l'évacuation en pressant doucement sur la baguette L, ETUVE CHAUFFEE AU PETROLE. 173 puis on établit le mécanisme intermédiaire. On met d'abord en place le support inférieur B (fig. 3), puis on place l'axe vertical Q de manière que le bout du levier supérieur P soit fixé à la même hauteur que la baguette L. On assure ensuite le support A. On tend les ressorts w et v en les tournant deux ou trois fois autour de l'axe et en accrochant leurs extrémités aux goupilles m et n. Pendant la durée de ces opérations la température de l'eau introduite dans l'étuve s'est abaissée à 38° ou môme à 37°. On allume alors la lampe, et à l'aide de la main on agit sur le régu- lateur pour mettre les flammes à leur maximum; à ce moment le mécanisme intermédiaire n'est pas encore relié an mécanisme de réglage des flammes. La chaleur dégagée réchauffera l'étuve, et lorsque la température a atteint 39°, soit 1° de plus que la température voulue (nous appelons température primaire cette température supérieure d'un degré à celle du réglage), on enlève à l'aide d'une longue pipette toute l'eau qui dépasse le niveau moyen qui est tracé dans le milieu du tube C. On déplace ensuite tout doucement le régulateur jusqu'à ce que les flammes arrivent à leur combustion maximum, et à ce moment on accroche le levier inférieur P à l'aide de sa goupille terminale dans la brandie conductrice du levier conduisant les rouleaux (fente A, voyez fig. \ et 3): la température s'abaisse, la pression de l'eau diminue, et le régulateur se met à fonctionner. Une température supérieure à la température primaire ne peut se produire, puisqu'à cette dernière le régulateur est dans la position des plus petites flammes. D'autre part une température plus basse que 37°, c'est-à-dire de 2° inférieure à la température primaire, ne peut davantage se manifester, parce que pour cet écart de 2° le régulateur est ramené dans la position du maximum des flammes, et que ces dernières sont assez fortes pour échauffer l'étuve à 45-48°, même si l'air de la chambre n'est qu'à 10 ou 12°. En réalité, l'étuve n'atteint jamais dans un sens ou dans l'autre les températures limites de 39° ou 37°, et oscille entre 37 1/2 et 38 1/2, tout en se maintenant le plus fréquemment à38\ Si l'on veut régler plus étroitement encore la température, on a recours à la manipulation suivante : si, après avoir fixé la température primaire à 39°, le thermomètre accuse 37°, o au lieu 174 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de 38°, et que la température oseille entre 37°, 5 et 38°, 5, on peut avec une pipette enlever un peu d'eau dans le tube sans toucher ni à la lampe ni au régulateur. Cette opération diminuera légè- rement la pression de l'eau, comme si l'étuve avait éprouvé un refroidissement, et le régulateur agira aussitôt pour augmenter d'autant les flammes. On corrigera ainsi facilement l'écart. En procédant inversement, c'est-à-dire en ajoutant de l'eau dans le tube, on corrigerait de môme un écart inverse. Il n'est pas sans intérêt d'insister encore sur quelques détails concernant la fixation de l'étuve à la température voulue. Avant de mettre en relation le mécanisme intermédiaire (la goupille G, fig. 3) avec le régulateur (levier R, fig. 1), il est néces- saire que le levier P du mécanisme soit dirigé exactement vers le centre de la lampe, ou, en d'autres termes, il est nécessaire au commencement de la régulation que Taxe Q, la goupille g et la branche R du régulateur sur la lampe se trouvent tous trois sur taie ligne droite. Pour qu'il soit toujours possible de réaliser cette condition, le levier supérieur P du mécanisme intermédiaire Fig. 4. est construit comme l'indique la figure 4. La rondelle e qui est rivée à l'axe Q porte un levier courbe d qui se termine par un manchon creux b. Ce manchon est fileté intérieurement, et une vis s'y trouve placée. Cette vis se termine par un disque / qui, grâce au ressort w (fig. 3) reste toujours appuyé sur la baguette L. Au moment où l'on fixe la température primaire, si le levier inférieur P n'estpas dirigé exactement vers le centre de la lampe, il est très facile de rectifier sa position en déplaçant la vis c (fig. 4) dans son manchon. Lorsque la position en ligne droite est obtenue, on visse Técrou a (fig 4) le plus près possible du EITVE CHAUFFEE AU PÉTROLE. 175 manchon b, et ce n'est qu'après celte manipulation que l'on accroche la goupille du levier inférieur P (fig 3) dans la branche conductrice R (fig. 2) du mécanisme régulateur des flammes. Avant de procéder à l'accrochage, on fixe les flammes au mini- mum de combustion, puis on tourne la lampe sur son axe pour amener la goupille g (fig. 3) du mécanisme intermédiaire dans la fente du levier R (fig. 1). Onpeut encore rendreplus sensiblelarégulationdenotreétuve en usant de l'artifice suivant. Quand l'étuve est déjà réglée à la température voulue, on enlève le bouchon K (ï\g. 2) et son tube, et l'on met à la place un bouchon plein en caoutchouc. On remet ensuite en communication le mécanisme intermédiaire et celui de la lampe, comme nous l'avons expliqué plus haut. Dès lors la régulation devient très sensible, par cette raison que tous les changements de volume de l'eau, sous l'influence des change- ments de température, ne peuvent plus s'exercer que sur la membrane de caoutchouc, toute issue étant fermée à ce liquide. S'il s'agit d'un abaissement de température, le disque en caout- chouc sera de même repoussé dans l'intérieur de l'étuve par la pression atmosphérique. D'autre part, toute rentrée de l'air exté- rieur sera empêchée, circonstance qui est fort importante pour le bon fonctionnement de l'appareil. Les soins à apporter à l'étuve sont presque uniquement ceux qu'il faut consacrer à l'entretien de la lampe. Ils sont très simples. Les parties charbonnées des mèches sont nettoyées avec un simple fil d'archal muni d'un manche en bois. On fait passer le fil sur la mèche brûlante pour en détacher les parties brûlées. Cette opération doit être pratiquée deux ou trois fois par jour, cela sans interrompre le fonctionnement, les mèches continuant à brûler. Une fois tous les cinq ou six jours, on coupe les mèches à l'aide de ciseaux. Pour cela on commence par éteindre les flammes, on détache le régulateur, on coupe les mèches bien droites, puis on replace le régulateur à son ancienne place, et on le met en relation avec le mécanisme intermédiaire. Comme cette opération prend à peine 2 ou 3 minutes, l'étuve n'a pas le temps de subir un refroidissement appréciable. Le récipient R (fig. 2), situé à côté de l'étuve, sert à alimenter la lampe d'essence minérale. Pour cela, il communique avec elle par un tube de caoutchouc; il renferme une provision de com- 170 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. bustible suffisante pour 8 à 12 jours, et il est construit de manière à maintenir clans la lampe un niveau constant, condition qui con- tribue beaucoup à rendre régulière la combustion. Ce récipient se remplit non par-dessus, mais au contraire par-dessous, où se trouve un orifice spécial à cet effet. Quand on veut le mettre en fonction on ferme le robinet T (fig. 2); on bouche l'orifice N par un bouchon L; on enlève les crochets qui soutiennent les axes «, a et on renverse le récipient en le fixant par des crochets. Dans cette position, on le remplit de liquide, puis on le remet en place. Intérieurement, cet appareil est con- struit comme les anciennes lampes à huile fonctionnant à niveau constant. Pour éviter la production du noir de fumée, nous conseillons d'employer de l'essence de pétrole ou du moins du pétrole de bonne qualité. Nous utilisons aussi, pour favoriser une bonne combustion, une enveloppe qui recouvre la lampe et qui ménage des courants d'air, comme on le fait pour les fourneaux à pétrole. Cet appareil, qui n'est pas représenté dans notre figure, car il aurait caché la lampe, supprime tout à fait la production de la suie. En dehors des soins que nous venons d'indiquer, notre appareil n'en réclame pas d'autres. Il est construit parM.Wies- negg. LA MÉTHODE PASTEUR A VARSOVIE Pau M. 0. BUJWID. J'ai donné, il y a deux ans, dans ces Annales (V. t. I, p. 241), les résultats de ma pratique de vaccination antirabique. Jusqu'au 1 er janvier 1887, j'avais traité 104 personnes, auxquelles j'avais appliqué le traitement simple : une inoculation par jour, en commençant par le moelle de 14 jours, et finissant par celle de 5 jours. J'ai relaté, page 242, le seul cas de mort survenu chez mes opérés. Entre temps, des essais sur des lapins et sur des chiens m'avaient laissé hésitant sur l'efficacité de ce traitement simple ; et comme, d'un autre côté, les objections et les nombreuses expé- riences du professeur Frisch, de Vienne, s'élevaient contre le traitement intensif, j'ai essayé pendant quelques mois une autre méthode qui me semblait devoir tenir le milieu entre ces deux extrêmes. Après avoir constaté, par le moyen de trépanations sur le lapin, que la moelle de 12 jours ne contientplus de virus rabique, celle de 10 jours presque jamais, celles de 8,7,6 jours de plus eu plus souvent, tandis qu'il y en a constamment dans la moelle de 5 jours, et en quantité assez considérable, je me suis arrêté dans mon traitement à la moelle de 6 jours. Je commençais par inoculer lamoelle de 12 jours, puis, successivement et de jour en jour, des moelles de 10, 8, 7 et 6 jours; après ces cinq jours de traitement, je recommençais une série identique. J'ai appliqué ce traitement à 193 personnes mordues, dont 7 gravement, parmi lesquelles il y en avait 5 avec des morsures au visage ; ces 7 personnes ont toutes succombé, et, en outre, une huitième portant des morsures légères à la paume delà main droite. Voici leurs noms et le résumé de leur histoire. 1° Somczyk Agnîeszka, paysanne, âgée de 56 ans, mordue grièvement aux deux mains par un chien inconnu le 22 jail- li 178 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. vier 1887 ; le traitement commença le 29 janvier. Morte 3 mois après la fin du traitement (Lettre de M. le D r Dobrski). 2° Zatawa Walenly, paysan, 60 ans, mordu à la main gauche (3 morsures profondes qui ont beaucoup saigné) le 13 mars ; le traitement commença le 27. Mort deux mois après la fin du traitement. Deux heures avant de mourir il put boire. Rage con- vulsive observée par le D r Rodziewicz. 3° Kozicki Antoui, paysan, 48 ans ; 7 morsures assez profondes au visage et 3 à la main gauche. Mordu le 19 avril, commence- ment du traitement le 20 avril. Mort de la rage convulsive à Varsovie, à l'hôpital de Wola, le 11 juillet. Sa moelle a donné la rage à un lapin après 15 jours. 4° Hechtkopf Rieven, enfant de 1 an 1/2. Mordu grièvement au visage par un chien dont la rage a été constatée par l'expé- rience sur un lapin. Mordu et traité le 5 mai. Mort de la rage convulsive le 20 juillet (observation du D r Drzewiecki). Trois autres personnes mordues par le même chien et traitées sont restées en bonne santé. 5° Luszczynska Marijanna, fillette de 5 ans. Mordue très pro- fondément à la joue gauche et au nez, par un chien mordu par un autre 40 jours avant. Mordue le 9 mai, traitée le 10. Morte de la rage convulsive le 17 juillet (Lettre de M. X). 6° Arapow Alexandre, enfant de 3 ans, mordu le 21 juillet: une morsure profonde à la joue droite. Traité du 25 au 31 juillet. Mort de rage un mois après (Lettre du D r Leszczynski). 7° Koroboka Michail, agent de police, 32 ans, mordu peu profondément à la main gauche, le 28 août, par un chien dont la rage a été constatée par l'expérience sur un lapin. Traité depuis le 29 août jusqu'au 8 septembre. Mortde rage convulsive à l'hôpital de Wola le 31 novembre. Sa moelle a donné la rage à deux lapins après 15 et 16 jours. 8° Bondaruk Jan, paysan, 40 ans, mordu le 9 septembre par un chien inconnu. Une profonde morsure au nez. Traité du 10 au 16 septembre. Mort de rag-e le 14 novembre (lettre de M. le chef du district de Ghelm) ; les symptômes ne sont pas décrits. Ainsi ce traitement s'est montré inefficace dans le cas de morsures sérieuses, surtout dans le cas de morsures au visage, et j'y ai renoncé à la première occasion où j'ai eu à traiter des personnes mordues gravement. LA MÉTHODE PASTEUR A VARSOVIE. 179 Cette occasion se présenta le 21 août 1887, où je vis arriver à mon laboratoire deux paysans mordus l'avant-veille par un loup dont la rage a été expérimentalement constatée. L'un d'eux, Kowalzuk (Joseph), âgé de 50 ans, portait de nombreuses et profondes morsures au visage : l'oreille gauche était à moitié enlevée, Il y avait en outre 2 morsures à la main gauche, 2 au bras gauche et 7 au bras droit. L'autre, Dobrowski Pawel, âgé de 28 ans, portait au nez une profonde blessure de 3 centimètres de longueur. Je leur appliquai le traitement intensif, en commençant par la moelle de 12 jours, faisant deux inoculations par jour, et deux séries, dont chacune se termina par la moelle de 3 jours. Depuis, à toutes les personnes mordues à nu ou grièvement, j'ai appliqué le même traitement, excepté aux malades 7 et 8 de la liste qui précède, pour lesquelles je me suis arrêté à la moelle de 4 jours, et qui ont succombé. Le 24 septembre, j'ai appliqué le même traitement à deux personnes grièvement mordues dans le district de Ghelm ', par une louve dont la rag"e fut expérimentalement constatée. Ces quatre personnes et toutes celles qui, se présentant dans les mêmes conditions à la fin de 1887 et en 1888, ont été traitées de même, sont restées en bonne santé, à l'exception d'un garçon de 5 ans, mordu par un chien, et qui est mort 4 mois après la morsure. Je n'ai pas encore pu recevoir l'histoire symptomati- que de la maladie. En le supposant mort de rage, cela ne fait qu'une mort sur 390 personnes traitées par la méthode intensive. Il faut ajouter que, depuis ce temps, je fais un choix sévère parmi les mordus, et je refuse ceux qui l'ont été par des chiens dont la rage n'est pas assez sûre, ou ceux dont les morsures n'ont pas saigné, ou bien, ceux qui l'ont été au travers de vêtements ne portant pas de traces visibles de déchirure. En dehors de ces 390 traités, il y a eu 165 personnes à qui j'ai refusé le traitement. Conservation et préparation des moelles. — M. Grodecki, mon chef de laboratoire, et moi, nous trépanons tous les deux jours I. Le chef du district a envoyé la tète de la louve. C'est aux chefs de district quejY'cris toujours quand je veux avoir des nouvelles de mes malades. Ils les font voir par des médecins et, sans exception, m'envoient les renseignements qu'ils ont recueillis. 180 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. un lapin de grandeur moyenne, etaussi constante quepossible. Ces animaux sont des léporides gris, assez vifs, aux longues oreilles. Us succombent régulièrement après 9 jours. Après la mort, on enlève deux morceaux de moelle qu'on place dans deux flacons d'Erlenmeyer stérilisés, bouchés à la ouate, et contenant 10 à 15 grammes de soude caustique. L'un des flacons est conservé à lo°-18°, à une température un peu plus basse qu'à l'Institut Pasteur. La virulence persiste ainsi quelquefois jusqu'à 10 jours. L'autre flacon va à la glacière, et la moelle qu'il contient est traitée le lendemain comme la moelle fraîche. L'émulsion se fait en prenant pour chaque personne 1 à 1,5 millim. de moelle, qu'on place dans un petit tube à essai récemment flambé, et qu'on délaye avec de l'eau distillée additionnée de 7 grammes par litre de sel marin. Nous avons trouvé cette solution salée préférable aux bouillons chargés de peptones,qui, commeje l'ai démontré (V. ces Annales, t. II, p. 626), favorisent la formation des abcès sous l'influence des bactéries pyogènes qui peuvent pénétrer accidentellement aux points d'inoculation. Tous les tubes destinés aux émulsions de moelle sont rangés en ordre dans un porte-tubes, et on y puise au moyen d'une seringue Straus, dont le piston de rechange est fait avec un morceau de papier à cigarette stérilisé à la vapeur. Chaque personne reçoit un cent, cube de liquide; les tout petits enfants reçoivent un demi-cent. cube des moelles de 4, 3 et 2 jours. Le premier jour, on fait 2 vaccinations avec les moelles de 12 et 10 jours; le second jour, 2 vaccinations avec les moelles de 8 et 6 jours; les jours suivants, 1 vaccination avec les moelles de 4, 3, 6, 4 et 3 jours. Quand le temps est chaud, nous com- mençons par la moelle de 10 jours et nous finissons par celle de 2 jours, que nous employons deux ou une fois, suivant la gravité de la morsure. Statistique. — Depuis le commencement du traitement à Varsovie, c'est-à-dire depuis le 17/29 juin 1886 jusqu'au 1 er janvier 1889, 676 personnes ont subi le traitement, savoir : En 1886 104 1887 255 1888 317 Total 676 LA MÉTHODE PASTEUR A VARSOVIE. 181 On peut les partager en diverses catégories, suivant la façon dont a été constatée la rage de l'animal mordeur. 1886 1887 1888 Total. Morts. A Rage constatée par l'expérience. 12 44 36 92 2 B Id. par la rage des animaux mordus en même temps ... Il 17 11 30 C Rage constatée par l'autopsie. . 17 54 79 150 1 D Rage constatée par symptômes K > rabiques' 41 99 156 296 E Morsures d'animaux suspects de rage 19 33 32 84 I F Morsures d'animaux qu'on n'a pas retrouvés » 7 3 10 » G Morsures d'animaux observés et restés sains t 1 » 2 » H Mains égratignées, salies par la bave d'un chien enragé. ... 2 » » 2 I Personne ayant sucé la plaie d'une morsure rabique .... 1 » » 1 » Totaux 104 255 317 676 9 Les personnes des catégories G, H et I ont été traitées sur leur demande. On peut classer suivant le lieu de la morsure. 1886 1887 1888 Total. Morts. Mordus à la tête 3 17 28 48 S sur des parties nues ... 77 136 210 423 4 Mordus à travers des vêlements déchirés 24 102 79 205 » Totaux 104 255 317 076 9 1. Les symptômes reconnus rabiques par nous sout les suivants : 1° Le chien mord sans cause apparente d'autres animaux et les personnes qu'il connaît bien; 2° Il disparaît après avoir mordu quelqu'un; 3° Il vagabonde en mordant personnes et animaux; 4° 11 est inquiet, boit et mange d'une façon anormale et s'arrête après quelques gorgées ou quelques coups de dent; 5° Le timbre de ses aboiements est changé et passe au hurlement; 6° 11 peut presque toujours boire et n'est pas hydrophobe; 7° La mort survient après une paralysie, ou 1 à "2 jours d'accès furieux; 8° L'estomac contient des choses non comestibles (pailles, sable, poils, etc.). 182 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Voici enfin les tableaux statistiques de mes vaccinations dans les deux dernières années, en adoptant le classement en usage à l'Institut Pasteur. 1887 Morsures à la tête ( simples . . et à la figure \ multiples. Cautérisations efficaces inefficaces ....'. Pas de cautérisation. ....... Morsures aux mains sim P les - • ( multiples . Cautérisations efficaces inefficaces Pas de cautérisation Morsures aux mem- j simples . . bres et au tronc ( multiples . Cautérisations efficaces — inefficaces .... ; Pas de cautérisation Habits déchirés Morsures à nu Totaux , 1888 Morsures aux mains Morsures à la tcte \ simples. . et à la figure / multiples Cautérisations efficaces inefficaces Pas de cautérisation simples . . multiples Cautérisations efficaces inefficaces Pas de cautérisation Morsures aux mem- \ simples. . bres et au tronc \ multiples Cautérisations efficaces inefficaces Pas de cautérisation Habits déchirés Morsure à nu , Totaux 15 14 1 10 14 36 25 A B T~ — . — - 1 6\ ' » 7j 3) 10 » » » » S ■o » )) » 7 » » » » » 3 » » 16 14 30 y 45 43^ 88 » » » ;> » » » » » 60 » » 16 )> » 23 >, » 8 14 10 24 35 20 55 » o » „ )> » >l 36 ■i » 7 » . D 16 » » 10 >> )) 41 » » 25 » » 112 » » 16 61 153 » I 11 » \ II 15/ 91 24 6) IIS 17 41 9 38 2/ 2 20/ 16 » » 36 47 B 10 76 69 3 20 37 98 137 11/ 9i 20 0? 41 » » » » » » 1 » » » 3 » 60 95 155 » 11/ 7* 22/ 381 3 4 il ! j 60 )) 8/ 51 » )) » il ■i » 4 9 5 30 » )> 235 18 13 35 REVUES ET ANALYSES SUR LE DOSAGE DES ACIDES LIBRES DU SUC GASTRIQUE REVUE CRITIQUE. Bidder et Schmidt. Les sucs digestifs de la nutrition. Leipzig, 1832. — Rabuteau. Bull, de la Soc. de Bioloyie, 1874, p. 9G et 400. — < ] a tix et von Mering. Deutsch. Archiv furklin. Medicin, t. 39, p. 239. — Cu. Richet. Le suc gastrique chez l'homme et les animaux. Paris, 1878. — Seemann. Sur la présence d'acide chlorhydrique libre dans l'estomac. Zeitschrift f. klin. Medicin, t. 12, p. 248. — J. Sjoqvist. Sur une nouvelle méthode d'analyse quantitative de l'acide chlorhydrique libre dans l'estomac. Zeitschr. f. phys. Chemie. 1889. I. 13, p. 1. On sait les discussions nombreuses des physiologistes au sujet de la nature de l'acide libre de l'estomac, les uns tenant exclusivement pour l'acide chlorhydrique, les autres pour l'acide lactique, d'autres, moins nombreux, faisant intervenir l'acide butyrique ou le phosphate acide de chaux. La discussion aurait pu s'éterniser, car tout le monde avait raison suivant le temps ou suivant les circonstances. Il n'y a nécessairement aucune identité entre les sucs gastriques ou les liquides stomacaux de tous les animaux d'une même espèce ; un estomac à jeun ne ressemble pas non plus à un estomac plein ou à un estomac dont la digestion vient de se terminer; les divers aliments y apportent des matériaux divers : la chair musculaire introduit des lactates, le lait ou les féculents des matériaux très aptes à subir la fermentation lactique ou butyrique. 11 y a donc suc gastrique et suc gastrique. Le problème de sa constitution n'est pas de ceux qu'on résout une fois pour toutes. 11 exige une série d'études de détail, qui conduiront d'autant plus vite à la solution qu'elles seront plus simples et plus précises. Simplicité et précision, deux qualités qui s'excluent d'ordinaire, et surtout lorsque la vie est un des facteurs du problème ! Il est rare, en physiologie, qu'une méthode simple soit aussi une méthode exacte ; il faut, en général, choisir. Nous pouvons trouver unnouvel exemple de ce fait dans un examen rapide des diverses méthodes qui ont été proposées pour apprécier la nature et la quantité de l'acide libre du suc gastrique. Je ne veux pas remonter jusqu'à Proust, dont la méthode a pour- tant inspiré quelques-unes de celles que nous rencontrerons tout à l'heure. Je commencerai par celle de Bidder et Schmidt. Elle revient, 184 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. comme on sait, à évaluer d'abord, au moyen d'un dosage acidimé- trique, la quantité d'acide libre clans l'estomac. Supposons-la équiva- lente à 1 gramme d'acide chlorhydrique. Dans ce suc neutralisé, on dose, par précipitation par le nitrate d'argent en liqueur acidulée par l'acide nitrique, tout le chlore contenu. Supposons, par exemple, qu'il corresponde à 3 grammes d'acide chlorhydrique. Ce chlore peut être soit à l'état libre, soit combiné avec des bases de façon à former des selsneutres. On croit être sûr que, s'il y a des bases, il se combinera avec elles tant qu'il en rencontrera, et que l'excédant seul sera à l'état libre. Il n'y a donc, pour faire cette distribution du chlore total combiné, qu'à chercher ce qu'il y a, dans le suc gastrique, de bases capables de se combiner avec l'acide. Supposons qu'elles ne correspondent qu'à 2s r ,5 du chlore trouvé, nous conclurons donc qu'il y a une portion du chlore à l'état libre, c'est-à-dire donnant un acide qui ne peut guère être que l'acide chlorhydrique. Et si la quantité d'acide chlorhydrique, ainsi trouvée, correspond, à peu près, à la dose d'acide libre fournie par la première opération, nous pourrons conclure que le suc gastrique ne contient que de l'acide chlorhydrique libre. Je dis à peu près, car il y a bien des côtés défectueux dans la théorie et la pratique de ce procédé. Le dosage acidimétrique de ces liquides organiques ne se fait pas avec la même sécurité que dans les liquides minéraux; le virage de la teinte, qui correspond à la neutra- lisation, au lieu d'être brusque, est en général lent et graduel, à cause des relations intimes qui s'établissent entre les acides libres et les ma- tières organiques. Ces relations modifient en outre ce que nous savons, ou plutôt ce que nous croyons savoir sur la façon dont se distribuent les éléments chimiques, dont se partage par exemple le chlore entre les divers corps, minéraux ou organiques, d'une solution aussi complexe que le suc gastrique. De plus, la calcination, par laquelle il faut passer pour doser les bases salifîables de la liqueur, est une opération dangereuse. Au point de vue pratique, on est exposé à y volatiliser des chlorures, surtout du chlorhydrate d'ammoniaque, et toute perte dans ce sens augmentera la valeur de l'excédent de chlore qu'on comptera comme libre. De plus, pendant cette calcination, il peut se former de l'ammoniaque aux dépens de l'azote de la matière organique, ce qui augmente la quantité de base du résidu. Il peut aussi se former, aux dépens du phosphore ou du soufre de la'matière organique, des sulfates ou des phosphates qui diminuent la quantité de base à attribuer à l'acide chlorhydrique. Toutes ces incertitudes nuisent au procédé, qui est d'ailleurs d'une exécution longue. Il a pourtant servi à MM. Bidder et Schmidt à démontrer la présence de l'acide chlorhydrique libre dans le suc gastrique. M. Rabuteau a proposé ensuite une autre méthode de dosage? repo- REVUES ET ANALYSES. 185 sant sur l'emploi d'un sel de quinine, et qui, avec les modifications utiles que lui onl fait subir MM. Cahn et de Mering, conduit à la pra- tique que voici. On distille avec précaution 50 ec du suc filtré de l'esto- mac de façon à l'amener à 10 cc . On admet qu'on a ainsi éliminé les acides gras, ce qui est très inexact s'il s'agit de l'acide acétique, et l'est moins, mais l'est encore pour l'acide butyrique et les acides volatils supérieurs. On agite six ou huit fois le résidu avec 300 cc d'éther, qui dissout l'acide lactique. Ce résidu épuisé est ensuite additionné de cinchonine, et mis à digérer à une douce chaleur, jusqu'à neutralisa- tion complète. On agite ensuite avec 200 cc de chloroforme qui dissout le sel de cinchonine, on distille ce chloroforme, et on calcule, d'après la quantité de chlore trouvé dans le sel en solution, la quantité initiale d'acide chlorhydrique. Une autre méthode de Cahn et Méring vise à la séparation et au dosage des divers acides de l'estomac. Une première distillation aux 3/4, qu'on fera bien de répéter si on veut séparer la presque totalité des acides volatils, permet de les doser par titrage et en bloc. Au moyen de l'éther, on sépare du résidu l'acide lactique, qu'on titre de la même façon, et qui est éventuellement mêlé d'acide acétique s'il y en avait dans le suc, ou des autres acides fixes apportés par l'alimentation. Dans le résidu lavé à l'éther, on trouve l'acide chlorhydrique que l'éther n'a dissous qu'en proportion très faible, et dont la quantité est fournie par un nouveau titrage, en admettant, bien entendu, qu'il n'y ait pas d'autre acide insoluble dans l'éther. On voit combien d'éven- tualités se cachent derrière la simplicité apparente de la méthode. M. Richet a essayé de rendre plus précise cette méthode de traite- ment par l'éther, en y introduisant la considération de ce qu'il appelle, avec M. Berthelot, les coefficients de partage, c'est-à-dire les rapports entre les quantités d'acide qui se dissolvent dans des volumes égaux d'éther aqueux et d'eau éthérée, quand on agite avec de l'éther une solution aqueuse de cet acide. Les acides insolubles ou peu solubles dans l'éther restent naturellement dans l'eau, les acides plus solubles se partagent plus également entre les deux dissolvants. Quand on a un mélange d'acides, chacun se comporte comme s'il était seul. On comprend donc, sans que nous entrions dans les détails, qu'il soit ainsi possible, par un simple titrage acidimétriquede l'eau et de l'éther surnageant, de voir si l'acide du suc gastrique appartient, comme l'acide chlorhydrique, à la catégorie de ceux qui sont très peu solubles dans l'éther, ou. comme l'acide lactique et en général les acides organiques, à la catégorie de ceux qui y sont beaucoup plus solubles. Malheureusement, cette méthode, acceptable quand les acides à étudier sont en simple solution dans l'eau, l'est beaucoup moins quand il va en présence des matières organiques. Celles-ci contractent, comme 186 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. nous l'avons dit plus haut, des espèces de combinaisons instables avec l'acide chlorhydrique et en masquent les propriétés. Il suffit de faire macérer une muqueuse lavée avec de l'eau acidulée par de l'acide chlorhydrique pour voir l'acidité du liquide se réduire de quantités variables suivant la nature de la muqueuse, et qui, lorsqu'on compare par exemple sous ce rapport les muqueuses lavées des quatre poches stoma- cales du mouton, sont au minimum avec la muqueuse du feuillet, c'est- à-dire du véritable estomac à réaction acide, comme si la muqueuse qui sécrète le plus d'acide était précisément celle qui en consomme le moins pour s'en imprégner. A cette première cause d'erreur ou d'incertitude, il faut ajouter que l'acide lactique n'est généralement pas seul avec l'acide chlorhydrique dans le suc stomacal, qu'il y a fréquemment de ces acides encore mal connus, se rapprochant de l'acide gluconique» que donnent presque constamment les matières féculentes sous Fin lluence des ferments, et que, dès lors, la valeur du coefficient de partage, sur laquelle on fonde la distinction de l'acide lactique, ne peut plus donner aucun renseignement précis. Voici maintenant deux procédés dans lesquels on ne se préoccupe plus de séparer, à l'aide de réactifs appropriés, les divers éléments à doser, ce qui permet à la rigueur de les manier, de les voir, de les étu- dier, et de s'assurer de leur pureté. On les détruit par la chaleur, et on juge d'eux par la nature des résidus qu'ils laissent. Dumas a fait remarquer depuis longtemps combien cette méthode d'analyse, qui supprime la possibilité de tout contrôle, est inférieure à l'autre, mais de ce jugement général il serait injuste de conclure à tous les cas par- ticuliers. Etudions donc ces méthodes, et voyons ce qu'elles valent. Elles utilisent toutes deux les effets différents de la calcination sur les sels à acides organiques et à acides minéraux. Les premiers lais- sent un résidu alcalin, les autres un résidu d'ordinaire neutre. En par- ticuliers, les chlorures calcinés restent des chlorures , les lactates deviennent des carbonates. Partant de là, M. Seemann sature une certaine quantité de suc gastrique avec un volume déterminé d'une solution titrée décime de soude, évapore doucement le mélange neutralisé, et le calcine ensuite avec précaution. Il lave les cendres à l'eau, et titre avec une solution titrée d'un acide l'alcali ainsi retiré. Cet alcali était combiné à des acides organiques qu'on regarde comme libres dans le suc, tant qu'il y a un acide plus fort, de sorte qu'on peut prendre, pour mesure de la quantité d'acide chlorhydrique présente, la différence entre les quan- tités d'acide fournies par le premier dosage acidimétrique et celles qui correspondent à l'acide employé après calcination. En essayant cette méthode, M. Sjoqvist a trouvé qu'elle donnait toujours des nombres trop forts. C'est qu'elle comporte de nombreuses REVUES ET ANALYSES. 187 causes d'erreur. M. Seemann avait remarqué lui-même que, si on chauffe trop fort, on a des pertes d'alcali. Il doit y avoir aussi forma- tion de cyanures alcalins qui en neutralisent une autre portion. Le soufre et le phosphore de la matière albuminoïde donnent en outre des sulfates et des phosphates, non préexistant en nature, qui absorbent un peu de soude. Aussi M. Sjoqvist propose-t-il la modification suivante. On évapore à siccité le suc gastrique avec un léger excès de carbo- nate de baryte qui sature les acides libres, et donne par exemple des chlorures et des lactates. A lacalcination, le chlorure de baryum reste inaltéré, les lactates redeviennent des carbonates. En épuisant avec de l'eau de carbonate, le baryum resteinsoluble, les chlorures se dissolvent, et la quantité de baryum qu'ils contiennent peut servir de mesure à la quantité d'acide chlorhydrique libre. Pour doser ce baryum, il le précipite à l'état de chromate de baryte dans une solution acidulée par l'acide acétique, dans laquelle on verse une solution titrée de bichromate de potasse. On surveille le moment où tout le chromate de baryte est précipité et où il y a un excès de bichromate de potasse dans la liqueur, en humectant avec quelques gouttes de liquide le papier au tétraméthylparaphénylènediamine proposé par le D r Wurster comme réactif de l'ozone. Après quelques secondes de contact, le bichromate oxyde le réactif et le papier devient bleu. Voici alors le mode opératoire, qui peut être utile à connaître à un moment où on s'occupe beaucoup de l'excès et de l'insuffisance des acides dans l'estomac. La dissolution de chlorure de baryum, qui peut contenir éventuel- lement du chlorure de calcium et des chlorures alcalins, est addition- née d'un tiers ou d'un quart de son volume d'alcool, qui favorise la précipitation du chromate de baryte. On ajoute ensuite quelques cen- timètres cubes d'une solution de 10 0/0 d'acétate de soude et de 10 0/0 d'acide acétique, de façon à éviter la précipitation du chromate de chaux, et à empêcher éventuellement la formation d'acide chlorhy- drique libre qui redissoudrait le chromate de baryte insoluble dans l'acide acétique étendu. On verse alors peu à peu la solution titrée de bichromate de potasse, jusqu'au moment où une bande de papier réactif plongée dans la liqueur, et retirée, bleuit après quelques secondes d'exposition à l'air. On peut aussi, si on n'a pas de ce papier, humecter de temps en temps d'une goutte du liquide un morceau de papier buvard, et faire au voisinage de cette première tache une autre tache avec une solution de nitrate d'argent. S'il y a du bichromate en excès, on en est averti par la formation d'un précipité jaune rougeâtre de chromate d'argent dans la région où les deux taches se pénètrent. On pourrait objecter à cette méthode que la calcination du carbo- nate de baryte, si elle est faite sans précaution, donne de la baryte 488 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. caustique, qui entre en solution dans l'eau et est dosée comme baryte du chlorure. Mais M. Sjoqvist s'est assuré que cette cause d'erreur était insignifiante. Il en est de même de la cause d'erreur apportée par la faible solubilité du carbonate de baryte dans l'eau. Par contre, on n'a plus rien à redouter du soufre et du phosphore de la matière albuminoïde, qui donnentdes sulfates et carbonate de baryte insolubles. En fait, les expériences de contrôle faites par M. Sjoqvist sont pro- bantes. Il a opéré avec des mélanges artificiels d'acide lactique et d'acide chlorhydrique, et a toujours retrouvé ce dernier à un ou deux milligrammes près. Il a aussi retrouvé son acide chlorhydrique, et à peu près avec la même précision, quand il l'a ajouté à une digestion artificielle de fibrine dans de la pepsine acidulée par l'acide lactique. Ceci donne de l'intérêt aux résultats suivants, relatifs à l'étude de quelques sucs gastriques. L'acidité totale est calculée en acide chlorhy- drique. N°l Mauvaise digestion. Acid. te taie 0,45 ° Io II. 1. 0,02 °i N° 2 Réaction acide. id. 0,29 0.43 N° 3 id. id. » 0,076 No 4 id. id. 0,2 0,43 N° 5 id. id. 0.29 0,14 N° 6 id. id. 0,49 0,l« N° 7 id. id. 0,44 0,0 t)\ LE PASSAGE DES MICRO-ORGANISMES AU FOETUS. REVUE CRITIQUE. Birch-Hirschfeld. Sur l'infection par le placenta. 61 e Yersainmlung deutscher Naturforscher in Kôln, sept.. 1888. — Rosenblath. Sur la réalité du passage des bacilles du charbon de la mère au fœtus. Virchow's Archiv, 2 mars 4889. — Paltauf. Sur l'étiologie de la maladie des chiffonniers. Wiener medic. Wochenschr., 4888, n os 1, 4889. — Net ter. Transmission intra-utérine de la pneumonie et de l'infection pneumonique chez l'homme et dans l'espèce animale. Soc. de Biologie, 9 mars 1889. — Galtier. Hérédité de la tuberculose animale. Congrès pour l'étude de la tuberculose, 4888. Depuis la publication dans ces Annales, il y a un an, des quelques expériences que j'ai faites sur la transmission intraplacentaire des REVUES ET ANALYSES. 189 micro-organismes, divers auteurs ont continué l'étude de cette question si importante à tant de titres. Les uns ont encore une fois demandé au bacille de Davaine la solution du problème, d'autres ont interrogé des microbes qui jusqu'à présent avaient été moins essayés à ce point de vue, tels que le bacille de la tuberculose, le pneumocoque, le microbe de la fièvre typhoïde. Deux observateurs allemands, Birch-Hirschfeld et Rosenblath nous fournissent quelques nouvelles preuves expérimentales de la réalité du passage du bacille charbonneux de la mère à l'embryon. Bien que ces auteurs ne nous signalent aucun fait qui n'ait été démontré déjà et n'émettent au sujet de leur interprétation aucune idée qui n'ait été pro- duite avant eux, leurs données n'en sont pas moins intéressantes à con- signer, ne fût-ce que pour établir une fois de plus combien se confirment les résultats de Straus et Chamberland, au fut\et à mesure que le problème est plus creusé et mieux étudié. On se souvient peut- être que Max Wolff, de Berlin, dans un travail que j'ai analysé ici même, avait très injustement ravalé la valeur des expériences des deux savants français, tout simplement parce qu'il obtenait des résultats différents de ces derniers. Birch-Hirschfeld et Rosenblath s'élèvent contre cette assertion de Wolff que le placenta constituerait en général une barrière infranchissable pour le bacille du charbon. Bien au con- traire, il résulte des expériences du professeur de Leipzig, comme de celles de Straus et Chamberland, de Rosenblath et des miennes, qu'il y a toujours lieu de craindre, pour le fœtus, dans le charbon, une invasion bacillaire. Birch-Hirschfeld, chez les fœtus de lapines char- bonneuses, a retrouvé les bactéridies, même par l'examen microscopique, ce qui indique que les micro-organismes, dans ces cas, avaient passé en quantité plus grande que d'habitude à travers le placenta. 11 a égale- ment observé le passage chez la chèvre; au contraire, résultats négatifs chez trois souris. Birch-Hirschfeld explique ce dernier fait par la rapi- dité de l'infection mortelle chez les petits animaux : les effractions placentaires n'ont pas alors le temps de se produire : l'auteur allemand émet en effet l'opinion que le passage des bactéries à l'em- bryon se fait à la suite de lésions des villosités du placenta; c'est ce que j'ai démontré ici même. Le travail de Rosenblath présente des conclusions du même genre. Ses expériences ne sont guère ni nombreuses, cinq en tout, ni nou- velles, et on peut même se demander si la longueur du mémoire n'en dépasse pas quelque peu l'importance. Quoi qu'il en soit, Rosenblath a de nouveau inoculé le charbon à des cobayes pleines; il a recherché surtout par l'examen histologique et par les cultures, moins par les inoculations à d'autres animaux, si Jes fœtus contenaient des bac- téridies. Mais une même faute capitale est à reprocher au travail 190 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de Rosenblath comme à celui de Wolff : tous deux, en effet, pour établir leur démonstration, dans un sens ou dans l'autre, se contentent d'en- semencer de tout petits fragments d'organes fœtaux. Mais, à supposer que les résultats soient négatifs, que peut-on en conclure? N'oublions pas qu'il faut prouver, si on veut tirer des conséquences doctrinales de ces expériences, que pas un bacille ne passe au fœtus. Gomme le disent excellemment MM. Ghambeiiand et Roux, dans leur beau tra- vail sur la vaccination charbonneuse par les substances solubles, si on se borne à ensemencer de petites parcelles d'organes, et si on n'obtient rien dans les cultures, qui nous prouve que la bactéridie n'est pas restée dans les parties non semées? J'ai obtenu, dans mes expériences, des résultats positifs en ensemençant tout un foie fœtal par exemple, broyé dans l'eau stérilisée, alors que je n'avais rien en ne cultivant qu'un fragment d'organe. MM. Chamberland et Roux ont fait la même constatation, puisque dans des expériences portant sur dix-sept fœtus de lapines charbon- neuses, en utilisant presque toute la masse du foie de chacun d'eux, neuf fois il y avait des bacilles dans cet organe. C'est justement parce que les anciens observateurs, Brauell, Davaine, etc., se sont contentés de piquer le cœur des fœtus à la lancette et d'inoculer la très petite quantité de sang adhérente, qu'ils ont toujours pensé, à la suite de leurs résultats négatifs, que le placenta était imperméable pour les bactéridies. Or, Wolff et Rosenblath n'ont pas prévu cette cause d'erreur. C'est pour cela que les conclusions négatives de Wolff n'ont pas grande valeur, et qu'au contraire, par contre-coup, les résultats positifs de Rosenblath eussent été encore plus Irappants, s'il avait pris le soin d'ensemencer autre chose que de petites parcelles fœtales. Cet auteur a examiné cinq cobayes charbonneusescontenant neuf fœtus; il a fait, en tout, 76 cultures de la rate, du foie et du sang : cinq cultures ont été positives, dont quatre pour l'organe hépatique, ce qui prouve, une fois de plus, que c'est bien clans le foie qu'il faut aller chercher les microbes suspects, en cas d'infection fœtale. Ces cinq cultures pro- venaient de trois fœtus et de trois animaux différents; donc, chez deux femelles les fœtus n'ont rien donné, mais Rosenblath a ense- mencé trop peu de matière pour que ces résultats négatifs soient probants . Un grand nombre de eoupes microscopiques ont été examinées : les bacilles ont été trouvés seulement dans deux coupes provenant du foie d'un fœtus. Si maigre qu'il soit, ce résultat est d'un intérêt qui saute aux yeux, puisque les microbes^passés à l'embryon sont ici pris sur le fait. C'est, du reste, chez un fœtus qui avait fourni des cultures du bacille du charbon que cette constatation a été faite. ElEVUES ET ANALYSES. 191 Pour expliquer ces résultats, l'auteur ne va pas, comme Wolff, jusqu'à invoquer la possibilité de contaminations accidentelles; il a foi dans son habileté technique et n'hésite pas à conclure que le bacille deDavaine passe de la mèreau fœtus par voie transplacentaire. 11 se livre ensuite à quelques considérations théoriques sur le mécanisme de cette infection fœtale. Il expliquerait volontiers lepassage par de- hémorragies du placenta : « Mais, dit-il, jusqu'à aujourd'hui, il n'existe aucune observation qui démontre la réalité de ce méca- nisme. » L'auteur allemand se trompe : j'ai signalé et décrit, clans ces Annules, des hémorragies placentaires chez les cobayes charbonneuses dont les fœtus m'avaient donné des résultats positifs *. On a décrit en Autriche une maladie qui ressemble beaucoup au charbon, et qui a été observée chez les ouvriers qui manipulent les chiffons, notamment dans les papeteries. C'est vraisemblablement l'inhalation de poussières infectées qui produit l'affection. Paltauf a trouvé dans le poumon d'un fœtus d'une femme enceinte de cinq mois et atteinte de cette maladie, quelques bacilles semblables à ceux des organes maternels. Ce fait est à rapprocher de l'observation de Mar- chand, rapportée dans les Arch ires de Virchow de l'an dernier. Par contre, Eppinger n'a eu que des résultats négatifs dans deux cas du même genre. Pour en finir avec cette question du passage du charbon au fœtus, disons qu'il est grand temps que le sujet soit maintement envisagé d'une autre façon. Il est inutile de discuter plus longtemps sur la réalité ou la non réalité de cette transmission : c'est une question tranchée, et toutes les expériences qu'on pourrait faire encorene feraient que confirmer la démonstration magistrale de Straus et Chamberland. Il importe maintenant de se placer à un point de vue différent : il faut établir les conditions, les influences qui font que les bactéridies ne se comportent pas toujours de la même façon vis-à-vis de l'embryon, rechercher à nouveau le rôle joué par les variations de la virulence, par les diverses époques de la grossesse, éprouver la susceptibilité des diverses espèces animales vis-à-vis du même virus, etc., etc. Si Rosenblath avait entrepris ses expériences en envisageant ainsi la question, peut-être nous eût-il présenté des résultats plus nouveaux? Il rapporte en effet une expérience (expérience II) où les deux seules cultures faites avec des fragments' de foie fœtal ont été positives; ce foie montrait du reste des bacilles à l'examen microscopique. Il est regrettable qu'il soit resté près d'un an, comme l'indiquent ses proto- coles, avant d'entreprendre une nouvelle expérience à la suite de celle- là; peut-être, s'il avait continué à opérer avec ce charbon, sans douté 1. Annales de l'Institut Pasteur, mars 1888. 192 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. particulièrement virulent, eût-il réussi à obtenir une infection fœtale plus constante que dans les conditions habituelles. A la suite de Reher, Neuhauss, Chantemesse et Widal, C. J. Eberth nous signale une nouvelle observation de passage au fœtus du micro - organisme de la fièvre typhoïde. Une femme enceinte, atteinte de cette affection, avorte d'un fœtus à la fin de la troisième semaine de la maladie. L'auteur fait des cultures du sang, du poumon et de la rate de ce fœtus. Les préparations de sang fœtal, du suc de la rate, mon- traient déjà des bâtonnets; il y en avait aussi dans les espaces inter- villeux du placenta. Le bacille de Gaffky, caractérisé sur pomme de terre, s'est développé dans les cultures fœtales. Eberth n'a jamais trouvé, chez d'autres fœtus provenant de mères non typhiques, de micro-organismes de ce genre. Cet observateur interprète, lui aussi, ces résultats par des altérations placentaires. Le pneumocoque serait, de son côté, capable de passer de la mère à l'enfant. Foa et Bordone-Uffreduzzi avaient déjà signalé cette trans- mission chez le lapin; Thorner, chez l'homme, intervient de publier l'observation la plus complète et la mieux étudiée qui ait encore paru sur celte question. Il a réussi à trouver le pneumocoque de Fraenkel répandu dans un grand nombre d'organes chez un enfant de cinq jours dont la mère avait été atteinte de pneumonie franche. Cet enfant suc- comba à une pneumonie à droite, avec manifestations méningées, pleurales, et péricarditiques. Ayant observé lui-même, dans ses expé- riences, le passage de pneumococcus au fœtus chez le cobaye et la souris, Netter conclut, à la suite de considérations fort bien présentées, que cette pneumonie infectante d'un nouveau-né a été acquise dans le sein de la mère et n'a pu l'être après la naissance. Il se base surtout sur ce fait que l'infection était généralisée chez le fœtus et non pas seulement localisée au poumon. Netter ne nous dit pas s'il a retrouvé des microcoques dans le foie fœtal, là où se déverse le sang de la veine ombilicale ; dans l'affirmative, la démonstration de l'origine maternelle de l'infection n'y aurait rien perdu. 11 reste à signaler, pour en finir avec les travaux relatifs au sujet qui nous occupe, la communication de Galtier au Congrès de la tuber- culose. Inoculant le virus tuberculeux à des femelles de cobayes, à une époque plus ou moins avancée de la gestation, puis sacrifiant l'animal et pratiquant des inoculations avec les organes du fœtus. Galtier a été moins heureux que MM. Landouzy et Martin, et sur neuf expériences, aucune n'a réussi; il n'a pas obtenu de meilleurs résultats en inoculant des tissus du fœtus d'une vache tuberculeuse qui avait avorté. Dans une REVUES ET ANALYSES. 193 deuxième série de recherches, il a pratiqué des inoculations au début de la gestation, puis, conservé les petits pour les sacrifier après. Une lapine, inoculée le quinzième jour après l'accouplement, eut cinq petits; trois sur cinq, qui tous avaient été allaités par elle, devinrent tuberculeux. Enfin, en inoculant par voie intraveineuse une lapine quatre à cinq jours après l'accouplement, on ne trouva aucune lésion tuberculeuse chez les petits, tandis que la mère mourut de tuberculose. La transmission par voie intra-utérine semble donc bien exister, suivant Galtier, mais elle est loin d'être commune. On discutera longtemps encore sur la fréquence ou la rareté de la contagion tuberculeuse in troplacen taire, tant qu'on manquera, comme aujourd'hui, d'une quantité suffisante de documents cliniques ou expé- rimentaux. Il est à désirer que des expériences, comme celles' de Galtier, se multiplient. Je rapporte, dans le présent numéro des Annales, deux cas de tuberculose congénitale dans l'espèce bovine, avec présence des bacilles de Koch au sein des lésions, observations qui m'ont paru constituer une importante contribution à l'histoire de la tuberculose héréditaire. Dr. E. Malvoz. N. Rogowitsch. Études sur l'influence des bacilles du charbon sympto- matique sur l'organisme animal. Beitràge zur pathologischen Anatomie und zur allgemeinen Pathologie, publiés par Ziegler et Naunerck, V. IV, Fasc. 4, p. 291. M. Rogoicitsch a entrepris dans le laboratoire de M. Ziegler et sous la direction de ce professeur, des recherches sur le charbon sympto- matique, afin d'éclairer les phénomènes histologiques qui accompagnent l'infection avec le virus de différents degrés de virulence, et de résoudre la question du rôle possible de la phagocytose dans le cours de la maladie. Pour atteindre ce but, l'auteur inoculait à une série de cobayes le virus (à l'état de poudre sèche, livrée par M. Hess de Berne), sous la peau, et suivait la marche de l'infection, en sacrifiant les animaux à différents stades de la maladie ou en les observant après la mort. Aussitôt après l'inoculation, les bacilles commencent à proliférer au point d'inoculation, de sorte que trois heures après le début de l'expé- rience, leur nombre est déjà assez considérable. Il se produit en même temps une inflammation du tissu environnant, qui s'accuse par une émigration leucocytaire considérable, formée notamment de leucocytes polynucléaires. Les bacilles se propageant fort rapidement, surtout dans le9 tissus sous-cutané et musculaire, occasionnent, dans la paroi des vaisseaux, des lésions graves qui se manifestent sous forme d'oedèmes ou d'ex- travasations sanguinolentes, accompagnés par une émigration plus ou 13 194 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. moins abondante de leucocytes. L'affection se transmet aux glandes lymphatiques environnantes qui se gonflent et deviennent rouges, ou sont atteintes par des hémorragies plus ou moins abondantes. Ces lésions s'observent même dans les glandes qui ne contiennent point de bacilles, ce qui prouve qu'elles sont occasionnées par des substances toxiques sécrétées par les bacilles. Quant aux organes interne», ils restent pour la plupart intacts et laissent seulement dans quelques cas apercevoir des petits foyers nécrotiquei (dans le foie) ou des hémor- ragies limitées. Le virus affaibli, appliqué par M. Rogowitsch aux cobayes, a produit des lésions tout à fait semblables à celles occasionnées par le virus le plus virulent. L'auteur croit cependant que les premières sont accom- pagnées chez les animaux adultes d'une plus forte émigration de leucocytes, pour un même degré dans l'importance de l'œdème et des hémorragies. Les deux vaccins, fournis à M. Rogowitsch également par M. Hess, ne produisaient chez les cobayes que des phénomènes purement locaux et bénins, et ne s'accompagnaient que d'une légère tuméfaction autour de l'endroit inoculé, occasionnée par une émigration abondante de leucocytes. L'auteur n'a pas obtenu de prolifération de bacilles et il en conclut que la vaccination doit être produite par une substance soluble, conformément à l'assertion de plusieurs auteurs récents. Outre les cobayes, M. Rogowitsch a expérimenté encore avec trois rats blancs, qui n'ont manifesté que des lésions strictement locales, accompagnées d'une suppuration et d'un développement de bacilles très faible et concentré au point d'inoculation. A la fin de son mémoire M. Royowitsch aborde la question de la relation entre les bacilles et les cellules de l'organisme, notamment les phagocytes. Dans les cas observés par lui, la phagocytose, dit-il, était presque toujours absente, et ses raisons sont que les bacilles se trou- vaient souvent aux endroits où il n'y avait pas de leucocytes et, ensuite, que même dans les cas où les deux éléments étaient l'un à côté de l'autre, les leucocytes ne contenaient presque jamais des bacilles. M. Rogowitsch n'a trouvé qu'une exception à cette règle générale. Chez un cobaye qu'une infection avec du charbon symptomatique avait laissé vivant pendant cinq jours, et qui fut tué à la lin de cette période, il a trouvé une grande quantité de leucocytes polynucléaires remplis de bacilles. L'auteur ne veut pas expliquer ce phénomène à l'aide de la théorie des phagocytes, et il préfère recourir à une immunité indivi- duelle relativedu cobaye en question, et à un affaiblissement des bacilles eux-mêmes. Cette immunité individuelle est pourtant en parfait accord avec la théorie citée; quant à l'affaiblissement des bacilles, cette sup- position est réfutée par le fait que l'inoculation avait été pratiquée ItliVUES ET ANALYSES. 195 par le même virus fort de M. Hess, qui a tué promptement les autres cobayes de M. Rogowitsçh. En acceptant comme exacts les faits de cet observateur, il serait bien facile de les réconcilier avec la théorie qu'il rejette. L'absence du phagocytisme, dans les cas où la mort a été rapide, résulterait de l'in- capacité des leucocytes à englober les parasites, comme cela a lieu chez les rongeurs atteints de charbon, et chez les lapins et les oiseaux envahis par le microbe du choléra des poules. Dans tous ces exemples, l'inactivité des phagocytes est suivie par la mort certaine et rapide de l'animal malade. Dans le cas exceptionnel du cobaye de M. Rogowitscli , la réaction formidable de l'organisme a été accompagnée par un phago- cytisme très prononcé, qui pourrait s'expliquer par une aptitude exceptionnelle des phagocytes à englober les bacilles. L'absence du phagocytisme chez les cobayes inoculés avec des vac- cins s'expliquerait très facilement par le fait que la poudre employée ne contenait presque pas de bacilles, mais bien des spores, dont les relations avec les cellules n'ont point été étudiées par M. Rogotvitsch. La même explication pourrait s'appliquer aux rats, qui ont aussi été inoculés avec de la poudre virulente, il est vrai, mais renfermant presque exclusivement des spores. Les bacilles peu nombreux qui ont été trouvés par l'auteur, pouvaient bien être des bacilles morts avant l'inoculation (comme il s'en trouve dans la poudre sèche) et dédaignés par les phagocytes comme dans le cas de M. Lubarsck ', lorsqu'il injectait des grenouilles avec des bactéridies mortes. L'application de la théorie des phagocytes au charbon sympto- matique serait d'autant plus admissible, que la résistance des tissus de l'organisme envahi par les bacilles de cette maladie a été déjà démontrée en général par MM. Roux et Nocard 2 , dans leur travail remarquable qui a été complètement ignoré par M. Rogowitsçh. Il serait donc bien facile d'interpréter avec la théorie phagocyto- logique, les assertions de l'auteur cité, mais peut-être n'est-ce pas nécessaire de chercher des interprétations, car d'après mes observations la phagocytose n'apparaît point comme exception chez les cobayes et les rats, inoculés avec du virus du charbon symptomatique, mais bien comme une règle générale. Parmi 21 cobayes morts à la suite de cette maladie, il ne s'en est trouvé qu'un seul chez lequel je n'aie pu trouver des leucocytes contenant des bacilles. Ordinairement le nombre de ces phagocytes plus ou moins remplis par des bacilles est tellement con- sidérable qu'une seule préparation colorée suffit pour s'en convaincre. Souvent, on trouve à côté des bacilles englobés fortement colorés 4. Fortschritte d. Mediein, 1888, p. 126. 2. Annales de ï Institut Pasteur, t. I., 1887, p. 257. 496 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. par le bleu de méthylène, d'autres individus de la même espèce (Bacillus Chauvaei) presque ou complètement décolorés. Quelquefois les leucocytes ne contiennent que les derniers, ce qui rend alors plus difficile de reconnaître la nature bactérienne des bâtonnets englobés. Chez trois rats blancs et une grenouille, inoculés non avec le virus en poudre, mais avec la pulpe musculaire d'un cobaye, mort du char- bon symptomatique, le nombre des leucocytes contenant des bacilles était très considérable. On peut donc conclure que la phagocytose après l'infection par les bacilles du charbon symptomatique est loin d'être exceptionnelle, comme l'admet M. Rogowitsch. Metchnikoff. G. Luderitz. Sur la connaissance des bactéries anaérobies. Zeitschr. f. Hygiène, t. V, p. i40. L'étude et la culture des anaérobies préoccupent de plus en plus les savants en Allemagne, mais cette étude à laquelle ils pourraient faire faire de grands progrès n'avance guère entre leurs mains, à cause de l'imperfection des méthodes. Ainsi M. Luderitz a surtout employé, dans son travail, la méthode de Liborius l , qui consiste à verser, sous une épaisseur de 7 à 9 centimètres, une couche de géla- tine ou de* gélose nutritive dans un tube à essai, à faire bouillir de façon à en chasser tout l'air, et à refroidir rapidement dans la glace jusqu'à la température de 30 à 40° à laquelle on fait l'ensemencement. On répartit également les germes dans la gélatine liquide qu'on met à l'étuve. Gomme je l'ai fait remarquer à plusieurs reprises, cette pratique, qui vise à obtenir l'ensemencement dans un liquide désaéré, ne don- nerait absolument rien avec un bouillon léger, non gélatinisé, qui se débarrasserait bien de son oxygène par l'ébullition, mais le reprendrait rapidement par refroidissement, et cela, dans toute son épaisseur. Avec les milieux gélatinisés, cette épaisseur joue un rôle, parce que la substance est légèrement oxydable. Les premières couches pénétrées par l'oxygène le gardent en partie pour elles, et le laissent moins faci- lement passer dans les profondeurs. 11 doit se passer là quelque chose d'analogue à ce qu'on observe dans du lait qu'on a enfermé dans un tube à essai, et que sa couche de crème superficielle protège contre la pénétration de l'oxygène. Mais malgré tout, le milieu dans lequel M. Luderitz fait son ensemencement ne doit pas être absolument débarrassé de ce gaz. Il est vrai que les anaérobies purs se développent 1. V. ces Annales, t. I, p. 31 1. REVUES ET ANALYSES. 197 de préférence dans le fond du tube, les indifférents à n'importe quelle hauteur, les aérobies de préférence à la surface. Mais le classement des microbes parla profondeur à laquelle ils arrêtent le développement de leurs colonies, n'aurait de valeur que si cette profondeur variait peu. Or, il n'en est pas ainsi. M. Luderitz a remarqué, par exemple, qu'elle dépend du nombre des germes ensemencés. On le comprend sans peine; quand ils sont nombreux, ils peuvent absorber plus rapidement et plus complètement l'oxygène du milieu et rapprocher leurs colonies de la surface. Mais ce n'est sans doute pas la seule action en jeu, il doit y avoir une influence de la température, de la qualité de la gélatine, que l'expérience photographique nous prouve être plus ou moins oxydable, de la rapidité mise dans la conduite de l'opération, etc. En outre de cette méthode, M. Luderitz a aussi utilisé celle de M. Fraenkel 1 , la culture dans des tubes à essai, recouverts d'une couche roulée de gélatine nutritive et remplis d'hydrogène. Il la trouve moins commode et moins instructive. La commodité n'est pas tout. M. Luderitz décrit avec soin les divers aspects que prennent dans la gélose, la gélatine, après dilution des germes dans le milieu nutritif, ou ensemencement par piqûre, cinq espèces de bacilles, qu'il appelle Bacillus Uquefaciens magnus, liquefa- tiens pan us, radiatus, solidus et spinosus. Il est impossible de résumer et il faut aller chercher dans le texte la description qu'il en donne. Nous craignons fort que si exacte qu'elle soit, elle n'atteigne pas son but, qui est de fournir une diagnose assez précise du microbe étudié, pour qu'on puisse le reconnaître. Il faut pour cela autre chose que des cultures en surface et en pro- fondeur, même accompagnées d'une longue prose descriptive et des meilleurs dessins. On aimerait bien mieux savoir quels sont les ali- ments que le microbe préfère, et les transformations qu'il leur fait subir, et c'est ce que M. Luderitz ne nous dit pas, parce que sa méthode ne peut guère lui apprendre quelque chose sur ce sujet. Il a vu seule- ment que l'addition d'un peu de sucre augmentait généralement le dégagement gazeux donné par ses microbes, qui étant anaérobies, sont en même temps ferments. Mais de quoi est fait dans chaque cas ce dégagement gazeux, voilà ce que nous aurions eu intérêt à connaître, parce qu'on aurait pu y trouver des caractères différentiels, et voilà ce que M. Luderitz ne nous dit pas, parce que la méthode de Liborius ne comporte pas cette étude. Comme nous le disions en commençant, c'est le défaut de bonnes méthodes qui empêche des travaux estimables et consciencieux comme celui de M. Luderitz de prendre dans la science le rang auquel ils pourraient prétendre. Dx. 1. V. ces Annales, t. Il, p. 333, 198 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. P. Canalis. — Sur la désinfection des wagons ayant servi au trans- port des animaux. Giorn. d. R. Soc. Ital. d'Hygiène, 4889. Comme toutes les questions d'hygiène, celle de la désinfection des wagons peut être considérée à deux points de vue. Faut-il la faire à fond, de façon à amener la stérilisation complète des parois intérieures et extérieures? Ou peut-on se contenter d'une propreté relative, et, sans vouloir supprimer absolument toutes causes de contamination dans les wagons, se contenter de les amener au niveau de ce qu'elles sont en plein air ou dans lesétables ordinaires? Les hygiénistes, qui pontifient volontiers, ont presque toujours pré- conisé la première solution et, dans cette poursuite de l'absolu, ont trop souvent dédaigné les questions d'exécution et d'économie. Les praticiens, de leur coté, les ingénieurs, les administrateurs, tous ceux pour lesquels les décisions données comme souveraines de la science se présentaient sous la forme d'une carte à payer, trouvaient en géné- ral qu'on allait trop loin, qu'on leur demandait des choses difficiles ou impossibles. Quand ils étaient malins, ils laissaient passer sans protes- ter les propositions des hygiénistes, se disant, in petto, que tout ce qui est trop difficile à faire ne dure pas quand on ne le fait pas avec une bonne volonté qu'ils se proposaient bien de n'y pas mettre. Mais quand ils sentaient suspendu sur leur tête un règlement de police ou d'admi- nistration publique , ils cherchaient à transiger, à obtenir des tempé- raments ou des concessions. Comme ils tenaient les cordons de la bourse, ils ont généralement fini par l'emporter. La plupart des pratiques de désinfection, si on les envisage au sens absolu du mot, sont tout à fait inefficaces. En dehors de l'emploi de la chaleur, quinepeut pas être appliquée partout et à tout, il n'y a guère de méthode donnant une stérilisation complète ; on pour- rait même soutenir, sans trop s'éloigner de la réalité, que presque tous les règlements d'hygiène publique ont été rédigés pour donner satisfac- tion à la galerie plutôt qu'aux nécessités qui les ont fait naître. Prenons, pour ne pas nous éloigner de notre sujet, la désinfection des wagons. On les soumet en France, par décret, d'abord à un net- toyage et à un raclage superficiels, puis à un lavage à grande eau suivi d'un brossage avec une brosse dure, après quoi vient une désin- fection qui peut être, au choix des Compagnies, fait avec une solution à 2 0/0 de chlorure de zinc, ou de sulfate de zinc, ou d'acide phénique. 11 est trop clair qu'on reste ainsi très éloigné de la stérilisation et de la désinfection complète. En Allemagne, nous retrouvons, après le nettoyage préliminaire, REVUES ET ANALYSES. 199 l'emploi d'une solution d'acide phéniqueà5 0/0, ou, ce qui vaut mieux, un jet de vapeur d'eau chargé de gouttelettes d'eau bouillante pour réduire autant que possible l'effet du refroidissement des parois. Mais là encore, il n'y a pas de stérilisation absolue. L'acide phénique à 5 0/0 est incapable de tuer les spores charbonneuses. Quant à l'eau chaude, même quand elle est à 100°, elle respecte beaucoup de spores et de microbes; à plus forte raison quand elle a subi l'action refroidis- sante des parois, si variable suivant les circonstances. En Autriche, est prescrit l'usage de la vapeur d'eau à deux atmo- sphères, projetée contre les parois, ou bien un lavage à l'eau chauffée au moins à 70°, et additionnée de 5 grammes de potasse caustique. On ne voit pas bien l'utilité de cette vapeur d'eau chauffée à 120°, quand on songe qu'à très petite dislance de l'orifice du jet, la vapeur retombe brusquement à 100° par suite de la chaleur absorbée par l'expansion qu'elle subit. Il faut dire, du reste, que ces opérations préliminaires ne sont destinées qu'à rendre plus facile un nettoyage à l'eau simple, et que la stérilisation véritable, ou du moins l'opération qui est destinée à la produire, se fait au moyen d'une solution d'acide phénique à 2 0/0 et de sulfate de fer à 5 0/0! Le règlement est beaucoup plus sage et plus sûr quand il prescrit, pour les wagons à parois pleines, l'emploi de fumigations de chlore durant au moins 2 heures en été et 12 heures en hiver. En Angleterre, on trouve l'esprit pratique d'une nation qui ne se paie pas de mots, et qui n'aime les gênes commerciales que chez les autres. Toutes les fois que cela est possible , elle engage la responsa- bilité de l'envoyeur, et se retourne de son côté, quand il arrive un acci- dent par sa faute. Dans les autres cas, elle nettoie, lave, et blanchit à la chaux non pas tout le wagon, mais les parties qui ont eu le contact de la tête de l'animal ou de ses déjections. Time is money. En Russie, nous retrouvons l'emploi de l'eau chaude, et ensuite d'une solution de sulfate de fer; en Belgique, un jet de vapeur et un lavage soit avec une solution de carbonate de soude à la température de 70°, soit avec une solution à 10 0/0 de chlorure de zinc, ou d'acide phénique à 2 ou o 0/0. 11 est clair, par tout ce que nous ont appris les recherches déjà nom- breuses sur ces antiseptiques, qu'aucun de ces procédés n'est topique et ne constitue une véritable méthode de stérilisation. Est-ce à dire qu'ils soient inutiles, et qu'on ait eu tort de les préconiser et de les employer ? En aucune façon. S'ils ne font pas tout, ils font quelque chose et ceci donne raison au théoriciens de l'hygiène. Jusqu'ici ce quelque chose a suffi, et ceci donne raison aux praticiens qui ont réduit à ces modestes proportions les réquisitions parfois peu discrètes des hygiénistes. Ce n'est pourtant pas une raison pour ne pas chercher à trouver 200 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. mieux. En Italie, où il n'y a pas encore de règlement pour la désin- fection des wagons, l'administration de la santé publique, représentée par son directeur, M. Pagliani, s'est préoccupée de faire examiner la question au point de vue purement scientifique, et il a chargé de ce travail M. Canalis, qui en publie aujourd'hui les résultats. La méthode employée consiste à limiter sur la paroi à étudier, un carré de 36 centimètres carrés au moyen d'un cadre de papier, et de laver ensuite, avec un ou plusieurs fragments d'épongé fine préalable- ment stérilisée, toute la portion de ïa paroi restée à découvert jusqu'à 1 centimètre des bords du cadre. On enlevait donc ainsi tout ce qui se trouvait à l'intérieur d'un carré de 4 centimètres de côté, soit sur une surface de 16 centimètres carrés. Les éponges humides, préalablement comprimées entre deux pinces stérilisées, étaient promenées sur la surface jusqu'à ce que celle-ci parût propre, puis immergées dans de la gélatine à 10 0/0, et les germes comptés suivant la méthode d'Esmarch. 11 est clair qu'on n'enlève pas ainsi tous les germes de la paroi, que l'éponge ne cède pas au liquide tous ceux qu'elle a rapportés, que le liquide ne nourrit pas tous ceux que l'éponge lui cède, etc. Mais il est clair aussi que si nous recommençons l'opération après avoir soumis le wagon à une pratique antiseptique quelconque, la comparaison expérimentale, faite avant et après l'opération, nous renseignera utilement sur la valeur antisep- tique de l'opération elle-même. Il est clair aussi que nous pourrons, en pratiquant ce lavage à l'éponge en divers points du wagon, nous faire une idée de la façon dont y sont distribués les germes. Nous ne pouvons pas entrer ici dans le détail des expériences faites par M. Canalis. Je me contente de dire que leur lecture inspire la confiance partout, sauf en ceci : pour comparer, en chaque point, le nombre des spores au nombre total des germes vivants, M. Canalis compare le nombre des colonies développées dans deux tubes d'une même gélatine chargées des germes d'une même éponge, et dont l'un a été maintenu 5 minutes à 70°. Je ne sais pas ce qui autorise M. Ca- nalis à croire que ce séjour à 70° ne respecte guère que les spores. Mais cela n'altère pas ses conclusions qui sont les suivantes. En premier lieu, le toit du wagon est infiniment moins riche en germes que les parois, et sur celles-ci, il y en a d'autant plus qu'on s'approche davantage du plancher du wagon. Pour en donner un exemple, sur la même surface de 16 centimètres carrés on trouvait, dans un wagon, sur la paroi de tête, 18,486 bactéries à 40 centimètres du plancher; 3,561 à 10 centimètres clu plafond, et 6 sur le plafond lui-même. Relativement aux désinfectants, M. Canalis, qui cherchait un moyen facile à employer et peu coûteux, n'a guère étudié qu'une solution REVUES ET ANALYSES. 201 d'acide phonique à 5 0/0, additionnée de 5 grammes par litre d'acide chlorhydrique, et des solutions à 1 gramme, 2 6r o et 5 grammes par litre de bichlorure de mercure, additionnées aussi de 5 grammes par litre d'acide chlorhydrique. Il ne dit pas si ces 5 grammes sont en acide chlorhydrique réel ou en solution commerciale d'acide chlorhy- drique. Quoi qu'il en soit, ses expériences confirment ce qu'on savait sur l'insuffisance de la solution phéniquée. Il a trouvé aussi inefficace la solution à un millième de sublimé, mais avec les solutions à lg r ,5 ou à 2 grammes par litre, on obtient une stérilisation complète de la paroi, ou au moins laréductiou de ces germes à un chiffre minime. On peut même, avec ces liqueurs, se dispenser d'un lavage préliminaire à l'eau froide ou chaude, qu'il vaut pourtant évidemment mieux employer quand on le pourra sans grands frais. En somme, il recommande comme pratique efficace, après le balayage du plancher, un raclage des parois avec un racloir quelconque, et un lavage à la brosse dure, imbibée d'une solution de sublimé à le r ,5 par litre, ou d'eau chaude, ou même d'eau froide, jusqu'à ce que les parois apparaissent propres; enfin, une dernière irrigation avec la solution de sublimé à l* r ,5 projetée par un irrigateur quelconque. L'opération est courte et peu coûteuse. Aux préoccupations que pourrait faire naître l'emploi d'un agent toxique aussi puissant, M. Canalis répond en disant qu'à Messine, dans la der- nière épidémie cholérique, on a usé et fait passer par des mains inex- périmentées plus de 400 kilogrammes de sublimé, sans qu'il en soit résulté aucun cas d'empoisonnement. Dx. L. Adametz. Saccharomyces lactis, nouvelle espèce de levure faisant fer- menter le sucre de lait. Centralbl. f. Bact , t. V, 1889, p. 116. M. Adametz décrit dans ce travail une nouvelle espèce de levure faisant fermenter le sucre de lait. Quand je dis nouvelle, je n'en suis pas bien sûr. Gela est possible, mais le contraire est possible aussi, comme disent les casuistes. M. Adametzapourtant cherché de son mieux à élucider cette question, en faisant des cultures comparées de sa levure et de la mienne ' dans différents milieux. Après avoir ainsi constaté des ressemblances et des différences, il s'attache surtout à ces der- nières. Je voudrais dire pourquoi ressemblances et différences me semblent également douteuses. 1. V. ces Annales, t. 1, p. 573. 202 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Les ressemblances sont surtout apparentes dans les cultures sur milieux solides, et, à ce propos, M. Adametz décrit avec soin les aspects que prend sur ces milieux la levure que j'ai décrite, parce que, dit-il, * ces aspects n'ont pas été décrits suffisamment, au moins dans la littérature allemande ». Ils n'ont pas davantage été décrits dans mon mémoire. C'est que je n'ai trouvé aucun intérêt à la culture de la levure sur gélatine, tant qu'il ne s'agit pas, bien entendu, d'arriver à une séparation d'espèces. Les aspects macroscopiques de ces cultures de levures diverses se ressemblent beaucoup. Ce sont, à l'intérieur de la gélatine, des masses opaques, blanches, rondes, sans caractères bien . nets. Ensemencées par piqûres, le développement le long du trajet de l'aiguille varie avec la façon dont se fait le développement superficiel, c'est-à-dire avec la température, la quantité de sucre, le degré hérédi-* taire de vie aérobie ou anaérobie. Sur de la gélatine préparée avec du moût de bière, la levure de M. Adametz, par exemple, pousse très bien, s'étend rapidement à la surface, en présentant une surélévation légère en son centre, et le long de la piqûre, où la levure se multiplie rapide- ment aussi, partent dans toutes les directions de fins rayons normaux, atteignant une longueur de i à 2 millimètres. « La levure de Duclaux ne montre pas ces rayons caractéristiques. » Si c'est un caractère dis- tinctif, on avouera qu'il est bien peu accusé, et je suis convaincu que M. Adametz, s'il multiplie ses essais, trouvera qu'il est également fugace. Au point de vue microscopique, les cultures sur gélatine ont un ! autre inconvénient, c'est que dans une même colonie, les grosseurs des globules sont très inégales. Les derniers formés manquent sans doute de nourriture, du moins ils restent très petits. D'autres pren- nent des formes de souffrance. La disproportion entre les générations successives est surtout marquée lorsque les colonies sont nombreuses et se disputent la matière alimentaire. Elle s'efface quand les colonies sont rares. Dans les évaluations de M. Adametz, les cellules de sa levure, cultivées dans de la gélatine peptone, ont une largeur qui varie de 4, 5 [x à G (jl, une longueur variable de 6 à 8 jx. Il y a en outre des cellules rondes, qu'il appelle, on ne sait pourquoi, bourgeons isolés, et dont le diamètre varie de 3 à 4 jjl. La mienne est ronde. Le diamètre moyen des cellules de moyenne grosseur qui sont les plus nombreuses est de 3 ;x' celui des plus petites de 2 ;ju celui des plus grosses de 4 à 5 pi. Mais dans le moût de bière, elles s'allongent et deviennent plus grosses.. M. Adametz tire delà la conclusion que, rien qu'au microscope, la confusion des deux levures est impossible. Nous ne sau- rions pas plus accepter cette raison de différence que les raisons de ressemblance que nous avons signalées plus haut. Nous terminerons par une dernière observation. M. Adametz étudie un ferment alcoolique du sucre de lait. Or, il n'y a dans son mémoire HE VUES ET ANALYSES. 203 ni un dosage de sucre, ni un dosage d'alcool, rien qui permette par conséquent de savoir si le sucre dont il constate la disparition, au moyen de la liqueur de Fehling, a subi une fermentation alcoolique ordinaire, ou a été seulement brûlé par la levure, dont le caractère aérobie est si nettement accusé. M. Adametz annonce cette étude pour plus tard, mais elle lui aurait été déjà bien utile pour expliquer quel- ques-unes des singularités qu'il a observées. Ainsi, il trouve que la levure de Duclaux fait fermenter plus rapidement le lait que la sienne, et pourtant que celle-ci détruit plus complètement le sucre que l'autre. D'où vient cela? est-ce un hasard d'observation érigé en règle géné- rale? Y a-t-il une influence de la vie aérobie ou anaérobie '? J'ai vu que ma levure, qui fait fermenter rapidement tous les sucres, à un degré d'aération où les autres levures mèneraient surtout une vie aérobie et brûleraient intégralement une portion plus ou moins considérable de sucre sans le faire fermenter, fait fermenter plus facilement le sucre de lait lorsqu'il est en surface que lorsqu'il est en profondeur. J'incline à croire que M. Adametz a rencontré des phéno- mènes de cet ordre, et là encore je trouve ses conclusions mal étayées. Il se peut que le travail définitif soit assis sur des bases plus solides, mais alors, je me demande quel avantage présentent ces communica- tions préliminaires, incomplètes parce qu'elles sont trop hâtives. Dx. T. Carnklley et T. Wilson. Nouvelle méthode pour déterminer le nombre des microorganismes de l'air. Proceed. of the Royal Society, t. XLIV, p. 455, 1889. Cette méthode est une modification de celle de Hesse, qui exige un appareil encombrant, coûteux et difficile à stériliser. MM. Garnelley et Wilson le remplacent par un matras conique à fond plat, fermé par un bouchon de caoutchouc percé de deux trous. Par l'un de ces trous, passe un tube vertical ayant 20 centimètres de long, 1 centimètre de large et eufoncé à moitié longueur, c'est le tube d'entrée de l'air; il est fermé par un tube de caoutchouc et une baguette de verre plein. Le second tube, plus étroit, est recourbé en U à l'intérieur du matras, et la branche de l'U qui traverse le bouchon porte une ou deux bourrés de coton. C'est le tube de sortie, sur lequel on fixe le tube de l'aspirateur. Dans le matras on introduit 10 cc de gélatine-peptone, et on stérilise le tout dans la vapeur à 100°. Tant que la gelée est encore chaude, on la fait courir sur les parois du matras pour y recueillir les gouttelettes de vapeur condensée qui ultérieurement pourraient se réunir et couler à la surface de la gélatine où elles seraient une cause de trouble et 204 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. d'erreurs. C'est aussi pour éviter l'effet de cette condensation de buée qu'on prend aussi large le tube d'arrivée de l'air. Avec un tube plus étroit on aurait une gouttelette adhérente au fond du tube, qui pourrait retenir au passage quelques-uns des germes de l'air. On manœuvre l'aspirateur de façon à ne pas dépasser la vitesse indiquée par Hesse, de 1 litre en 3 minute?. Quand on a fait passer un volume d'air connu au travers du malras, on ferme le tube d'arrivée avec un bouchon et on rapporte à l'étuve. D'ordinaire les germes se déposent plus ou moins directement sous l'orifice du tube d'entrée, et il n'y en a pas sur les parois du vase, malgré la couche de gelée qu'elles portent, ce qui semble prouver qu'il n'en sort pas par l'orifice de sortie. Il n'y en a qu'une fraction insignifiante retenue contre les parois du tube d'entrée, et les nombres fournis par cette méthode sont en général d'accord avec ceux de la méthode de Hesse, toutes les fois qu'on opère dans un air calme. Quand il y a du vent, il en pénètre dans le tube de Hesse qui n'est pas amené par l'aspirateur, et l'appareil nou- veau semble davantage à l'abri de cette cause d'erreur. Quand l'atmo- sphère est hétérogène, il n'y a d'ailleurs plus de comparaison possible. Le côté défectueux de cette méthode, comme de celle de Hesse, est que les germes se déposent à la surface de la gélatine, que le courant d'air a pu dessécher ou oxyder, et s'y trouvent dans de moins bonnes conditions de développement que s'ils étaient immergés dans la matière nutritive. Il faut d'ailleurs un aspirateur pour mettre en train une expé- rience. Il me semble qu'on simplifierait notablement toutes ces pra- tiques et qu'on améliorerait le procédé en remplissant à l'avance le matras d'acide carbonique ou d'hydrogène, et en le stérilisant en cet état. Il n'est pas difficile d'imaginer un dispositif simple qui, au moment de l'expérience, permettrait d'absorber avec un peu de potasse l'acide carbonique, ou de faire écouler par le haut l'hydrogène au travers d'une bourre de coton et d'une pointe effilée. Le gaz disparu serait remplacé par de l'air, qui, abandonné à un parfait repos, laisserait tomber sur le fond plat du vase tous les germes qu'il peut contenir, et que l'emploi d'un milieu à la gélatine permettrait de compter. Il resterait à tenir compte de ceux que la gélatine ne peut nourrir, mais, comme on sait, personne ne s'est guère préoccupé encore de ces germes. On opère comme un statisticien qui, voulant compter la population dans diverses villes où les races seraient diversement mêlées, ne compterait dans chaque cas que les blancs, et se frotterait les mains quand il aurait trouvé quelques unités de plus qu'au recensement précédent. Dx. REVUES ET ANALYSES. 205 G. Bordoni-Uffreduzzi. Deux années de cure Pasteur. Rapport au Syndic de Turin, 1889. Dans ce rapport volumineux, M. Bordoni-Uffreduzzi rend d'abord hommage aux efforts faits par M. le professeur Pacchiotti, pour popu- lariser en Italie la méthode Pasteur, et à la part qu'a prise M. Je Syndic di Sambuy à la fondation de l'Institut antirabique municipal de Turin. 11 passe ensuite en revue le passé de la méthode Pasteur et les connais- sances acquises jusqu'ici sur les propriétés biologiques du virus rabique, connaissances auxquelles il joint le résultat de ses propres expériences sur la vaccination des chiens, pleinement confirmatives de .celles de M. Pasteur, et contribuant avec elles à donner une base expérimentale solide à la méthode de prévention de la rage après morsure. M. Bordoni-Uffreduzzi arrive ensuite à sa statistique. Depuis la fin de septembre 1886 jusqu'au 1er janvier 1889, il a vacciné 531 personnes, dont 241 appartenaient à la série A de nos tableaux mensuels, 245 à la série B, et 45 à la série C. Il faut remarquer la proportion considé- rable de mordus de la première série, pour lesquels la rage de l'animal mordeur a été constatée par l'expérience du laboratoire, ou par la mort d'autres animaux ou personnes mordues en même temps. Cela tient à ce que le plupart des collègues italiens de M. Bordoni-Uffreduzzi ont l'obligeance et la sagesse de lui envoyer le plus souvent, en même temps que les personnes mordues, le cadavre de l'animal mordeur,ou au moins un peu de la moelle épinière conservée dans de la glycérine neutre. L'augmentation des chiffres de la première série amène natu- rellement la diminution relative des nombres des deux autres. Sur ces 531 vaccinés, il y a eu 10 morts, ce qui porte la mortalité moyenne à 1,88 p. 0/0. Mais à ce sujet, M. Bordoni-Uffreduzzi Tait observer que, dans sa statistique, on peut distinguer deux périodes. Une première période, finissant en avril 1887, comprend 353 personnes ayant subi l'ancien traitement simple de M. Pasteur, légèrement modifié pour les cas les plus graves; cette période, à elle seule, compte 9 morts. La deuxième période comprenait au 1er janvier 1889 178 per- sonnes traitées par la méthode nouvelle, et ne comprend encore qu'un mort. La mortalité moyenne, qui était de 2,54 p. 0/0 dans la première période, est donc tombée à 0,56 p. 0/0 dans la seconde, par une modi- fication dans la méthode de traitement: c'est ce qui a été observé partout. Une autre statistique intéressante de M. Bordoni-Uffreduzzi met 206 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. aussi en évidence cette gravité plus grande des morsures à la tête et aux parties nues, qui résulte de l'observation générale. Les 531 per- sonnes traitées se divisent ainsi à ce point de vue : Morsures sur des parties nues . . . — sur des parties couvertes, Enfin, une dernière statistique met en évidence l'inutilité des cau- térisations. Dx. série A, 162 — 6 morts — B, 137 — 4 — — C, 23 — — — A, 79 — — — B, 108 — — — C, 22 — — J. Darnet. La rage. Buenos-Aires, 1889. Sous ce titre. M. J. Darnet, adjoint au laboratoire antirabique de Buenos Aires, a fait un gros livre dans lequel se trouvent réunis et discutés presque tous les travaux publiés jusqu'ici sur la question, et qui contient en outre le résultat des recherches personnelles de l'auteur sur divers points. L'ouvrage se termine par la statistique très complète des vaccina- tions antirabiques faites à Buenos Aires depuis le mois de sep- tembre 1886, époque de la fondation du laboratoire. L'origine des vaccins a été un lapin de 119 e passage, apporté du laboratoire de M. Pasteur par M. Davel, qui renouvela les inoculations pendant la traversée et arriva à Buenos Aires avec un lapin de 122 e passage. Jusqu'au mois de septembre 1888, on y a fait 83 nouveaux passages, et vacciné 286 personnes. Il n'y a eu que deux morts. En les répartis- sant parmi les 250 personnes qui, vaccinées depuis quelques mois, peuvent être considérées comme hors d'affaire, on trouve une mortalité de 0,80 pour cent. M. Darnet se félicite et félicite avec rai- son la méthode Pasteur de ce résultat. Dx. Vaccinations contre la rage faites au laboratoire microbiologique municipal de Barcelone par M. le D r Ferrât). Nous transcrivons ici, comme document intéressant, et tel que nous le recevons, c'est-à-dire sans commentaires, un tableau statistique REVUES ET ANALYSES. 207 arrêté au 31 mars 1881), des vaccinations antirabiques faites à Barce- lone par M. le D r Ferran : Groupe A, rage de l'animal mordeur constatée par l'expé- rience faite au laboratoire 90 Groupe B, rage de l'animal mordeur constatée par des observations médicales ou vétérinaires 107 Groupe C, mordus par des animaux suspects de rage. . 242 En tout. ... 439 Sur lesquels il n'y a qu'un mort. En outre M. Ferran a vacciné 110 chiens contre la rage et n'a eu aucun mort. Vaccinations contre le quartier (charbon symptomatique) faites en Suisse. Le tableau suivant, emprunté à M. Strebel, vétérinaire, permet de se faire une idée de l'extension qu'a prise dans les 5 dernières années, la vaccination contre le charbon symptomatique dans le canton de Fribourg, des pertes qu'amène cette maladie parmi les animaux vaccinés et non vaccinés alpés dans les pâturages plus ou moins dan- gereux de cette région, et de l'avantage de la vaccination préventive. Vaccinés. Morts. Mortalité. Non vaccinés. Morts. Mortalité. 1884 743 2 0.27% 4.480 134 3 % 1883 2.812 4 0.15 4.000 113 2.87 1886 1.275 1 0.08 4.036 80 2 » 1887 1.723 4 0.23 4.484 103 2.30 1888 2.086 4 0.19 4.000 50 1.48 8.641 0.17 21.000 491 2.34 Le chiffre des pertes pour les cinq années a donc été en moyenne près de 14 fois plus grand chez les animaux non vaccinés que chez les vaccinés. 208 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. INSTITUT PASTEUR STATISTIQUE ' DU TRAITEMENT PRÉVENTIF DE LA RAGE. — MARS 1889. Morsures à la tête ( simples . . et à la figure I multiples. Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Morsures aux mains j ^l'ës. Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Morsures aux mem-i simples bres et au tronc f multiples.. . . Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Habits déchirés Morsures à nu Morsures multiples en divers points du corps Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Habits déchirés Morsures à nu Tntanv I Français et Algériens, xoiaux. ; Etranoers Etrangers » I l) » » 3 3 39/ 43 Total général. 95 » 1 » »i M » 1 » 1 » » 8 Ï » «3/ 1 » 8 » 2 » » 2/ D 9\ 2 » 3 » 4 » 9 » » » » » » » » » » » » » » » — 19, 131 1 i * 31 î» 33 1«9 i. La colonne A comprend les personnes mordues par des animaux dont la rage est reconnue expérimentalement; La colonne B celles mordues par des ani- maux reconnus enragés à l'examen vétérinaire; La colonne C les personnes mordues par des animaux suspects de rage. Les animaux mordeurs ont été : Chien", 157 fois ; chais, 10 fois; vaches, 2 fois. Le Gérant : G. Masson. Sceaux. — Imprimerie Charaire et fils. 3 me ANNEE. MAI 1889. N° 5 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA TUBERCULOSE INTESTINALE CHEZ L'HOMME, Par le D r N. TCH1STOVITCH, de Saint-Pétersbourg. (Travail du laboratoire d'anatomie pathologique de M. le professeur Corail.) Nous n'avons en vue, clans ce travail, que les lésions tuber- culeuses de 1 intestin, et nous laisserons de côté les troubles pathologiques non spécifiques de cet organe. La découverte du bacille de la tuberculose par Koch a natu- rellement provoqué des travaux nouveaux sur la tuberculose intestinale. Koch (1) lui-même constate, dans son célèbre Mémoire, la présence des bacilles tuberculeux dans les granulations intes- tinales, et dit que le nombre de bacilles est surtout considérable, dans les granulations fraîches, de date récente. MM- Cornil et Babès (2) ont examiné, quelque temps après l'apparition du premier travail de Koch, la topographie des bacilles dans les parois de l'intestin. Ils ont trouvé une grande quantité de bacilles dans les parties superficielles et dans le tissu réticulé de la muqueuse épaissie, dans celui de la couche sous- muqueuse, et dans les foyers tuberculeux situés autour des vais- seaux. Ils ont également vu des bacilles dans les tubercules qui étaient disposés entre les faisceaux musculaires. L'année suivante, en 1884, Wesener (3) a publié ses recher- 14 210 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. ches sur la distribution des bacilles dans les ors-ânes des tuber- culeux. Il a notamment trouvé une très grande quantité de bacilles dans les bords des ulcérations tuberculeuses delintestin, et a attiré l'attention sur ce fait que les bacilles se trouvent surtout nom- breux dans les tissus accessibles à l'air (cavernes pulmonaires, ulcérations intestinales). Mais, d'après Wesener lui-même, cette règle souffre beaucoup d'exceptions, et l'auteur dit avoir rencon- tré une grande masse de bacilles dans le foie, les ganglions mésentériques, les capsules surrénales. Nous trouvons ensuite dans le mémoire de Baumgarten ( i ), consacré principalement à l'étude de la tuberculose expérimen- tale, une description détaillée du développement de la tuberculose intestinale. Baumgarten a surtout étudié les tubercules de l'in- testin qui surviennent cbez les animaux soumis à l'ingestion des cultures de bacilles tuberculeux. D'après cet auteur, les tuber- cules commencent toujours à se développer dans les follicules clos de l'intestin, et ce n'est qu'ensuite qu'ils envahissent les tissus environnants. Sous l'influence de la pénétration des bacilles dans le tissu normal, commence une prolifération des cellules fixes du tissu conjonctif, aussi bien que de celles de la couche épithéliale. La prolifération des noyaux de ces cellules donne ensuite naissance aux cellules épithélioïdes et géantes. Les bacilles qui se sont multipliés dans le tissu de l'organe affecté irritent non seulement les éléments cellulaires, mais ils agissent en même temps sur les vaisseaux du parenchyme infecté, et pro- voquent de cette façon une immigration inflammatoire de leuco- cytes qui entourent le tubercule, le pénètrent et le transforment, d'épithélioïde qu'il était, en tubercule à petites cellules, tubercule lymphoïde. Ce tableau peut, du reste, varier, le développement du processus tuberculeux élant en relation avec le degré de virulence des cultures. Baumgarten a même établi pour ces différences une sorte de loi qu'il a formulée de la façon suivante : la formation des cellules géantes est en rapport inverse avec le nombre et l'intensité du développement des bacilles tuberculeux, tandis que le nombre des éléments lymphoïdes est en relation directe avec le nombre et l'énergie vitale de ces bacilles. Presque en même temps que le mémoire de Baumgarten, ont paru le travail expérimental de Wesener (5) et la dissertation inaugurale de Hôning (6j. TUBERCULOSE INTESTINALE CHEZ L'HOMME. 211 Wesener n'est pas complètement d'accord avec Baumgarten. A coté des tubercules à cellules épithélioïdes, Wesener admet la présence des tubercules lymphoïdes se formant par l'agglomé- ration des éléments lymphatiques et se transformant consécuti- vement en tubercules épithélioïdes. Hôning prend pour point de départ de son travail les idées de Kôster (7i et de Gottsacker (8), à savoir que l'affection primitive de l'intestin présente un caractère purement inflammatoire, et que c'est sur ce terrain ainsi modifié que les tubercules se déve- loppent consécutivement. Pour vérifier cette hypothèse, Hôning a examiné, au point de vue de la présence des bacilles, six intes- tins présentant des ulcérations tuberculeuses, et est arrivé à la conclusion que, dans les affections tuberculeuses chroniques de l'intestin, les bacilles n'apparaissent qu'après la formation des ulcérations, en petit nombre à leur début, et seulement à leur surface. Mais plus l'ulcération est ancienne, plus nombreux deviennent les bacilles et plus profondément ils pénètrent dans l'intérieur des tissus. Dans les follicules clos, Hôning n'a jamais trouvé de bacilles. Dans la thèse de Girode (9) sur les affections de l'intestin chez les tuberculeux, nous trouvons une description histologïque des modifications de différents tissus de l'intestin atteint de tuber- culose. L'auteur a trouvé des bacilles en grande quantité princi- palement dans les parties ayant subi la transformation caséeuse. Dans la partie de son travail consacrée à Tanatomie pathologique, Girode s'occupe exclusivement des lésions intestinales ayant débuté à la surface interne de l'intestin, et ne s'arrête pas à celles dont le point de départ a été la surface péritonéale de l'or- gane. Enfin, tout dernièrement, Dobroklonsky (10), dans un travail fait au laboratoire de M. Cornil, a démontré, en expérimentant sur des cobayes, que les bacilles tuberculeux peuvent infecter un intestin normal, lors même que sa couche épithéliaie reste intacte. Cette revue rapide des nouveaux travaux sur la tuberculose intestinale nous montre déjà que cette question est loin d'être épuisée, et que les conclusions des différents auteurs ne con- cordent pas toujours entre elles. J'ai donc accepté avec reconnaissance la proposition de 212 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. M. le professeur Cornil de reprendre l'étude de la tuberculose intestinale pour essayer de combler, autant que possible, les lacunes qui existent dans celte question. Quelques-uns des résultats que j'ai obtenus vont faire le sujet de cet article. Dix intestins atteints de tuberculose, provenant d'autopsies faites par M. le professeur Cornil, m'ont servi pour faire cette recherche. Voici l'énumération de ces cas. I. Jeune fille de 18 ans. Lésions tuberculeuses très avancées des deux poumons, avec cavernes aux deux sommets. Ulcérations tu- berculeuses de la partie inférieure de l'iléon, surtout nombreuses dans le cœcum. Tuberculose de l'utérus et des trompes. II. Homme de 40 ans. Infiltration tuberculeuse en foyers, et for- mation de cavernes dans les deux poumons. Adhérence totale des plèvres. Ulcérations tuberculeuses tout le long de l'intestin, surtout marquées au niveau des plaques de Peyer. Ulcérations très étendues dans le cœcum. Groupes de tubercules correspondant aux ulcérations plus profondes de la surface péritonéale de l'intestin. Lésions très prononcées des ganglions mésentériques. III. Homme de 55 ans. Grande caverne au sommet droit, entourée de masses tuberculeuses; caverne plus petite à la partie inférieure du lobe supérieur du poumon gauche. Ulcérations tuberculeuses du la- rynx. Ulcérations dans les parties inférieures de l'iléon et dans le gros intestin. Dans le rectum, grandes ulcérations confluentes. Par places, éruption des tubercules à la face péritonéale de l'intestin. IV. Jeune femme. Infiltration de la partie supérieure des deux pou- mons; caverne au sommet droit. Ulcérations profondes et transver- sales déjà à partir du jéjunum, surtout marquées à la partie inférieure de l'iléon. Ulcérations serpigineuses de dimensions considérables dans le gros intestin. A lasurface péritonéale, des foyers de tubercules cor- respondant aux ulcérations profondes. V. Homme de 54 ans. Tuberculose des deux plèvres; caverne au sommet gaucbe entourée d'un tissu d'induration. Induration du som- met droit. Péritonite tuberculeuse; une masse énorme de tubercules miliaires sur toute la surface péritonéale de l'intestin, dans le mésen- tère et le péritoine pariétal. Adhérences étendues des anses intesti- nales. La muqueuse de l'intestin ne contient pas de tubercules. Epi- didymite tuberculeuse. VI. Homme de 55 ans. Tuberculose pulmonaire de deux cotés avec formation de cavernes. Péritonite tuberculeuse avec éruption de tubercules miliaires sur toute la surface péritonéale de l'intestin. Ul- cérations des plaques de Peyer et dans le cœcum. TUBERCULOSE INTEST NALE CHEZ L'HOMME. 213 VII. Femme de 30 ans. Cavernes et infiltration tuberculeuse dans les deux poumons. Petit nombre d'ulcérations dans la partie inférieure de l'iléon et dans le cœcum. Quelques dépôts de tubercules miliaires à la surface péritonéale de l'intestin, aux endroits qui correspondent aux ulcérations. VIII. Homme d'un âge avancé. Adhérences des plèvres sans tuber- cules visibles. Poumons normaux. Éruption de tubercules sur toute la surface du péritoine, avec épaississement notable du feuillet viscéral qui entoure l'intestin; les tubercules sont, en grande partie, en état de dégénérescence caséeuse. Toute la muqueuse intestinale est infil- trée de sang et l'intestin en est également rempli. Pas de tubercules sur la muqueuse de l'intestin. IX. Homme de 31 ans. Pleurésie tuberculeuse. Les poumons sont œdémateux; par places, état atélectasique, mais pas de tubercules. Eruption intense de tubercules et masses caséeuses considérables dans le péritoine. Adhérences étendues entre les anses intestinales, avec dé- pôts fibrineux et une grande quantité de tubercules caséeux dans le péritoine viscéral. La muqueuse de l'intestin est atteinte d'un pro- cessus catarrhal simple. X. Homme adulte. Granulations tuberculeuses très nombreuses dans le poumon gauche; en moindre quantité dans le poumon droit, grande caverne au sommet du poumon gauche qui présente des adhé- rences nombreuses. Toute la surface du péritoine, aussi bien que la couche péritonéale de l'intestin, est parsemée de tubercules miliaires entourés de zones ecchymotiques ardoisées. Adhérences notables entre les anses intestinales. Hypertrophie des follicules et petites ulcérations superficielles à la partie inférieure de l'iléon. Le durcissement des préparations pour l'examen microsco- pique a été obtenu, soit par l'action directe de l'alcool, soit par l'immersion préalable dans le liquide de Millier. La coloration des coupes se faisait d'après la méthode de Ziehl-Neelsen. Quel- quefois, pour obtenir avec plus de netteté les relations entre les bacilles tuberculeux et les tissus, je combinais la coloration secondaire par le bleu de méthylène avec la coloration par l'éosine. D'après la localisation des lésions tuberculeuses, les cas que j'ai examinés peuvent être divisés en 3 groupes. Cinq fois (T, II, III, IV, Vil), nous avions des ulcérations tuberculeuses qui occupaient principalement la muqueuse et la couche sous-mu- queuse, s'étendant souvent en même temps sur les couches 214 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. musculaire et sous-séreuse, le processus tuberculeux restant toujours plus marqué au niveau des couches muqueuse et sous- muqueuse. Troisfois(V, VIII, IX), au contraire, l'éruption tuber- culeuse occupait exclusivement la couche sous-séreuse. Deux fois (VI, X), enfin, nous avons trouvé une combinaison des deux variétés précédentes : d'un côté des ulcérations tuberculeuses de la muqueuse «pénétrant plus ou moins profondément dans la couche sous-muqueuse, de l'autre une éruption de tubercules miliaires dans la couche sous-séreuse tout le long 1 de l'intestin. Examinons d'abord le premier groupe. Dans les cas qui appartiennent à cette catégorie, nous avons eu des ulcérations tuberculeuses disséminées le long de l'iléon et dans le cœcum ; une fois déjà à partir du jéjunum, une autre fois surtout dans le gros intestin, le rectum compris. Dans l'iléon, ces ulcérations correspondaient habituellement aux plaques de Peyer; dans le cœcum et dans les premières portions du colon ascendant, elles étaient parfois disséminées, en rapport avec les follicules soli- taires, mais parfois elles se fusionnaient en formant de vastes surfaces ulcérées. Sur la surface péritonéale de l'intestin, on trouvait parfois des groupes limités de tubercules miliaires; ces groupes correspondaient aux ulcérations de la muqueuse les plus profondes. L'aspect macroscopique des ulcérations tubercu- leuses a été décrit tant de fois que je crois inutile d'entrer dans des détails, et je passe directement à l'étude microscopique de ces lésions. Sur les diiférentes portions du même intestin, on a pu obser- ver tous les stades de développement du processus tuberculeux, en commençant par la formation d'une petite granulation tuber- culeuse et allant jusqu'à l'ulcération profonde. Ainsi dans les parties avoisinantes et dans les bords de l'ulcération, ainsi que dans la profondeur de la couche sous-muqueuse, on trouvait des tubercules jeunes à différents stades de leur développement. Le processus commençait toujours dans la couche muqueuse ou dans la couche adénoïde sous-muqueuse. J'ai figuré, comme un exemple de stade le plus précoce, le début du développement d'un tubercule dans une villosité intestinale (fig. 1, pi. III). Sur cette figure on voit une masse de bacilles silués dans le tissu adénoïde de la villosité, les uns libres, les autres contenus dans l'inté- rieur des cellules qui se trouvent dans les espaces du tissu réti- TUBERCULOSE INTESTINALE CHEZ L'HOMME. 215 culé. Les cellules épithélioïdes et les cellules géantes n'ont pas encore eu le temps de se former. Les tubercules plus avancés se présentaient sous le microscope, à un faible grossissement (coloration d'après la méthode de Ziehl-Neeteen avec de l'éosine i, avec une partie centrale colorée en rose, et un anneau périphé- rique en bleu. Avec un fort grossissement (Zeiss 1 / 1S , immers, homog. Oc. 3), on voyait que la partie centrale de ces tuber- cules était composée de tissu réticulé coloré en rose par l'éosine, et contenant des cellules épithélioïdes et quelquefois des cellules géantes. A la périphérie on retrouvait l'anneau d'infiltration par des cellules lymphoïdes à noyaux colorés en bleu intense. Les bacilles tuberculeux se trouvaient dans la partie centrale du tubercule, tantôt contenus à l'intérieur des cellules géantes, épithélioïdes et migratrices, lanlôt libres dans les espaces du tissu réticulé. Dans la zone d'éléments lymphoïdes, les bacilles étaient en petit nombre ou bien totalement absents. Cette dis- position n'existait que dans les tubercules jeunes. Quant au tissu qui entourait les ulcérations, il était totalement infiltré d'éléments lymphoïdes, de corpuscules de pus et d'une masse de bacilles situés entre ces éléments. La quantité de bacilles qu'on trouvait à différentes profondeurs de la paroi intestinale infiltrée de tubercules, n'était pas partout la même : la plus grande quantité de bacilles se trouvait dans les bords et au fond de l'ulcération (Wesener, Hôning), mais plus on allait en pro- fondeur, plus leur nombre diminuait. Dans les tubercules situés au-dessous de l'ulcération, dans les parties profondes de la cou- che sous-muqueuse, le nombre des bacilles était ordinairement beaucoup plus petit ; dans les tubercules intermusculaires, ils devenaient encore moins nombreux; enfin dans les tubercules sous-séreux qui se rencontraient aux endroits correspondants à des ulcérations très profondes, là où le processus tuberculeux s'était frayé un chemin à travers lacouche musculaire, les bacilles étaient entres petite quantité et quelquefois on n'en trouvait qu'un ou deux. Cette diminution du nombre des bacilles, qui se fait de la surface vers la profondeur, dépend probablement de l'ancienneté du processus et des obstacles que rencontrent les bacilles, quand il s'agit de traverser toute l'épaisseur de la couche musculaire. Aussi, dans les couches profondes, les bacilles pénètrent-ils rela- tivement tard, en petit nombre et sans avoir le temps de s'y mul- 216 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUll. tiplier d'une façon notable, les couches muqueuse et sous-mu- queuse étant déjà dans un état de destruction avancée et très riches en bacilles. Mais l'obstacle le plus grand à la pénétration des bacilles dans la profondeur est constitué par la couche mus- culaire, qui dans ce cas joue le rôle d'un filtre naturel bien qu'assez imparfait: tandis que la couche sous-muqueuse pullule de bacilles, on ne rencontre dans la couche sous-séreuse que des individus isolés. Grâce à cette action de la couche musculaire, le développement des tubercules dans la couche sous-séreuse est en retard sur celui des autres couches situées de l'autre côté de la couche musculaire. Ce phénomène était encore plus prononcé dans les cas du deuxième groupe, auxquels nous allons passer à présent. Dans ce groupe, nous avons placé^les cas dans lesquels existaient une péritonite tuberculeuse et des lésions tuberculeuses de l'in- testin ayant débuté par la face péritonéale. Empis (11) a attiré l'attention sur ce fait que, dans la granulie, les membranes séreuses sont seules atteintes, tandis* que les muqueuses restent épargnées parle processus. Du reste, on n'a pas encore pu saisir jusqu'à présent les raisons d'après lesquelles, dans la tuberculose miliaire, l'éruption des tubercules se fait primitivement sur les séreuses et n'attaque pas les muqueuses. Nous avons observé des cas où il existait une formation récente de tubercules miliaires dans le péritoine viscéral de l'intestin, et nous en avons vu d'autres où le processus était arrivé à l'état chronique, les tubercules ayant déjà commencé à se caséifier. Dans tous ces cas, dans les uns comme dans les autres, les tubercules étaient exclusivement localisés au tissu sous-séreux. Dans les cas chro- niques, l'infiltration tuberculeuse avait déjà atteint la couche mus- culaire externe à fibres longitudinales, tandis que la couche musculaire interne à fibres circulaires n'était presque pas modi- fiée, et que la couche sous-muqueuse était tout à fait intacte, nor- male. La muqueuse ne présentait alors qu'un état catarrhal, mais elle ne contenait pas de tubercules, ni de bacilles. Ici encore la couche musculaire paraissait former un obstacle à la progres- sion des bacilles, et séparait nettement la couche atteinte par le processus tuberculeux de celles qui étaient encore relativement TUBERCULOSE CNTESTLNALE CHEZ L HOMME. 217 saines ' (fig. 3). Il est évident que la limitation de la tuberculose miliaire à la seule couche sous-séreuse ne peut être expliquée, parla mort qui serait arrivée avant que le processus ait pu se propager et atteindre la sous-muqueuse : nous avons eu des cas chroniques où les tubercules étaient à l'état de dégénéres- cence caséeuse, et pourtant ils n'ont pas pu dépasser la couche musculaire. Dans ce deuxième groupe, contenant les cas de lésions tuberculeuses de la couche sous-séreuse, les bacilles étaient en très petite quantité: je n'en trouvais quelquefois qu'un ou deux dans un tubercule, quelquefois je n'en découvrais pas du tout, et cette pauvreté en bacilles était aussi marquée dans les tubercules jeunes que dans les tubercules caséifiés. Je crois que c'est par cette pauvreté en bacilles des tubercules sous-séreux qu'on peut expliquer ce fait paradoxal, que l'obstacle opposé par la couche musculaire est suffisant pour limiter les lésions exclusivement à la couche sous-séreuse, tandis que dans les cas d'ulcérations tuberculeuses de la muqueuse et de la sous-muqueuse, où il existe une véritable pullulation des bacilles, cet obstacle n'est plus suffisant. Dans ce dernier cas, les bacilles pénètrent, bien qu'en petit nombre, en suivant la voie lymphatique, dans la couche sous-séreuse et y provoquent la formation de groupes de tubercules qui correspondent strictement aux localisa- tions de l'ulcération de la muqueuse. En voyant à la surface séreuse des groupes limités de tubercules, on peut dire d'avance que la muqueuse présente une ulcération à leur niveau. Nous avons encore eu 2 cas mixtes (VI et X) où, simultané- ment avec le développement du processus tuberculeux, ayant 1. Un cas (VIII) de ce groupe présentait une particularité a«sez intéressante. A l'autopsie, on a trouvé l'intestin rempli d'une masse sanguinolente qui se com- posait de matières fécales mêlées à du sang. La muqueuse tout le long de l'in- testin était de couleur marc de rafé et infiltrée de sang. A l'examen microscopique, nous avons trouvé les villosités privées de leur couche épithéliale, en partie détruites, en partie nécrosées, se colorant mal avec le carmin. Par places la muqueuse était fortement infiltrée d'éléments lymphatiques. La sous-séreuse était considérablement épaissie et farcie de foyers caséeux entourés d'une masse consi- dérable d'éléments lymphoïdes. Les bacilles étaient fort peu nombreux et se trouvaient dans les masses caséeuses. La couche musculaire externe était déjà par places traversée par l'infiltration de cellules; quant à la partie interne à fibres circulaires et à la sous-muqueuse, elles ne présentaient aucune modification de nature tuberculeuse. La figure qui accompagne le texte se rapporte à ce cas. 218 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. débuté par la muqueuse, existait une tuberculose miliaire delà sous-séreuse. La façon seule dont étaient distribués les tuber- cules dans la couche sous-séreuse indiquait suffisamment que leur formation était indépendante de la lésion de la couche muqueuse. Ici on ne retrouvait plus cette relation entre les ulcérations de la muqueuse et la localisation des tubercules de la sous-séreuse : ces derniers étaient disséminés sur toute la sur- face péritonéale de l'intestin ainsi que sur tout le péritoine. Dans ces deux faits, la couche musculaire séparait nettement les deux processus. En dedans de la couche musculaire, on pouvait voir des ulcérations de profondeur différente entourées d'un tissu infiltré de tubercules. Ces ulcérations étaient, dans l'observ. VI, très riches en bacilles, dans l'autre (X), elles en contenaient un très petit nombre, et dans ce dernier cas l'ulcération était très superficielle. En dehors de la couche musculaire, nous avons trouvé, dans le premier cas. des tubercules jeunes à cellules géantes avec un petit nombre de bacilles; dans le second cas, des tubercules anciens ayant subi la transformation fibreuse. Il est évident que dans ces deux cas nous avons eu affaire à une infection double de l'intestin. Les malades qui présentaient des lésions avancées du poumon avalaient constamment les crachats riches en bacilles, et ont infecté de cette façon leur intestin ; d'autre côté, il y a eu probablement pénétration des bacilles dans les vaisseaux pulmonaires, ce qui a donné lieu à une généralisation du processus et, par conséquent, à une péri- tonite tuberculeuse avec formation de tubercules dans la couche sous-séreuse de l'intestin. Nous allons nous arrêter maintenant aux quelques particu- larités qu'on observe dans la formation des tubercules de l'in- testin. Une série de recherches a démontré que l'introduction des bacilles tuberculeux dans l'intestin d'un animal normal, pro- voque le développement des tubercules dans les couches mu- queuse et sous-muqueuse de l'intestin. Ceci démontre déjà d'une façon décisive que les idées de Ivôster et de Gottsacker, à savoir que le développement des tubercules exige un terrain préala- blement atteint d'inflammation, étaient peu fondées. Si IToninga obtenu des résultats négatifs en examinant les follicules des intestins tuberculeux, la raison en est peut-être qu'il a pris des TUBERCULOSE INTESTINALE CHEZ L'HOMME. 21» follicules simplement hypertrophiés pour des follicules tuber- culeux. Dobroklonsky a vu le stade initial du développement des tubercules, et a rencontré des bacilles siégeant encore dans la couche épithéliale chez les cobayes infectés. Comment les ba- cilles passent-ils à travers celte couche? [1 m'est très fréquemment arrivé de voir des leucocytes ayant pénétré entre les cellules épithéliales de la couche épithéliale des villosités et des glandes de Liberkùhn, et il était tout naturel de penser que les leuco- cytes doivent jouer un rôle important dans le transport des ba- cilles. Dans le cas que nous avons décrit plus haut, où nous avons vu le début du développement des bacilles dans une villo- sité, et dans la couche épithéliale (cette dernière s'est détachée pendant la préparation de la coupe et a été figurée à part : voy. Rg. 2), on a pu voir plusieurs bacilles, dont quelques-uns étaient manifestement situés dans l'intérieur des leucocytes, qui ont pénétré entre les cellules épithéliales. Ces leucocytes sié- raient quelquefois dans des vacuoles qui s'étaient formées au milieu des cellules épithéliales ou entre elles, peut-être par suite de la contraction du protoplasma sous l'action de l'alcool. Il est évident que la présence dans la couche épithéliale de leucocytes contenant des bacilles ne démontre pas encore que les leucocytes transportent les bacilles dans l'intérieur des tissus de l'intestin. Bien au contraire, il est même possible que dans notre cas les leucocytes transportaient les bacilles de la profondeur à la surface de la muqueuse. Mais, quoi qu'il en soit, ce mode de pénétration des bacilles est le plus vraisemblable. Quant aux autres bacilles qu'on voyait dans la couche épithé- liale, la coloration de la coupe ayant été imparfaite, nous n'avons pu préciser s'ils étaient contenus dans les leucocytes, s'ils étaient libres entre les cellules épithéliales, ou enfin dans ces cellules elles-mêmes. Dobroklonsky s'est prononcé pour la présence des bacilles dans l'intérieur des cellules épithéliales elles-mêmes, mais personnellement nous n'avons pas pu le constater une seule fois. Très fréquemment, il m'est arrivé de voir les cellules épi- théliales des glandes détachées les unes des autres, se trouver dans un tissu rempli de bacilles, mais pas une seule fois je n'ai pu constater la présence de bacilles dans leur intérieur. Un 220 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. autre fait que je n'ai pas vu non plus, c'est la participation de ces cellules à la formation des cellules épithélioïdes et des cel- lules géantes du tubercule (Baumgarten). Les modifications de l'épithélium glandulaire, en cas de développement des tubercules dans la couche glandulaire, m'ont paru tout à fait secondaires, passives. Ordinairement on observe deux espèces de modiii- cations dans les glandes. En premier lieu, une grande quantité de cellules épithéliales se transforment en cellules caliciformes, comme cela a lieu dans tout catarrhe de n'importe quelle nature. Ce qu'on observe en second lieu, c'est la destruction des liens réciproques qui unissent les cellules entre elles : à la période initiale, les extrémités périphériques (les bases) des cellules s'é- cartent; ensuite les cellules se détachent complètement les unes des autres, et